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mercredi 28 août 2019

Boko Haram, dix ans après par BAZAK


BOKO HARAM, DIX ANS APRÈS

Par  BAZAK

Aboubakar Shekau
En juillet 2010 Aboubakar Shekau, chef de la secte, envoyait un message via internet au président nigérian de l’époque, le Bien-nommé Goodluck Jonathan : «Au président et à tous ceux qui représentent les Chrétiens, nous leur déclarons la guerre sainte, car chacun sait ce qu’ils ont fait aux musulmans !» Le drame débutait. Boko Haram est un mouvement né onze ans plus tôt à Maiduguri, capitale de l’État de Borno, au Nigéria.



Mohammed Yusuf, 39 ans, arrêté par les forces de l'ordre du Nigeria, le 30 juillet 2009

Après le retour en 1999 à un régime démocratique, la population espérait une redistribution équitable des richesses et la fin de la corruption rampante. Mais cette année-là, de violents heurts éclatèrent entre la population et les forces de sécurité au Nord-est du Nigeria dans les États du Borno, d’Adamawa et du Yobé. C’est dans ce contexte qu’apparaît un jeune prédicateur nommé Mohamed Yusuf. Il revendique l’application de la charia et la renonciation au modèle de vie occidental. Il déclare que «l’éducation occidentale est un péché », en langue Haoussa «boko haram».
Dans un premier temps, il affirme être opposé à la violence, puis modifie son discours sous une forme beaucoup plus radicale qui trouve rapidement un écho au milieu des populations déshéritées et insatisfaites «nous voulons propager l’islam. Chacun a le droit d’écouter son message. Je vous le dis, les incroyants sont des menteurs. Ils font n’importe quoi pour avoir le pouvoir. Ils parlent et promettent beaucoup, mais en fait ils sont sans pitié». Très vite, l’État fédéral le considère comme une menace. Fin 2009, des émeutes font 300 victimes à Maiduguri. Le 30 juillet 2009, les forces de sécurité organisent une vaste opération au terme de laquelle Mohamed Yussuf, ainsi que nombre de ses partisans, sont abattus.  Le groupe terroriste a subi son baptême du feu.
Abubakar Shekau successeur désigné, entre en clandestinité et engage une «guerre sainte» contre l’État fédéral. La secte commet de nombreux attentats de plus en plus meurtriers. En dix ans, elle aura fait plus de 32.000 victimes et poussé à l’exode plusieurs millions de villageois. A Maiduguri se trouve actuellement un camp d’un million de personnes déplacées, géré par MSF.
La violence appelle la violence. Devant l’incapacité du gouvernement d’assurer leur sécurité, des jeunes villageois créent une milice d’auto-défense, la Civilian Joint Task Force. Elle comporterait 26.000 membres, hommes et femmes dont près de 1.800 perçoivent un salaire mensuel de 50$. Ce groupe a réussi à repousser la secte hors de Maiduguri et d’autres localités, bien qu’étant aussi accusé de certaines exactions. Malgré certaines critiques justifiées, les habitants estiment que cette milice a atteint son but, opinion partagée par les experts militaires. La circulation des personnes est redevenue possible.

Cette milice connait beaucoup mieux la situation locale que les militaires envoyés sur place. En 2015 le général Muhammadu Buhari, nouveau président, promet d’éradiquer Boko Haram dans les deux années à venir. Avec l’aide de troupes, notamment du Tchad, du Niger et du Cameroun, il réussit à repousser Boko Haram en marge de l’État de Borno, en libérant de larges zones contrôlées par les djihadistes depuis 2015. Ce succès annoncé sera de courte durée. La réalité du terrain est autre. Les terroristes sont toujours très présents et ont reconstitué leurs stocks d’armes. D’anciens membres de Daesh les rejoignent.  
Fin 2018, ils font une démonstration de force en expulsant 500 militaires de leur quartier général de Baga et en prenant temporairement le contrôle de la ville. Le président Buhari n’a pas réussi à tenir sa promesse. La situation actuelle se dégrade, car l’armée est démoralisée faute d’équipements à la hauteur de sa mission et ne se sent pas de taille à faire face. Il y a eu plusieurs manifestations de militaires qui se sentent maltraités par le pouvoir, d’autant que la majorité des soldats provient d’autres états éloignés. 
Devant cette impasse, le Nigeria doit changer de stratégie Il y a peu, Boko Haram a attaqué une base militaire située près de la ville de Monguno ; les forces nigérianes ont ensuite repris le contrôle du village. Cette attaque fait suite à une autre, dans un village proche de Maiduguri. Le village a été repris par l’armée, sans convaincre. Ici comme dans d’autres conflits, il ne semble pas qu’une victoire militaire soit la seule solution, ce que le gouvernement ne prend pas en compte. Récemment Boko Haram a multiplié les attaques dans la région nord-est, contredisant l’affirmation gouvernementale, qui prétendait l’avoir décimé.
Le président Buhari avait parlé trop vite. À défaut d’avoir pu éliminer ce groupe terroriste depuis dix ans, certains lui conseillent de doubler l’action militaire d’un processus de négociations qui supposerait la volonté du groupe d’y participer. Cette option serait extrêmement dangereuse, car elle pourrait durablement compromettre les ressources du pays et l’entraîner dans un chaos économique pire encore. L’autre option serait de développer économiquement ces régions sous-développées pour permettre ensuite à l’action militaire de se déployer avec la coopération des populations. La situation sur le terrain se complique d’autant plus que les terroristes ont déjà mené des attaques dans les pays voisins. Le poison se diffuse dans des zones très loin des centres, donc d’autant plus difficiles à défendre.
L’armée reste divisée sur la stratégie à adopter. Elle avait demandé l’expulsion d’Amnesty international qui venait de publier un rapport annonçant 3.000 victimes de plus, sous prétexte qu’il démoralisait les troupes ! Elle a encore fait parler d’elle en demandant l’arrêt des opérations de l’Unicef au Nigéria, affirmant que cette agence de l’ONU aurait servi de base d’entrainement à des «espions», encore une façon de détourner l’attention quand on n’a rien de mieux à annoncer. La suspension fut ensuite levée.

Pour les experts, le centre de gravité de Boko Haram se situe dans la région du lac Tchad, région éloignée et peu accessible, où il s’est d’abord imposé comme une force socio-économique au sein de populations délaissées par le pouvoir central, en s’appuyant sur l’idéologie religieuse comme vecteur de pénétration. Le pays est confronté à un double défi, économique et politique. Il devrait se doter d’une force d’intervention contre-terroriste combinée à une politique de développement économique dans des zones où la grande misère côtoie l’ignorance des populations.
Un autre facteur négatif est la relative passivité des pays occidentaux qui ne semblent pas vouloir s’impliquer dans ce dossier qui constitue pourtant une menace majeure, d’abord dans le pays le plus peuplé d’Afrique et grand producteur de pétrole, ensuite pour son grand voisin du Cameroun qui a déjà subi des attaques meurtrières. La France, déjà très occupée au Mali, ne semble pas pouvoir ou vouloir intervenir comme au Mali. L’UE, à la recherche d’une formule de défense commune, il est à craindre qu’elle ne puisse rien proposer avant longtemps. Quant aux forces d’intervention panafricaines, quand elles sont constituées, n’ont de force que le nom. On n’ose pas imaginer ce que serait une nouvelle vague migratoire provoquée par la persistance de ce conflit, parmi d’autres en Afrique. L’UE doit prendre ses responsabilités ici comme ailleurs. A défaut, elle subira la situation, comme c’est le cas actuellement ! Quand on traverse la rue en détournant les yeux, on peut quand même se faire écraser !

2 commentaires:

Marianne ARNAUD a dit…


"On n'ose pas imaginer ce que serait une nouvelle vague migratoire provoquée par la persistance de ce conflit..."
Si, si, osez imaginer ! Cela pourrait peut-être rendre service à tous ces oligarques qui ne voient ce qui se passe que de leurs bureaux climatisés, et à qui il pourrait finir par en cuire aussi !

Seknadje René a dit…

Il faudrait surtout une fois pour toutes accepter que l Islam , qui a l éternité devant lui, reprend le Jihad .
Nos beaux esprits issus de la bourgeoisie où imbibes des thèses trotskystes ou similaires balayent cette idée d un revers de main car ils considèrent que ce ne sont que des paroles en l air et qu une fois qu on aura supprimé la misère et que les occidentaux auront accepté
D avouer leur culpabilité ,tout rentrera dans l ordre dans le meilleur des mondes .
On a déjà connu ce genre de situation ou on a refusé de croire aux annonces d un peintre en bâtiment ( deja on attaquait l homme
Même s il fallait en rajouter ) et on sait ce qui est arrivé .
Et c est ce qui se prépare mais le bon peuple ne veut plus rien entendre .il profite de chaque jour qui passe et on lui a donné une cause à
défendre .L écologie .ou tout le monde a raison même les escrocs , et qui permet à chacun d avoir bonne conscience car il croit qu il se bat
car on a escamoté Le vrai péril avec des ´mots, : fasciste, populiste, islamophobe .