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lundi 30 septembre 2019

Crime d'honneur collectif à Bethléem par BAZAK


CRIME D’HONNEUR COLLECTIF À BETHLÉEM

Par BAZAK



On passe allègrement de l’honneur au crime. La libération de la femme n’est certainement pas une priorité de la société palestinienne. On pensait que le crime d’honneur était une spécialité des pays du sud, dont l’Italie ou la Corse ; on s’était sans doute trompés. Au même titre qu’on envoie femmes et enfants en tête des manifestations, autant dire prêts au sacrifice, assassiner une jeune fille en famille semble également relever de la norme.  
Une jeune femme de 21 ans, esthéticienne de son métier, Israa Ghrayeb, après avoir été battue à mort à deux reprises par des membres de sa famille, a succombé le 22 août à ses graves blessures. 



À Ramallah, siège de l’autorité palestinienne, des femmes ont défilé pour protester contre ce «crime d’honneur» et réclamer une «loi qui les protège» plusieurs manifestations identiques se seraient déroulées dans les territoires, sans qu’on en fasse grand cas dans les médias arabes. Sans doute ont-ils d’autres sujets plus importants !
Les faits, la publication dans Instagram d’une photo d’elle avec son fiancé quelques jours avant ses fiançailles officielles, est à l’origine de ce crime barbare. La famille, sous l’autorité de son patriarche, n’a pas supporté cette parution et a délégué les frères de la jeune femme pour la punir. Ce qu’ils ont fait dans la maison familiale. En tentant de leur échapper, la jeune femme est tombée du deuxième étage en se blessant gravement à la colonne vertébrale.
De l’hôpital où elle a été hospitalisée, elle a publié de nouvelles photos, en précisant «je suis forte et je veux vivre. Si je n’avais pas cette volonté, je serais déjà morte hier» et d’ajouter
«Ne m’envoyez pas d’ambassade pour me dire d’être forte, je le suis. Que Dieu juge ceux qui me menacent et m’ont blessée». L’histoire déjà tragique aurait pu s’arrêter là, hélas non. Devant cette nouvelle publication sur Instagram, les frères accompagnés d’autres membres de la famille se sont rendus en force à l’hôpital pour la battre avec la même brutalité et sans aucune pitié malgré son état très critique.

Le 22 aout, elle décédait dans la maison familiale des suites de ses blessures. La famille a déclaré à la presse locale que le décès était consécutif à un arrêt cardiaque. Les assassins sont toujours en liberté. La police n’a fait aucune déclaration à ce jour. À propos de cet assassinat de sang-froid, la cinéaste palestinienne Imtiaz al Maghrabi assure que «chaque femme palestinienne peut être victime de la même situation». La cinéaste tourne actuellement un documentaire sur les crimes d’honneur. En mars elle s’est vu décerner un prix par l’Arab media center, pour son travail. En fait la situation est encore pire que ces faits ne le laissent supposer. En pays musulmans, on assiste depuis plusieurs années à une recrudescence de ces crimes barbares. Le lecteur averti retiendra qu’à chaque fois, il s’agit de préméditation et donc d’assassinat. On retiendra également qu’il s’agit de crimes collectifs, généralement une famille décide du verdict et ce sont les hommes de la famille, les bourreaux.
Certains pays musulmans ont en effet, adapté leur législation pour atténuer la gravité des faits. En 2011, le parlement libanais a modifié un article relatif aux peines encourues (paragraphe 562) réduisant substantiellement la peine en cas de «crimes liés à l’honneur». En 2017, la Tunisie a suivi, c’est une régression après le printemps arabe. Enfin, la Jordanie a fait de même.
En Jordanie, les crimes d’honneur sont traités au même titre que d’autres crimes de sang, si ce n’est qu’on attend des juges la prise en compte de «larges circonstances atténuantes» et des peines allégées, ce que les associations féminines contestent, mais avec peu d’effet jusqu’à maintenant. Au Pakistan, on dénombre plus de 500 crimes d’honneur par an. La législation a été renforcée, mais la qualification du crime reste à la libre appréciation du juge. Dans une récente affaire d’assassinat d’un modèle très populaire à la TV, le frère a été condamné, ses 6 coaccusés dont un religieux ont été acquittés. La mère de la victime a déclaré avant le procès, espérer que son fils serait acquitté. Ce qui en dit long sur le comportement de la famille, complice et instigatrice, comme à chaque fois.
Concernant l’Autorité palestinienne, elle dispose, à priori, d’une législation moderne, mais dans la pratique, l’application est beaucoup plus nuancée. Comme le souligne la cinéaste, la société palestinienne est prisonnière de ses coutumes, traditions et de la religion, pour qui ces paramètres sont bien plus importants que les lois. De fait, tous les délits liés aux crimes d’honneur sont très faiblement punis.
Les explications sont multiples, n’en doutons pas. Cependant, ce qui ressort de ces faits tragiques qu’on peut d’ailleurs rapprocher, en partie, de ce qui se passe ou se passait encore récemment dans nos pays de vieille civilisation, dont la France qui a déjà comptabilisé plus de 200 crimes de sang commis contre les femmes, ce qui nous rappelle au passage, les procès d’Assises et les circonstances atténuantes pour les soi-disant crimes passionnels. Oui, dans ces régimes du Moyen-Orient, les hommes placent leur honneur et celui des membres féminins du cercle familiale bien au-dessus des lois. C’est également l’expression d’une frustration sur ce que l’homme attend de la femme, mais qu’il n’obtient pas.
Alors, il décide de ce qui devient un crime de sang, collectif, où aucune des valeurs morales, la conscience, la compassion, la dignité humaine, le respect de la vie n’ont leur place, remplacées par l’obscurantisme, le fanatisme et la sauvagerie animale. L’honneur est à la mesure du sang versé. Combinée avec les autres facteurs conservateurs et rigides de ces sociétés, le crime de sang devient une compensation morbide, mais vaine. L’usage de la force brutale exprime aussi la peur de voir la femme devenir son égal. Ce qui est intolérable à ces sociétés, mais pour combien de temps encore ? Pendant ce temps, la commission des Droits de l’homme de l’ONU, qui doit souffrir d’un problème aigu de cécité, s’acharne régulièrement à condamner Israël pour ses mauvais traitements. Comme l’écrivait naguère Daniel Rops, Mort où est ta victoire ?
À partir d’un tel constat, comment envisager le vivre ensemble alors que la vie des femmes et régulièrement celle des enfants, est considérée comme partie négligeable ? En Occident où le respect du droit et celui de la dignité humaine sont les pierres angulaires de la coexistence culturelle, religieuse, de la liberté d’expression, on ne peut accepter que de telles conditions s’imposent au détriment des règles de vie et de droit déjà en place au bénéfice du plus grand nombre ? C’est inacceptable. Nos dirigeants, quelle que soit leur couleur politique, doivent assumer leur responsabilité et empêcher toute dérive !


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