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jeudi 29 août 2019

Une opportunité pour l'Iranien Zarif au G7




Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps



Le ministre iranien des Affaires étrangères, Javad Zarif est l’invité surprise du G7, certainement à la demande d’Emmanuel Macron. Son apparition non prévue dans la programme fait couler beaucoup d’encre car il est en mauvais termes avec de nombreux pays. Mais on ne discute qu’avec ses ennemis et on se querelle avec ses amis. A la surprise générale, Donald Trump avait bien ouvert des négociations avec celui qu’on considérait fou, Kim Jong-un, et qui s’avère être un excellent diplomate pour son pays. Qui aurait cru à la possibilité d’une poignée de mains avec un Américain, même du temps de Barak Obama ? Avec Trump, tout est possible.



            On pousse des cris d’orfraies à sa venue en France mais l’on veut ménager la susceptibilité de tout le monde en assurant l’opinion qu’il n’est pas venu négocier. On décrète qu’il nie avoir l’intention de discuter avec le président Trump. Qui pourrait croire à une telle affirmation ? On attend d’éventuels résultats positifs pour confirmer ou non une rencontre. Il est certain qu’il n’est pas venu à Biarritz, juste à ce moment-là, pour faire du surf sur la plage d’autant plus qu’il a dû décaler un voyage prévu en Asie. On voit mal Emmanuel Macron déjeuner le 24 août avec Trump et ne pas aborder avec lui la question iranienne et surtout son projet d’inviter Zarif. On ne met pas ses invités devant un fait accompli. Il a dû obtenir un accord tacite de Trump.

            Depuis plusieurs semaines déjà Jean-Yves le Drian a préparé le terrain. Il a été en pourparlers avec son homologue iranien pour déterminer les conditions susceptibles de désamorcer les tensions entre Téhéran et les Occidentaux, les Américains en particulier. On ne décide pas d’un voyage pareil si les Iraniens n’avaient pas de propositions concrètes à soumettre.
          Les Français estiment que «Hier, il y avait eu une discussion substantielle entre les dirigeants du G7 et il est important d'actualiser maintenant Zarif afin de continuer à combler le fossé sur les conditions permettant de désamorcer les tensions et de laisser un vide pour les négociations». Les hôtels de Biarritz disposent de nombreuses chambres où des réunions discrètes peuvent se tenir à l’abri des regards.

           Les dirigeants européens n’ont pas encore assimilé la décision de Donald Trump de renoncer à l’accord nucléaire signé en 2015 et d’appliquer à nouveau des sanctions. Alors ils espèrent un changement de stratégie de Téhéran qui vient d'ailleurs d’annoncer que «Zarif transmettra la réponse des dirigeants iraniens à la proposition du président français Emmanuel Macron visant à sauver l'accord nucléaire de l'Iran de 2015». Zarif a prévu de retourner à Téhéran le 25 septembre avant de se rendre en Chine.
            Il ne semble pas que Trump ait écarté d’un revers de main tous les efforts de médiation français. Nous attendons sa déclaration finale lorsqu'il posera les pieds dans son pays comme il a coutume de le faire. En attendant il se borne à une déclaration de principe : «Nous allons faire notre propre travail de proximité, mais vous savez, je ne peux pas empêcher les gens de parler. S'ils veulent parler, ils peuvent parler». Selon certaines indiscrétions à Biarritz, les Iraniens qui souffrent économiquement des sanctions américaines, auraient proposé des engagements fermes de limiter leur activité nucléaire en échange d’un assouplissement des mesures.
            Les États-Unis ont pour l’instant refuser d’alléger les restrictions et demandent des détails précis au mécanisme de compensation proposé par Macron. On sait seulement qu’il est prévu dans l'immédiat des opérations humanitaires et alimentaires avec l’Iran. Mais le président français a bien précisé qu'en échange de toute concession, l'Iran devait se conformer pleinement à l'accord nucléaire et s'engager dans de nouvelles négociations.
Il est difficile d’écarter toute possibilité de dialogue si cela peut éviter la guerre avec son cortège de morts et de destructions. Mais il est à craindre que la France mette Israël à l'écart de son projet. La question fondamentale reste le rôle d’Israël dans ce débat. On sait que les Américains sont très jaloux de leurs prérogatives et qu’ils ne voient que l’intérêt primordial des États-Unis dans toute négociations. 

Il n’est pas certain que les Européens tiennent compte des intérêts particuliers d’Israël dans ces futures négociations mais il est impossible de croire qu’il n’y aura aucune influence sur les relations bilatérales irano-israéliennes. Jawad Zarif, en très fin diplomate rompu aux négociations occidentales, sait qu’il ne peut pas berner les Occidentaux avec des propositions insuffisantes et il sait que Trump, même s’il met en avant ses intérêts nationaux, aura à cœur de sauvegarder ceux de l’État d’Israël. Mais certaines déceptions ne sont pas exclues du côté des Israéliens.
Cependant, il n'est pas question d'aborder seulement les questions nucléaires. Les activités de nuisance de l’Iran au Moyen-Orient, en Syrie, en Irak et au Liban en particulier, doivent faire l’objet d’accords précis et de limitations si l’on éviter une guerre dans la région avec Israël et certain pays arabes modérés, alliés des États-Unis. Ces derniers surveilleront avec soin tout accord qui ne comportera pas la fin de l’expansion géographique et politique des Chiites et de leurs Gardiens de la révolution en particulier. A suivre....   

Mise à jour du 26 août 2019

On entrevoit une certaine évolution dans le discours de Donald Trump. Il a déclaré qu'il respectait le fait que le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, se soit rendu au sommet du G7. Emmanuel Macron lui avait parlé avant la visite de Zarif et lui avait demandé son approbation.

Il n’avait pas voulu rencontrer Zarif car pour lui c’était «trop tôt» mais il a déclaré que les Etats-Unis veulent un «Iran fort» et ne cherchent pas à changer de régime. Il a ajouté que la manière dont les Iraniens étaient obligés de vivre est inacceptable.

1 commentaire:

Yvon MATLINE a dit…

Le ministre iranien des affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, n'est pas un "modéré". Il est l'un des membres permanents du Conseil Suprême de Sécurité Nationale qui coordonne la répression à l'intérieur du pays et organise le terrorisme à l'extérieur. L'inviter au sommet du G7 est une honte.
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