LE BEST-OF DES ARTICLES LES PLUS LUS DU SITE, cliquer sur l'image pour lire l'article


 

lundi 16 septembre 2019

Dans l'attente d'un nouveau président tunisien par Dov ZERAH



DANS L’ATTENTE D’UN NOUVEAU PRÉSIDENT TUNISIEN

Le point économique de  Dov ZERAH


Liste des candidats à la présidentielle
Alors que les Tunisiens s’apprêtent à se rendre aux urnes dimanche 15 septembre pour élire leur Président, c’est le moment de dresser un tableau de la situation économique.
Les attentats terroristes de 2015 et 2017 ont été oubliés et les touristes ont repris le chemin de la Tunisie permettant au pays d’engranger, à fin août 2019, 1,2 milliards€ de recettes, niveau équivalent de 2010, avant le «printemps». Cette bonne performance masque de nombreuses lacunes du secteur :



- Le résultat équivalent en recettes est obtenu avec trois fois plus de touristes, 2,9 millions en 2010, plus de 9 en 2019, ce qui dénote une baisse des prix significative. Pour maintenir leurs activités, les aubergistes tunisiens ont bradé leur destination.
- Alors qu’il représentait 3,8 % du PIB en 2010, le tourisme assure 3,5 % du PIB en 2019.
Cette embellie touristique a permis une amélioration du solde des transactions courantes, à la Banque Centrale d’engranger des devises, et d’augmenter ses avoirs au point de couvrir 100 jours d’importation, niveau rarement atteint au cours des dix dernières années. Dans le même temps, le dinar tunisien s’est apprécié de près de 8 % depuis le début de 2019 ; mais la monnaie tunisienne s’est dépréciée de près 70 % en dix ans.
Billet de 20 dinars avec Kherredine Pacha

Mais ces arbres bien portants cachent une forêt mal en point. Si le tourisme constitue un motif de satisfaction, il n’en est pas de même de certaines activités industrielles : baisse de l’activité pétrolière, baisse des prix des phosphates et donc des ressources…
Le produit intérieur brut (PIB) s’est rétracté en passant de 44 milliards en dollars courants en 2010 à moins de 40 en 2018, et ce n’est pas une croissance à moins de 2 % qui va permettre de retrouver un véritable sentier de croissance.

Dans le même temps, la population est passée 10.635.244 habitants en 2010 à 11.565.204 habitants en 2018 ; le PIB par habitant est ainsi passé de 4.272$ en 2014 à 3.423$ en 2018, soit un appauvrissement de 20 % au cours des cinq dernières années.
La cause principale de l’atonie de la croissance est la stagnation, voire le recul de l’investissement productif qui est passé de 2,55 milliards de dinars à 2,36 de juin 2009 à juin 2019. Cette situation est totalement corrélée aux incertitudes politiques, et aux risques d’attentat terroristes.
Un des points faibles de la situation économique est l’inflation ; elle a augmenté de 4,2% en 2016 à 6,4% en 2017, et à 7,5 en 2018, mais devrait régresser à 6,7% en 2019. Cela entraîne une baisse du pouvoir d’achat, une exacerbation des revendications salariales, et une multiplication des mouvements sociaux. Cela explique les augmentations des salaires qui atténuent la compétitivité de l’économie.


Les comptes publics n’ont cessé de se dégrader :
Le déficit budgétaire est passé de 1% du PIB en 2010 à 3,3% en 2011, 5,7% en 2012, et s’est situé jusqu’en 2019 autour de 6 %.
- Cela a entraîné une dégradation de la dette publique qui a doublé en neuf ans, en passant de 40,7% du PIB en 2010 à plus de 80% en 2019. L’accroissement de la dette extérieure s’accompagne d’un alourdissement de sa charge qui représente maintenant près de 17% des recettes courantes de l’État.
Cette situation a amputé les capacités gouvernementales, ne peut laisser envisager une relance publique de l’activité économique. Tant une gestion plus rigoureuse des finances publiques que la conduite de courageuses réformes s’imposent.
Les années 2010 apparaissent ainsi comme la décennie perdue. C’était peut-être inéluctable après les événements de 2011, après toute période révolutionnaire. Dans une alliance avec les Frères musulmans d’Ennahda, le Président Béji Caïd Essebsi (BCE) a permis à son pays d’assurer une transition politique globalement satisfaisante… Sans oublier certaines dérives dues à l’âge, une épouse et un garçon omniprésents…et sa responsabilité, comme ministre de l’intérieur, dans les émeutes du 5 juin 1967 ayant conduit au saccage et pillage de nombreux magasins juifs et à l’incendie de la grande synagogue de Tunis…

Le nouveau Président devra assurer la stabilité politique pour favoriser l’investissement et remettre le pays sur le sentier de croissance. Cela est inéluctable pour faire reculer un chômage qui touche près de 17% et consolider une classe moyenne nécessaire au renforcement du régime.

3 commentaires:

Jacques BENILLOUCHE a dit…

Il est important d’ajouter deux commentaires à cet article complet.

1/ A voir le nombre de candidats, on constate que Habib Bourguiba a insufflé définitivement l’esprit démocratique dans le pays, très rare pour un pays arabe. La course au pouvoir, si elle est dure, reste libre cependant.

2/ Toujours grâce à Habib Bourguiba qui a imposé, dès son arrivée au pouvoir en 1957, la loi sur le statut de la femme, deux candidates se présentent à la présidentielle, très rare aussi pour un pays arabe.

Marianne ARNAUD a dit…

Monsieur Zerah, les Tunisiens ne vous diront pas merci !

Véronique Allouche a dit…

@jacques Benillouche
À en croire ce commentaire la Tunisie donne l’impression d’une démocratie qui serait le prolongement des bienfaits de Bourguiba. Dov ZERAH nous en donne le résultat. Sans oublier que ce pays « très avancé » a hébergé en son sein le dictateur Arafat. Enfin que ce pays peut « s’enorgueillir » d’être celui qui compte le plus de terroristes partis pour rejoindre Daech.
La démocratie est donc toute relative....
Cordialement