LE BEST-OF DES ARTICLES LES PLUS LUS DU SITE, cliquer sur l'image pour lire l'article


 

dimanche 11 août 2019

Israël, la Chine et l'ami américain par BAZAK


ISRAËL, LA CHINE ET L’AMI AMÉRICAIN

Par BAZAK

Mike Pompeo
Au moment où le ton est encore monté entre les deux grands, Israël pourrait être amené à devoir faire des choix. Les derniers événements concernant l’Iran et le rôle des États-Unis dans le détroit d’Hormuz, la pression de l’ami Américain se fait sentir à la mesure des tensions croissantes. Le secrétaire d’État américain aux affaires étrangères, Mike Pompeo, a exprimé son inquiétude concernant les investissements chinois en Israël. Cette préoccupation est liée aux liens très étroits entre les deux pays, particulièrement dans certains aspects sécuritaires vis à vis de l’Iran et de la lutte contre le terrorisme.



Michael Mulroy

Une étroite collaboration sur des technologies très sensibles existe. Michael Mulroy secrétaire d’État adjoint à la défense vient de déclarer : «Nous ne demandons pas à Israël de ne pas traiter avec la Chine, mais nous avons entamé des discussions avec tous nos alliés proches eu égard aux implications sécuritaires liées aux investissements chinois». Il a poursuivi en rappelant la prochaine présence chinoise à Haifa ainsi que la création d’une base navale à Djibouti.
Les relations diplomatiques remontent à 1992 ; la Chine n’était pas encore la puissance mondiale émergente qu’elle est aujourd’hui ; Israël n’était pas encore ce qu’il est devenu près de 30 ans plus tard. Au fil des dernières années, la Chine est devenue un partenaire économique important. Par facilité, on a tendance à globaliser et même confondre, relations économiques et politiques. Mais pour Israël, le distinguo existe.
A l’horizon de 30 ou 40 ans, manifestement c’est la recherche d’une voie moyenne, d’un équilibre à établir entre la relation unique avec l’allié stratégique américain et la puissance incontournable que devient la Chine. Pour Israël, sa relation avec la Chine s’analyse entre les enjeux, les risques et les opportunités. L’élément nouveau, accentué depuis l’élection de Donald Trump, est la compétition entre les deux super puissances. Israël ne peut en aucun cas se permettre de mettre en cause sa relation privilégiée avec son partenaire stratégique, mais il doit en permanence s’adapter à l’évolution de cette compétition au sommet, devenue une rivalité croissante.
Probablement la question primodiale est celle de la sécurité, celle d’Israël et celle des États-Unis. On ne peut pas oublier ce qui s’est passé en 1999-2000, lorsque Israël a voulu vendre à la Chine un système Awacs, qui ne constituait pas du matériel hautement stratégique. Les Chinois eux s’en souviennent. C’est resté un marqueur dans les relations entre les deux pays. En conséquence, Israël ne leur vend aucun matériel stratégique. Il faut donc distinguer les domaines où cette dernière est très présente, les infrastructures d’une part, et de l’autre, les hautes technologies, en particulier l’intelligence artificielle et la G5 dans le domaine des communications.

Port de Haïfa

La Chine est déjà présente en Israël dans le secteur des infrastructures. On cite volontiers le port de Haifa. La Chine y dispose d’une licence d’exploitation de 25 ans en matière de porte- conteneurs et dans l’extension nouvelle du port. Contrairement à ce qui se passe déjà ailleurs, ports du Pyrée en Grèce ou ports de Seattle à Norfolk, la Chine n’a donc ni droit de mouillage, ni base navale. On a appris récemment l’établissement d’une base navale chinoise à Djibouti, traditionnellement une chasse gardée française, proche de la présence américaine en Somalie et en Érythrée, mais les temps changent !
Israël a pris le soin de préciser tous les aspects sécuritaires, d’autant que l’US Navy est régulièrement présente en Israël qui doit donc en permanence analyser avec les États-Unis les priorités communes, dans cette compétition planétaire. En matière de communication, il s’agit d’un choix majeur qui a largement été médiatisé dans deux phases, d’abord l’arrestation au Canada de la directrice générale de Huawei, le géant des communications et leader mondial de la technologie 5G, suivie de l’interdiction totale d’utilisation aux États-Unis, avec les conséquences que l’on sait y compris sur les smartphones.
Si on regarde de plus près les implications technologiques et sécuritaires, on relèvera que 40% des communications maritimes sont fournis par HUAWEI que le gouvernement chinois contrôle. Donc déjà actuellement des questions sécuritaires sont posées, ce que semble avoir découvert tardivement l’Amérique. Sur ce sujet majeur de la 5G, Israël ne peut que rechercher une coopération avec Washington, voire même avec d’autres pays, par exemple des membres de l’OTAN, confrontés au même choix, car les Américains admettront difficilement que leurs moyens militaires et stratégiques soient exposés à la technologie chinoise. D’ailleurs officiellement, Israël n’a fait aucune déclaration sur son choix technologique.
Cette absence de commentaires en dit long sur l’importance qu’on attache à la question. Plus largement dans ses rapports avec la Chine, Israël ne peut pas disqualifier l’investisseur très important qu’est ce pays, au risque de défavoriser ses propres entreprises en matière d’investissements. Tout réside donc largement dans la manière et la méthode qu’emploiera Israël pour hiérarchiser sécurité, politique et économie. Il ne faut jamais perdre de vue que traiter avec les entreprises géantes chinoises, c’est toujours traiter avec le gouvernement par personnes interposées. Les dirigeants de ces sociétés sont tous membres importants du parti communiste chinois, donc il n’y a aucune comparaison avec les dirigeants américains d’une grande entreprise !
Devant la violence croissante de la rivalité États-Unis-Chine, on doit envisager un scénario dans lequel les États-Unis tenteraient de faire condamner la Chine à l’ONU, par exemple sur les droits de l’homme, sur ses agissements en mer de Chine. Israël se verrait sollicité pour donner son vote. Dans cette perspective, on relèvera qu’Israël s’est joint au projet de Route de la Soie. Dans tous les cas, selon l’importance du volet politique, il y aura toujours un prix à payer.
On voit bien ces derniers temps, qu’Israël a développé une position intermédiaire avec ses voisins arabes, face ou grâce au danger que représente l’Iran, partenaire de la Chine par ailleurs, qui a commencé à fournir des matériels militaires défensifs. Elle veut également devenir fournisseur d’équipements nucléaires, sans qu’on puisse affirmer que cela déboucherait sur une version militaire. A terme, devant le retrait affirmé des États-Unis, on peut imaginer une forme de face à face entre Chine et Israël dans la région.
Aujourd’hui, Israël a son mot à dire en sa qualité de cyber puissance, grâce à son avance reconnue dans ce domaine. Il fait partie du cercle encore très restreint des pays capables de soutenir cette nouvelle forme de conflit, tous azimuts et trans frontières. Tant qu’il saura conserver cette longueur d’avance, conjuguée avec sa position unique d’allié des États-Unis et en quelque sorte son représentant dans la région, il continuera à prendre sa part aux grandes décisions qui détermineront aussi son avenir. Ce qu’il a toujours su faire depuis 1948 dans des circonstances parfois très critiques.
La situation devient d’autant plus délicate que la situation se tend dans la région. Nul ne sait ce qui peut survenir demain dans le détroit d’Hormuz.  On ne peut pas exclure que les startups israéliennes, comme d’autres, se voient interdire le marché américain comme mesure supplémentaire de rétorsion. Jusqu’à maintenant Israël n’a pas manifesté l’intention d’introduire une législation spécifique sur les investissements civils pour ne pas compromettre d’éventuels sources de financement d’origine directe ou indirecte chinoise. On a beau adopter des formules rassurantes, diplomatie et politique intérieure obligent, il n’en reste pas moins que le cabinet israélien s’est réuni dès ce 7 août pour examiner une résolution expressément consacrée au contrôle des investissements chinois. On peut aussi s’interroger sur le fait que ces deux aspects, relations avec la Chine et les États-Unis soient pratiquement absents de la campagne électorale en cours. Moins on en parle et moins on risque de dire des bêtises.

Aucun commentaire: