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dimanche 29 septembre 2019

La planche à billets par Dov ZERAH




LA PLANCHE À BILLETS

Le point économique de  Dov ZERAH



   
BCE

        Le 12 septembre, la Banque centrale européenne (BCE) a décidé de : 
- Reprendre, à partir de novembre, sa politique d’achat d’achats d’actifs à concurrence de 20 milliards€ par mois 
- Diminuer le taux des dépôts de 0,5 %
          Pour la première fois depuis la création de la zone euro, il y a près de vingt ans, ces décisions ont été sévèrement critiquées par les gouverneurs allemand, Jens Weidmann, hollandais, Klaus Knot, et même par le dernier arrivé au conseil des gouverneurs, l’autrichien. Le premier n’a pas hésité à déclarer que «le Président Mario Draghi avait dépassé les bornes» ; quant au second, il considère que «les mesures annoncées étaient disproportionnées par rapport à la conjoncture économique actuelle et il y a de bonnes raisons de douter de leur efficacité»


Draghi

         L’expression de telles divergences et la violence des propos, totalement inhabituels dans un tel milieu, dénotent de profondes divisions au sein du conseil des gouverneurs tant sur l’analyse de la situation que sur les méthodes à utiliser pour accélérer la croissance. 
          De son côté, Mario Draghi a cherché à minimiser ces dissensions. Il considère que pour contrecarrer la récession, la BCE a fait son travail, et qu’il incombe maintenant aux gouvernements, aux premiers desquels les gouvernements allemand et hollandais de tenir leur rôle en prenant des mesures de relance budgétaires. Le renouvellement de cette invitation démontre, s’il en était besoin, les limites de la politique monétaire qui n’est pas faite pour créer la croissance, mais pour l’accompagner. 
          Si les Pays-Bas ont pris, le 17 septembre, des mesures dans cette direction, le gouvernement allemand a annoncé l’adoption d’un important programme d’investissements. Mais, le débat n’est pas purgé, nombreux étant ceux qui considèrent qu’il faut profiter des taux longs négatifs pour s’endetter et financer des infrastructures, notamment pour accompagner la lutte contre le réchauffement climatique. 
          Le risque de récession. Pour justifier ses dernières décisions, la BCE met en avant des prévisions de croissance moins favorables et d’inflation en repli.
- Une révision à la baisse de la croissance du PIB, en 2019, 1,1% au lieu de 1,2 ; en 2020, 1,2 au lieu de 1,4
- En ce qui concerne l’inflation, 1,2% au lieu de 1,3 en 2019 ; 1,0 au lieu de 1,4 en 2020. Nous sommes loin de la cible des 2%. 





          L’OCDE a également revu à la baisse ses prévisions de croissance économique ; la croissance mondiale serait de 2,9% en 2019 et de 3 en 2020, en retrait de 0,3 et 0,4 par rapport aux prévisions de mai. L’inflexion négative intervenue en 4 mois s’explique par : 
- La guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, à laquelle s’ajoute de manière plus feutrée, la guerre des monnaies.
- Cet été, les États-Unis, par des tweets de Donald Trump et la voix du Président de la FED ont, une nouvelle fois critiqué le dumping monétaire chinois, le yuan s’étant déprécié de près de 5% depuis le début de l’année. L’euro est également dans le viseur du président américain, ce qui a conduit Mario Draghi à rappeler que la gestion du change de la monnaie européenne n’était pas dans le mandat de la BCE. 
- La menace d’un BREXIT sans accord
- Les tensions entre la Corée du Sud et le Japon
- Depuis le 14 septembre est survenue une nouvelle cause d’incertitude, le risque d’embrasement du Proche-Orient avec l’attaque iranienne contre les installations pétrolières saoudiennes, en cours de protection par la mise en place de deux systèmes israéliens «dôme de fer». 
      Tout cela est peu propice au climat des affaires.
      Cette conjoncture, les décisions de la BCE, et peut-être les pressions répétées de Donald Trump ont conduit le Président de la FED, Jérôme Powell, nonobstant une opposition d’une partie de son conseil, à arrêter la sortie progressive de la politique d’assouplissement monétaire et à reprendre les achats de titres, et à baisser ses taux. Néanmoins, à la différence de la BCE, la FED ne recourt pas aux taux négatifs. 
         Le questionnement de ces politiques monétaires porte tant sur les effets collatéraux que sur la difficulté à sortir de cette politique. À force d’acheter des titres, les banques centrales donnent le sentiment qu’il n’y a pas de limite à l’endettement. Elles finiront par laisser planer la suspicion du non-remboursement de ces dettes. C’est la planche à billets ! 
          L’abondance de liquidités à de faibles taux facilite, accompagne une décision d’investissement, mais ne suffit pas à la déclencher, car elle est la résultante de nombreux facteurs. N’oublions pas la sagesse populaire selon laquelle «on ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif !» 
          Parallèlement, des taux d’intérêt faibles présentent de nombreux inconvénients : 
- Ils fragilisent la rentabilité bancaire, et les banques allemandes ont d’ailleurs menacé de servir des taux négatifs aux déposants
- Ils favorisent la constitution de bulles spéculatives qui finissent par exploser
- Ils ne permettent pas de récompenser l’effort de se départir de son épargne.
          À trop vouloir éviter tout ralentissement économique, les banquiers centraux, censés incarner la prudence, sont en train, volens nolens, de faire prendre de graves risques au monde. N’oublions pas qu’il y a des cycles dans la vie économique. La politique monétaire n’a pas pour objectif de colmater les brèches ouvertes par la guerre commerciale…Autant de questions qui exigent une utilisation mesurée de l’arme monétaire. À défaut, le risque est grand de susciter la défiance vis-à-vis des monnaies, et de pousser les opérateurs vers l’or et les pseudo-monnaies. 
          Dans le même temps, alors qu’ils étaient l’incarnation de la langue de bois, les gouverneurs sont désormais happés par la médiatisation.

1 commentaire:

Marianne ARNAUD a dit…

Il y a de nouveau un cadavre dans le placard, c'est sûr ! En 2008 il s'appelait Lehman Brothers. Mais aujourd'hui, serait-ce J.P. Morgan, ou la Deutsche Bank ? Barklays ou la Société Générale ? C'est la question que se pose Benjamin Fulford :

https://changera.blogspot.com/2019/09/fulford-tsunami-financier-imminent.html?m=1

Et dire que, pendant ce temps, les chefs d'états tremblent devant les menaces de Greta Thunberg !