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mercredi 11 septembre 2019

L'Allemagne, l'Afd et les migrants par BAZAK


L’ALLEMAGNE, l’AFD ET LES MIGRANTS

Par BAZAK

Après la vague de 2015 où près d’un million de migrants ont été accueillis, les choses tendent à se radicaliser. La perception de ceux qui se montrent hostiles à cette population n’a fait que croître. On avait déjà enregistré une augmentation des actes antisémites et racistes. On constate maintenant une croissance des actes anti-migrants. Au premier semestre 2019, la police a enregistré 609 cas, la plupart considérés comme des délits criminels. Ils vont des insultes, au harcèlement jusqu’à des incendies criminels et des agressions physiques.



On dénombre également 60 attaques contre les lieux d’hébergement ainsi que 42 attaques contre les associations d’aide ou des bénévoles, qui ont entraîné 102 blessés dont 7 enfants. La région de Brandenburg (Berlin) représente un quart de toutes ces attaques et de fait, le secteur où ces actes sont les plus nombreux. En effet, 160 actes considérés comme des délits contre les migrants et demandeurs d’asile ont été répertoriés. Dans les autres régions ce nombre est nettement inférieur de 50 à 60%.
Plusieurs facteurs semblent à l’origine de cette forte recrudescence. La situation économique allemande s’est dégradée depuis 2015. Le nombre de chômeurs a augmenté significativement, ainsi que celui des sans-abris. La recherche du bouc émissaire est classique, on en trouve toujours un, voire même plusieurs.
S’agissant des antisémites, on connaît les arguments. Pour les migrants, les motivations sont différentes. Le parti AFD d’extrême-droite a le vent en poupe après ses récents succès électoraux dans le Brandebourg et en Saxe, anciennement Allemagne de l’Est. Les résultats bouleverseront désormais la donne en matière d’alliances, car le schéma SPD-CDU qui a prévalu pendant des décennies, est désormais remis en question, voire même obsolète. Pour gouverner sans l’AFD, il faudra au futur constituer des alliances à trois avec les Verts et donc le contenu en sera radicalement différent.
Il n’y a pas de hasard. Les succès de l’AFD sont directement liés à la dégradation de l’économie, qui affecte directement la partie la plus vulnérable de la population, associée à la pression que constitue la forte présence de migrants, qui n’est pas sans poser des problèmes. Le parti d’extrême-droite met en avant et nourrit une étude qui confirme la peur systématique des citoyens qui associent migrants et criminalité. Il s’agit d’un travail effectué par des chercheurs originaires de Leipzig et Hambourg. Cette analyse se réfère à plus de deux cents articles de presse de l’AFD sur le thème criminalité dans la période du 01 janvier au 31 octobre 2018.

Le choix des cas évoqués n’est pas anodin. Dans 95 % des cas évoqués, il s’agit de délits criminels dont les responsables ne sont pas allemands ! Seuls 5% sont le fait de nationaux allemands. Comparativement, selon les statistiques de la police allemande sur la même période, 65% des délinquants étaient allemands. Un autre élément mis en avant par l’AFD, 47% des cas cités impliqueraient des ressortissants syriens, afghans et irakiens. En revanche pour la police, ces trois nationalités ne représentent que 5,2% des délinquants, alors que l’AFD ne cite aucun délinquant d’origine roumaine, polonaise, serbe, italienne, ou russe !  La plupart du temps, le parti concentre ses publications sur les cas les plus spectaculaires de nature à frapper l’opinion et à susciter une image très négative des migrants.
Peut-on dire que l’AFD obtient des résultats avec cette instrumentation, même si la population nouvelle des migrants pose effectivement des problèmes ?  C’est le cas, car non seulement les réseaux sociaux reprennent en boucle ces éléments, mais les médias traditionnels le font à leur tour, devenant ainsi une caisse de résonance du parti. Un des exemples le plus récent et significatif, a été la qualification de «migrants-au-couteau» à la suite de plusieurs agressions à l’arme blanche. En l’absence de statistiques officielles sur ces cas précis, leur retentissement est d’autant plus grand et devient viral !
Contre la réalité des statistiques officielles, ce parti réussit à imposer progressivement l’image de migrants forcément criminelle ou terroriste. De plus, en mettant en avant certaines nationalités contre d’autres, ce qui est démontré, il amplifie la perception islamophobe de cette population. On constate en effet, qu’il est peu ou pas du tout fait mention des délinquants européens. Ce faisant, AFD a réussi son coup en instillant désormais un sentiment de peur et de rejet dans une partie importante de la population. Ce phénomène associé à un antisémitisme rampant, au sujet duquel la presse utilise la formule de micro-antisémitisme, pour éviter d’évoquer l’antisémitisme résurgent, jette un éclairage sombre et préoccupant sur le développement de cette situation. Il impacte les politiques qui ont du mal à prendre position comme on peut le constater. L’AFD réussit à modifier lentement mais sûrement le narratif actuel, 75 ans après la Shoah. Le sentiment de haine est de retour en Allemagne. Les politiques en Allemagne comme en France semblent désarmés, au-delà des déclarations et des coups de menton !

Prenons garde à ce que ce même processus ne se propage pas en France et dans autres grands pays de l’UE alors qu’il est déjà en cours en Hongrie et en Pologne. La France a mis plusieurs décennies à surmonter la question de la collaboration qu’on a voulu purement et simplement gommer au nom de «l’unité nationale» pour référence rappel des deux ouvrages d’Henri Amouroux, 40 millions de pétainistes, 40 millions de gaullistes. Gardons-nous d’un amalgame combinant les pires comportements que sont la xénophobie, l’antisémitisme, l’homophobie, le racisme anti-migrants qui ne peut qu’accentuer le mal être déjà perceptible dans nos pays, en France en particulier. Quand l’ignorance, la haine et l’exclusion se manifestent, soyons vigilants, car demain ce sera peut-être contre nous. La mémoire est versatile.


7 commentaires:

Marianne ARNAUD a dit…

Cher monsieur Benillouche,

Je suis scandalisée par cet article de monsieur Bazak qui nous présente de gentils migrants insultés, agressés, victimes de qui ? On ne nous le dit pas mais on nous le laisse imaginer. Et on ne se prive pas de nous mettre en garde - on appelle Amouroux à la rescousse - nous serons les prochaines victimes, c'est sûr.
On a le droit d'être immigrationniste. On n'a pas le droit d'écrire n'importe quoi !

Si vos lecteurs veulent comprendre la progression de l'AfD en Allemagne, je leur suggère de se référer directement aux statistiques de la criminalité en Allemagne :

https://www.atlantico.fr/decryptage/3570225/criminalite-en-allemagne--cinquante-nuances-d-enfumage-statistique-xavier-raufer

Très cordialement

Bazak a dit…

Chère Madame Arnaud, Cet article n'est pas une apologie de "l'immigrationnisme" et je n'en suis pas l'apologue. Ce n'est d'ailleurs pas l'objet de l'article. Il s'agit d'analyser la décision prise en 2015 par le pouvoir politique allemand et ses repercussions 4 ans plus tard. La vocation des dirigeants est de prendre des decisions et de les assumer aujourd'hui et demain. Je m'en tiens rigoureusement aux faits, rien que les faits. On voit comment et avec quels moyens et méthode l'AFD a réussit à devenir une force politique en Allemagne, alors que les politiques paraissent démunis devant cette nouvelle situation. Ill n'y a aucun sous entendu relatif aux "gentils immigrés". En revanche, les politiques doivent assumer leurs décisions et leurs conséquences. La mise en garde s'entend sur ce plan là. Par exemple quand un crime avéré antisémite se produit et qu'on s'évertue à qualifier l'assassin de victime de problèmes psychiques pendant 6 mois pour éviter de le qualifier d'antisémite,, on n'assume pas. Quand le Chagrin et la pitié est sorti en salle en 1971, sa sortie télé programmée fut annulée. Il est finalement sorti en 1981 à la télévision. A l'époque le général De Gaulle aurait été consulté sur l'éventualité de sa diffusion, il aurait répondu "La France n'a pas besoin de vérités, la France a besoin d'espoir".
Enfin eu égard aux statistiques policières allemandes, elles sont disponibles pour tous directement, sur le site de la police criminelle allemande.
Bien cordialement,

Véronique Allouche a dit…

Merci madame Arnaud pour votre lien sur Atlantico.
Je retiens la première phrase de l’article: « Est réel ce qui m’arrange... ». Il semble que ce soit la devise de monsieur Bazak car à force de vouloir amoindrir les faits , il finit par justifier l’injustifiable .
Mais au-delà de l’auteur ne sommes-nous pas tous coupables de dénaturer la réalité par le biais des réseaux sociaux, ce média planétaire dont nous participons à le rendre inaudible.
Bernard Pivot se voulant pourtant indépendant n’y échappe pas. S’expliquant sur le refus de sélectionner le livre de Yann Moix pour le prix Goncourt, il en donne l’une des raisons : « Si on le met sur la liste des Goncourt, fatalement tous les réseaux sociaux vont nous accuser de faire la promotion de l’antisémitisme à travers un antisémite. »

Bazak a dit…

Bonjour Mme Allouche,
je dois réagir, car vous m'attribuer une affirmation qui ne figure pas dans mon article"Est réel ce qui m'arrange" Je vous rassure même de façon subliminale, ce n'est pas et ne sera pas ma devise. Je ne veux rien justifier, surtout pas l'injustifiable ? je fais appel à notre lucidité et à la capacité des hommes politiques à assumer leurs décisions. Pour le reste, chacun est libre de ses commentaires, les faits restant les faits.
Bien cordialement,

Véronique Allouche a dit…

@ Bazak
Je citais les premiers mots de l’article d’Atlantico bien évidemment. Vous devriez le lire, il nous instruit aussi bien sur les chiffres que sur les attitudes amoindrissantes des faits.
Cordialement

Marianne ARNAUD a dit…

Lorsque vous écrivez : "Je m'en tiens aux faits, rien que les faits", comment pouvez-vous passer sous silence les agressions sexuelles du Nouvel An 2016, en Allemagne ? Or Wikipedia nous apprend comment 1500 agresseurs (rien que pour Cologne) ont commis des agressions coordonnées par groupes de 2 à 40 hommes. De nombreuses villes allemandes ont été touchées par ce phénomène : Hambourg, Stuttgart, Düsseldorf..., en tout cela a concerné 12 Landers sur 16 !
Alors quoi d'étonnant si 67% des gens interrogés par sondage après ces événements, incriminent l'échec de la politique d'intégration de Mme Merkel ?
Mais vous en convenez : "Les politiques doivent assumer leurs décisions et leurs conséquences." Quoi d'étonnant alors, à ce que l'AfD, parti favorable à l'Europe des Nations, soutenant la démocratie directe, opposé à la politique migratoire de Mme Merkel, mais pro-Otan, pro-États-Unis, et pro-Israël - nous dit Wikipedia - ait séduit une partie de l'électorat allemand, et tout particulièrement ceux de l'Est, les plus concernés par la précarité ?

Je le maintiens donc, votre article n'aura été qu'un vilain coup d'épée dans l'eau qu'on aura bien du mal à s'expliquer.

Sylvain C.T a dit…

Quoi qu'on pense de l'article de monsieur Barzak et de la politique migratoire de madame Merkel, il n'en demeure pas moins que l'AFD est un parti d’extrême droite en Allemagne, pays où l'on sait à quoi cette idéologie a abouti.