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dimanche 18 août 2019

Netanyahou et Sarkozy, le round de trop



NETANYAHOU ET SARKOZY, LE ROUND DE TROP

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps


Netanyahou et Sarkozy sont des jumeaux en politique car ils avaient puisé, dans leurs traversées du désert et leurs disgrâces, l'énergie pour prendre le pouvoir. Rarement similitude de trajectoire politique n'aura été aussi flagrante entre deux personnages d'origine et de formation si différentes. Benjamin Netanyahou adorait se comparer à Nicolas Sarkozy. L'histoire s'était imprimée, au début pour les deux, sur un échec cinglant hypothéquant alors toute ascension politique.




Netanyahou n'avait pas résisté aux coups de boutoir du nouveau parti Kadima créé par Ariel Sharon, qui avait laminé le Likoud. De son côté, Sarkozy directeur de campagne d'Edouard Balladur avait assisté à son élimination au premier tour puis avait été battu lui-même à la présidentielle de 2012. Mais contrairement aux dirigeants anglo-saxons et malgré ces échecs, ils n'avaient pas estimé devoir quitter la politique car seule la politique pouvait les quitter.
Les deux leaders ont gardé de leurs mésaventures respectives un relent d'aigreur et une sensation de gâchis et d'injustice qui ont accru leur volonté de combat. Benjamin Netanyahou s’était inspiré de la réussite du président français qui était revenu au sommet après sa mésaventure au sein de l’équipe Balladur. Il n'avait cessé d'écouter les conseils de celui qu'il qualifiait d'ami et de frère en politique. À force de s'inspirer de son modèle, il en était presque devenu le clone politique, le jumeau. Sarkozy lui avait appris à tirer d'excellents enseignements de l'échec et à imiter sa stratégie dès son arrivée au pouvoir. Il lui avait suggéré de briser les murailles, d'ouvrir les portes, de vivifier l'air et d'insuffler de nouvelles méthodes politiques comme lui-même l'avait fait.
Ils ont utilisé la même technique du baiser mortel pour étouffer leurs adversaires plutôt que de prendre le risque de les combattre. Soumis tous les deux à la pression de l'extrême-droite, ils ont tout fait pour assécher leur électorat soit en épousant leurs idées et leur dialectique soit, en offrant une place préférentielle aux plus virulents d'entre eux. Le Pen et le Front National constituaient pour Sarkozy le même risque que les nationalistes des implantations et les extrémistes religieux pour Netanyahou. Ils ont préféré soit les intégrer, soit épouser leurs idées pour garantir la pérennité de leur gouvernement.
Les deux hommes avaient dicté leur attitude sur le seul sentiment qui les avait rongés durant la traversée du désert et qui les habite encore malgré leur victoire : la rancune. Sarkozy savait que sa mort politique avait été programmée en haut lieu tout comme Netanyahou qui avait compris qu’il fallait attribuer des portefeuilles placard, sans réelle influence, à ses adversaires pour les condamner au silence. Netanyahou s’est d’ailleurs réservé les portefeuilles les plus importants pour ne pas mettre ses concurrents à la lumière, internationale en particulier.  
Les deux hommes, enfin, ont instrumentalisé la peur dans leur conduite du pouvoir. Tandis que l'un exploitait le thème de la sécurité et du combat contre la délinquance et contre l’immigration, le second agitait le spectre du terrorisme arabe et du gauchisme comme repoussoir contre ses adversaires. Ils ont réussi à persuader leurs électeurs, pourtant souvent venus de la gauche, à s'initier aux thèmes fétichistes de la droite.
À tour de rôle, ils se sont entraidés car ils étaient constitués de la même cuirasse. Sarkozy était venu en Israël, en février 2005 et en mai 2013, pour courtiser Netanyahou et obtenir les voix juives ou pro-israéliennes. Netanyahou avait usé de la même tactique en se montrant sans cesse aux côtés de son ami pour obtenir, en décembre 2008, l'imprimatur du chef de l'État français dans une sorte de retour d'ascenseur pour l'aide directe qui a permis à Sarkozy de siffler 80% des voix de la communauté juive, en France et en Israël.

Mais la question est posée aujourd’hui sur l’opportunité d’un dernier combat, le combat de trop peut-être. Sarkozy avait d’abord perdu les élections face à François Hollande puis les primaires après un coup de poignard dans le dos reçu par ses amis, Juppé et Fillon. Netanyahou se retrouve aujourd’hui dans une situation similaire puisqu’il n’est pas sûr d’obtenir une majorité à la Knesset. L’incertitude domine pour les prochaines élections. Pour Sarkozy, le danger était surtout venu de ses amis, de l’intérieur de ses rangs, du clan avec qui il a gouverné en bonne entente durant des années : «Seigneur, Protège-moi de mes amis ! Mes ennemis, je m'en charge». Du côté de Netanyahou, Naftali Bennett, son ancien directeur de cabinet, puis Ayelet Shaked estiment ouvertement qu'il a fait son temps et qu’ils peuvent devenir calife à la place du calife. Mis sur les rails par leur mentor Netanyahou, ils veulent dorénavant voler de leurs propres ailes.
Après un quart de siècle au pouvoir durant lequel Netanyahou a favorisé la montée de l’extrême-droite pour neutraliser la gauche, il se trouve aujourd’hui prisonnier des monstres qu’il a enfantés. La lassitude de la population arabe face au blocage du processus de paix a entraîné un réveil du nationalisme palestinien et fait réfléchir les adeptes d’une solution modérée. Cette lassitude pourrait se retourner contre le premier ministre actuel qui voit d’ailleurs sa popularité s’effilocher.
Même Avigdor Lieberman, qui avait fait liste commune avec le Likoud en 2013, a repris sa liberté et a tourné casaque en présentant son propre projet de paix avec les Palestiniens dans le but d’acquérir les voix du centre. Comble pour un nationaliste, il suggère de monter une coalition TSN, tous sauf Netanyahou. La situation n’est donc pas éclaircie pour celui qui surfe au sommet des sondages plaçant son parti le Likoud en tête. Mais il reste cinq semaines de campagne dure.  S’il y a un risque qu’il se fasse battre, Netanyahou le devra à ses anciens amis et collaborateurs intimes qui attendent leur heure pour propulser au poste de premier ministre un autre candidat qui pourrait sauver ce qui peut être encore sauvé.
Sarkozy- Le Maire

Netanyahou n’a rien appris de son jumeau qui bénéficiait lui-aussi de sondages positifs mais qui n’a pas senti que le danger venait de ses propres rangs. La défaite à l'élection présidentielle se 2012 a été un avertissement dont Sarkozy n'a pas voulu en tenir compte. Il avait reçu un autre avertissement à l’occasion de l’élection à la présidence du parti UMP qui avait vu un jeune concurrent, Bruno le Maire, lui siphonner 30% des voix du parti en toute ingratitude en politique. Les adversaires de Sarkozy les plus virulents n’étaient pas les socialistes mais les hommes de son camp, François Fillon son ancien premier ministre, Alain Juppé le gardien du temple gaulliste et l’ancien ministre centriste Jean-Pierre Raffarin. D’autres proches, voyant le vent tourner, avaient décidé de quitter le navire pour des horizons plus accueillants.
Pour Netanyahou, l'extrême-droite grignote des voix qui risquent de lui manquer pour que sa liste arrive en tête.  Il a reçu un coup de semonce aux élections du 9 avril 2019 puisqu'il n'a pas pu constituer sa coalition. S'il perd sa place de leader en septembre, sa position sera fragilisée tandis que les ambitions s'exprimeront au grand jour, et elles sont nombreuses au Likoud.
Contrairement aux anglo-saxons, les deux monstres de la politique n’ont pas voulu mettre un terme à leur carrière politique alors qu’il était temps, en pleine ascension politique et en pleine gloire. Ils s’accrochent aux quelques restes de pouvoir qui maintiennent leur flamme et ne savent pas, comme les Grands Hommes, tirer un trait sur leur vie politique pour devenir des Sages et participer au renouvellement des générations. On peut tout dire de Begin mais il a su tirer sa révérence, au sommet de sa réussite, pour laisser les jeunes prendre en mains les destinées de leur pays. 
Sarkozy a mal mesuré le risque de mener le dernier round d’un match qui n’était pas gagné d’avance. L’échec est terrible car l’Histoire oubliera ce qu'il a réalisé et ne retiendra que la décision des électeurs de le sanctionner. La question se pose à présent pour Netanyahou qui risque de mener le combat de trop comme son frère jumeau en politique. Même s’il se maintient actuellement au sommet, il n’a plus la même aura pour rester le Lider Maximo. Il doit mendier, à tout prix, autour de lui des soutiens qui ne sont pas à la hauteur de son personnage. Plus dure sera la chute.
La Fontaine avait bien décrit le drame du "Lion, terreur des forêts, chargé d'ans, et pleurant son antique prouesse, enfin attaqué par ses propres sujets devenus forts par sa faiblesse".

4 commentaires:

Corto le Vrai a dit…

Quand on veut parler de Sarkozy, et pour éviter, cher ami, d'écrire des bêtises, il faut avant avoir lu deux livres.
le premier qui doit dater de 2012 je crois, c'est "L'Impétueux" de Catherine Nay. Le deuxième c'est "Passions" de Nicolas Sarkozy sorti tout récemment.
amicalement, Corto

Harry NUSSBAUM a dit…

Jacques, votre comparaison est outrée. Le parallélisme entre les deux destins est loin d'être aussi manifeste.
- Sarkozy a su tirer les leçons de ses deux échecs successifs et s'est à présent retiré de la politique (du moins jusqu'à nouvel ordre).
- Il y a un gouffre entre siphonner les voix de l'extrême droite en faisant mine d'adopter ses positions et ouvrir le gouvernement non seulement à l'extrême droite mais aussi à l'ultra-droite kahaniste. C'est comme si Sarkozy s'était allié à Alain Soral !
- Quant à parler d'une soi-disant amitié entre Sarkozy et Netanyahu, c'est oublier le mépris éprouvé par le premier à l'égard du second, illustré par son jugement exprimé lors d'une conversation soi-disant privée avec Obama, qui fut "accidentellement" enregistrée et diffusée par les media.
- Il faut se méfier des comparaisons hâtives. L'histoire ne se répète pas.

Jacques BENILLOUCHE a dit…

Mon cher Corto,
Je n'ai pas insulté Sarkozy, j'ai simplement dit qu'il aurait dû se retirer plus tôt. François Hollande a été de ce point de vue plus judicieux, il a évité d'être battu!

bliahphilippe a dit…

Faut pas confondre "amitié" et "on se comprend"...
Sarkozy comme tous ses prédécesseurs et ses succeseurs a bien montré son "amitié" et sa sympathie envers l"ami" Natanyahou lors de ses votres à l'UNESCO puis à l'ONU, Sarkozy ayant voulu faire passer un etat palestinien en se passant de l'avis de son cher ami.... Je crois plutot a une fausse amitié dominée par l'hypocrisie, les interets des uns et des autres etant bien gardés sans compromis .En pratique de son coté Natanyahou -et pour cause connaissant bien le parti de la France- n'a jamais donné à la diplomatie Sarkozyste la moindre possibilité de reprendre pied dans la région a la différence du francophile indécrottable Shimon Peres puis de Tsipi Livni. Rappelons pour consacrer cette grande amitié ' indéfectible ' que Michéle Alliot Marie dite MAM alors ministre de la Défense de Sarkozy fanfarronnait , menaçant sans vergogne et surtout sans rire d'abbatre les avions israéliens qui survolaient le Sud Liban.