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mardi 13 août 2019

Le 9 août, l'irrésistible ascension du nouveau tsar par BAZAK


LE 9 AOÛT, L’IRRÉSISTIBLE ASCENSION DU NOUVEAU TSAR

Par BAZAK


Poutine et Eltsine
Le peuple juif et le peuple russe commémorent tous deux cette date, mais pas pour les mêmes raisons. Le 9 Av, tischa bé av, est une date douloureuse car elle rappelle des événements sombres dans l’Histoire juive. La destruction du second temple en l’an 70 et l’exil qui suivit. Pour les Russes, ce fut la nomination le 9 août 1999 de Wladimir Poutine comme premier ministre par Boris Eltsine. Un an plus tard, le parlement le nommait président. Les Russes imaginaient passer de la souffrance à l’espérance.



Schröder - Poutine

L’ancien dirigeant du KGB entrait dans l’histoire. Après 20 ans de règne et de promesses, Poutine à 66 ans, se place dans une perspective d’avenir ou plus cyniquement, vise à l’accomplissement d’une place dans l’histoire. On se souviendra de la formule de l’ancien chancelier Schröder à propos de Eltsine et de Poutine, avec lesquels il s’entendait bien : «Deux démocrates pur cristal» On comprend mieux cette formule ironique aujourd’hui. De porteur d’espoirs il est devenu celui qui réprime. À Moscou et ailleurs on arrête, on emprisonne, on condamne arbitrairement, la taïga brûle, le pays doit faire face à des difficultés économiques croissantes, qui font suite à celles d’il y a 20 ans mais apparaissent comme toujours actuelles.
 Poutine s’intéresse surtout à la place de la Russie dans le monde et du rôle qu’il y joue. Son arrivée sur la scène politique, tant russe qu’internationale, fut un choc. Pour tout le peuple russe il apparaît alors comme porteur de tous leurs espoirs, l’homme qui va tout changer pour le bien de tous, un sauveur. Las ! 20 ans plus tard, une large partie des citoyens a perdu ses illusions. Les élections municipales du 8 septembre s’annoncent sous les auspices les plus incertains ! Samedi 10 août des dizaines de milliers de manifestants ont défilé pour réclamer, enfin, des élections libres. Le Kremlin ne pourra pas continuer à faire la sourde oreille sauf à prendre le risque de voir ces manifestations déboucher sur des situations plus graves, hors contrôle.
Le temps n’est plus où Poutine s’adressait au Bundestag allemand en critiquant la politique des pays de l’Ouest, les excès, la liberté de la presse, les droits de l’homme. L’opposition atomisée n’a aucun accès aux médias audiovisuels. On a quasiment oublié la période où l’ancien officier du KGB de Dresde pouvait s’adresser dans un allemand parfait au Bundestag allemand.
Le niveau d’insatisfaction générale ne fait que croître à travers tout le pays. La rupture entre l’administration et les citoyens est quotidienne. Les fonctionnaires décident, les habitants subissent. En Sibérie la forêt brûle sur des milliers de kms, en raison de l’imprévoyance des responsables. La destruction de la ceinture verte est un motif d’inquiétude pour beaucoup de russes. 
Des milliers d’habitants subissent encore aujourd’hui les conséquences d’inondations jamais vues depuis un siècle et sont toujours sans logement. Dans de nombreuses localités, on a instauré l’état d’urgence. Lors de son émission télévisée quotidienne «Contact direct», Poutine a dû subir les plaintes de téléspectateurs lui reprochant la faiblesse du salaire moyen russe, quelques centaines d’euros mensuels, ne permettant pas de vivre ! Poutine avait eu l’air surpris. Le porte-parole du Kremlin, Dimitri Peskov, s’est ensuite insurgé contre les déclarations des sondeurs en contestant les données mises en avant et en corrigeant les questions posées. On est loin de la libre expression !
Dimitri Peskov


En Russie règne une forme de «Malédiction Poutine» peut-être en référence au crépuscule des dieux, cinq ans après l’annexion de la Crimée. Les sanctions imposées par l’UE et les États-Unis pèsent lourdement sur l’exportation des matières premières, même si Poutine affirme dans son émission télévisée que les paysans européens sont aussi lourdement touchés par les contre sanctions russes qui leur interdisent l’exportation de denrées alimentaires en Russie. Les citoyens russes ne cessent de se plaindre de l’augmentation massive et permanente des prix et de la disparition des médicaments en raison des sanctions.
Le montant extrêmement important des investissements en Crimée en milliards, ainsi que d’ambitieux programmes militaires, la guerre en Syrie, sont un poids énorme pour l’économie russe, essentiellement basée sur la production et la vente de matières premières alors que le prix du pétrole est au plus bas. Certes Poutine peut continuer à puiser dans la caisse mais les ressources vont clairement en s’amenuisant.
À son actif, pour se maintenir au pouvoir, Poutine a su progressivement prendre le contrôle de toutes les forces vives du pays : l’armée, les services secrets, les oligarques. Il a été réélu deux fois en échangeant les rôles de premier ministre avec Dimitri Medvedev premier ministre actuel. Il a su répondre à l’attente des Russes en mal de stabilité et nostalgiques de l’ancien empire. Il a redonné le sens de la patrie, pour ne pas dire une nouvelle vie au nationalisme russe, ce qui lui a valu dès le départ l’adhésion de la population après le chaos des années 90. L’échéance est en 2024. À l’exception de Staline, aucun chef d’État russe n’aura régné aussi longtemps.
À son arrivée au pouvoir, face à une forte augmentation des prix des matières premières, il a su remettre le pays sur pied et redresser une situation largement compromise. Il a maté de main de fer la Tchétchénie comme l’on sait. Il a maîtrisé une situation complexe dans le Caucase. Il a maintenu au pouvoir Bachar el Assad et permis à la Russie de conserver sa base navale sur la Méditerranée, à Tartous. Une large partie de la population le considère comme un superman, image qu’il cultive régulièrement par ses prestations publiques de judoka, de cavalier, de joueur de hockey, pour démontrer ses qualités athlétiques.
Tsar Poutine

Pour autant le nombre de ceux qui doutent qu’il puisse encore continuer à conduire le pays ne fait qu’augmenter. Il a fait beaucoup de promesses qu’il n’a pu tenir, augmentation des salaires, plus de prestations sociales notamment. Ce n’est pas encore une majorité. Les Sibériens pensent maintenant que devant l’ampleur du désastre, seule la pluie pourra arrêter l’incendie ! Le taux de chômage est en hausse et la perte de confiance augmente faute d’une perspective à laquelle la génération actuelle pourrait se raccrocher ! Les temps ont changé.
Le décalage devient maintenant un différend majeur avec la nouvelle génération qui a d’autres attentes. Elle s’élève en particulier contre la corruption généralisée des fonctionnaires, des juges, le népotisme ambiant, alors que l’ancienne génération se résigne à la situation actuelle, la division du pays s’accentue d’autant. Alors qu’elle attendait une véritable Glasnost, une transparence, c’est tout le contraire qu’elle constate. Partout règne l’opacité. Le divorce existe désormais avec le pouvoir. La polarisation du pouvoir par Poutine provoque désormais une énorme frustration dans toute cette génération, qui n’est pas prête à accepter la poursuite du statu quo ; ce que les oligarques et le pouvoir n’ont pas compris ou refusent de prendre en compte. À terme, on se dirige vers un conflit dont personne ne peut encore prédire qu’elle forme il prendra, surtout si on continue à empêcher des élections libres et à en truquer les résultats.
Poutine même n’apporte aucune indication sur ses projets après 2024, sauf à constater «qu’il reste encore cinq ans, que l’époque est complexe et qu’il faut d’abord penser à ce qui se passe maintenant». Ses soutiens principaux que sont les services secrets et l’Église russe en partie, ne peuvent que souhaiter le statu quo, ce qui leur convient le mieux. Poutine envisage peut-être une solution à la Kazakh consistant à créer un poste de grand Sage chargé de superviser les grandes décisions et de conserver le pouvoir, ou une solution à l’iranienne, en créant un conseil supérieur chargé de contrôler le président, le gouvernement et les services de sécurité, d’autant qu’il a pu voir de près leur fonctionnement. 
Il deviendrait alors le «petit père du peuple» comme le fut un certain Josef Staline. Une autre façon d’entrer dans l’histoire. À suivre,

1 commentaire:

Jérémie MORGENSTERN a dit…

Admirable papier