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mardi 1 octobre 2019

Benjamin Netanyahou, clap de fin



BENJAMIN NETANYAHOU, CLAP DE FIN

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps


Il est temps pour Benjamin Netanyahou de tirer les conclusions de ses deux échecs aux élections législatives. Passer de 39 députés Likoud en mars 2019 à 32 en septembre 2019, malgré l’intégration de Koulanou de Moshé Kahlon et de Zehut de Moshe Feiglin, a une nette signification traduite par l’impossibilité de constituer une coalition à la Knesset. Sa majorité s’est étriquée de 60 à 55 sièges sans aucune autre réserve disponible. Il comptait sur la trahison d’Amir Peretz mais la ficelle était grosse d’autant plus que le chef travailliste pouvait difficilement envisager une fin de carrière dans l’opprobre.



Benny Gantz est partisan d’une union nationale avec le Likoud, sans les partis extrémistes et sans les orthodoxes religieux mais aussi sans le futur inculpé Netanyahou. Les Israéliens attendent cette solution avec espoir car de nombreux défis économiques et sécuritaires attendent le nouveau gouvernement. Le pays est depuis neuf mois géré de manière transitoire sans que des décisions fondamentales puissent être prises. Il est soumis à une déchirure qui s’éternise et qui mine les esprits. Il est temps que les politiques se parlent et décident.
Mais il est temps surtout que le premier d’entre eux se retire pour libérer les blocages afin que la droite, le centre et la gauche gèrent ensemble le pays. L’acharnement de Netanyahou à vouloir à tout prix rester à son poste commence à créer un doute, même parmi ses militants. De grands commis de l’État siègent au Likoud, souvent écartés parce qu’ils voulaient être calife à la place du calife ce qui légitime pour tout homme politique ambitieux. Netanyahou a préféré s’attribuer quatre postes ministériels plutôt que de mettre à la lumière des concurrents qui ont été cependant d’une discipline étonnante quand on connait l’ambition des hommes politiques.
Au lendemain de la mort de Jacques Chirac, on peut mesurer la différence entre deux grands chefs politiques. Jacques Chirac ne craignait pas la concurrence et il a formé plusieurs jeunes hommes politiques, «les bébés-Chirac», qui aujourd’hui sont aux affaires françaises. En revanche, Netanyahou a fait le vide autour de lui au point qu’on estime qu’il est irremplaçable et que personne ne peut se prévaloir de son héritage politique. Au terme d'une dizaine d'années de pouvoir au sommet, il n'a pas préparé sa succession.  
L’intérêt du pays prime sur l’intérêt personnel et il faut cesser de croire que les dirigeants sont irremplaçables. Quand on a dirigé ce qui est la sève du pays, Tsahal et ses 200.000 réservistes, on doit être capable de conduire un pays sachant qu’il est effectivement géré par les directeurs des ministères qui, contrairement aux États-Unis, restent en place en cas de changement de gouvernance. Les ministres insufflent une orientation politique et les fonctionnaires gouvernent.

Un troisième scrutin ne changera rien car les résultats seront identiques ; on voit mal les Israéliens se déjuger en quelques semaines. Il pourrait définitivement écarter la confiance de la population dans les partis politiques israéliens et dans la démocratie en Israël. Il ne fera que porter la haine à son paroxysme, la haine entre la gauche et la droite, la haine entre laïcs et religieux, la haine entre Juifs et Arabes. Il est encore temps pour Netanyahou de se ressaisir et de partir en beauté en espérant une clémence de la part de juges pour services rendus au pays, en cas de culpabilité.
Réouven Rivlin, l’ancien faucon du Likoud, n’a pas réussi à convaincre Netanyahou de jeter l’éponge avant un KO final désastreux. Des rumeurs avaient avancé qu’il avait proposé au premier ministre actuel d’être nommé vice-premier ministre et ministre des affaires étrangères sous un gouvernement Gantz mais c’était sans compter sur la susceptibilité du haut dirigeant qui vise le tout ou rien.
Vous avez 28 jours pour prouver que cette équation est possible

Pourtant Rivlin n’a gardé aucune rancune contre celui qui l’avait, sans arrêt, mis à l’écart au point d’être systématiquement bloqué dans toutes ses aspirations politiques. Après les élections de 2013, Netanyahou l’avait évincé de la présidence de la Knesset au profit de Yuli Edelstein. En 2014, le premier ministre avait œuvré pour l’empêcher de succéder à la présidence de l’État à la place de Shimon Pérès en proposant l’ancien ministre David Levy et même le prix Nobel Elie Wiesel. Mais Rivlin était aimé des militants du Likoud et de toute la population car il n’a jamais été sectaire. Pour lui, l’intérêt du pays primait.
Pourtant certains ont attendu de lui une déclaration ferme pour condamner la nomination d’un premier ministre mis en accusation par le Procureur de l’État. Cette prise de position n’aurait pas été perçue comme une ingérence dans la campagne électorale mais comme la défense de la démocratie dans le seul pays démocrate de la région du Moyen-Orient. Considéré comme un grand président par l’ensemble de la population et jouissant d’un large prestige, Rivlin est le seul dirigeant israélien capable d’empêcher le chaos politique en Israël.

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