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samedi 28 septembre 2019

Election, piège à...raison par Claude MEILLET



ÉLECTION, PIÈGE À… RAISON

La chronique d'humeur de Claude MEILLET



La politique est, vraiment, magique ! En écoutant son amie lui expliquer, depuis Paris, toutes les subtilités des élections israéliennes en cours, il se dit qu’elle faisait voir les aveugles. Alors que sur place, le méli-mélo de la campagne le rendait lui, non-voyant. Afin de faire percer chez elle une lueur de compréhension, et par la même occasion d’éclairer sa propre analyse, il lui fit une proposition a priori honnête. S’efforcer de décortiquer pour elle, sans passion, objectivement, rationnellement, la situation. En précisant que la magie particulière de la politique israélienne n’avait fait avec la campagne-bis que du copier-coller de la première, heureusement en plus court.



La forme d’abord. Important partout, certes. Mais plus encore ici. Dans une région et dans un pays où la forme déforme allègrement.
Premier des paramètres, l’hyper personnalisation. Menée de main de maître par l’artiste du procédé, le Premier Ministre. Faisant de la politique, du pur Shakespeare. To be Bibi or to not be Bibi. Fascinant suffisamment ses opposants pour qu’ils le suivent sur ce terrain. Où, à tout coup, sa popularité, son pouvoir, sa maestria politicarde, le donnaient gagnant. Sinon…que le piège s’est refermé sur lui-même. Car, incertitude montante de la victoire, rapprochement inéluctable de la sanction juridique, le maître a progressivement perdu son sang-froid, et s’est soudain révélé fébrile, affolé, livré à tout et son contraire.
Second facteur, la foire d’empoigne. «Pas original. Israël n’a pas l’exclusivité» l’interrompit la chère amie. Pas déstabilisé pour autant, Jonathan confirma. Le monde politique israélien sait transformer en art véritablement spécifique un phénomène effectivement général. La gauche comme la droite, les extrêmes comme le centre, tous ont arrosé de tirs plus ou moins vicieux leurs ennemis comme leurs supposés amis. Rendant des électeurs plus motivés qu’il n’y paraissait, plus éberlués qu’ils ne l’avaient jamais été.
«Bon, mais sur le fond, tout de même ?» Mis sur le gril par sa toujours charmante amie, Jonathan se lança. L’étalage d’une formidable hypocrisie, tout d’abord. Ce fut à qui se distancierait le plus judicieusement du diable que constitue la minorité arabe israélienne. Diable que la majorité juive revendique dans les temps ordinaires comme bon dieu, fait de citoyens pleins et entiers. Hypocrisie révélatrice d’un formidable décalage entre un univers politique exclusif et une réalité quotidienne beaucoup plus inclusive.

La mise à nue de la dichotomie séculaires/religieux.  Pour laquelle, aussi sulfureux que soit le personnage politique, le bien nommé cher homme Lieberman, la démocratie israélienne doit être reconnaissante. Son opposition, réitérée, à l’alliance avec les partis extrêmes religieux, a permis probablement un assainissement vital du système institutionnel et politique du pays.
Trou noir de débats pourtant primordiaux, sur le retournement économique et financier en cours, sur l’aggravation des inégalités sociales, sur les dérives du système éducatif, sur le rétrécissement culturel, sur la rupture de l’équilibre justice/pouvoir. Trou noir des débats sur l’environnement, le climat, l’urbanisation…
Absence, soigneusement entretenue, de clarification sur la situation palestino/israélienne. Mort de la solution des deux États ? Caractère mortifère de la solution d’un seul et même État ? Négociations, statut quo ? Manque absolu, partagé, d’audace, d’imagination. Sur un facteur d’infection morale, psychique, pratique, de la société israélienne.
«Sur le fond comme sur la forme, tu me confirmes», reprit son amie, plus aussi charmante. Israël, c’est très mal parti».
Remarque qui offrit à Jonathan, un brin peut-être trop triomphant, l’occasion d’un final régénérateur. En fait, cette élection à double détente risque d’offrir au pays une double opportunité. Reprendre le récit d’une magnifique aventure, s’inscrivant dans les pas d’un idéal sioniste, s’efforçant contre aléas, vents et marées, de construire une réalité conforme aux idéaux originels. Amener une classe politique à s’inspirer d’une réalité de terrain, inventive, ouverte, animée par un courant vital, celui de la vie. «Amen», ne put s’empêcher de conclure sa toujours vigilante amie.

1 commentaire:

V. Jabeau a dit…

Mais qui a envie de faire de la politique en Israël ? A part ceux dont c’est le métier et qui en font un royaume ?