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vendredi 26 juillet 2019

Un antisémite est mort à Tunis




Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps

            


        Autant son maître Habib Bourguiba a laissé des traces indélébiles en Tunisie, autant Caïd Essebsi ne laissera aucun regret chez les Juifs de Tunisie. Son souvenir rejoindra celui des pires antisémites qui peuplent aujourd’hui l’enfer. Sa vie a été entachée d’une période trouble dont il a évité de faire référence. En effet il avait été nommé ministre de l’intérieur, le 5 juillet 1965, le premier ministère qu’il occupa dans sa carrière, ceci expliquant cela. Aux côtés d’Habib Bourguiba, il avait été toujours un homme politique de second ordre.


Grande synagogue de Tunis

Lors du déclenchement le 5 juin 1967 de la Guerre des Six-Jours, de violentes manifestations ont éclaté dans la capitale tunisienne. Pour un pays réputé policier, les Tunisiens ont agi en toute impunité pour incendier des boutiques juives et des voitures, le centre d’informations des États-Unis et l’ambassade du Royaume-Uni. Caïd Essebsi avait volontairement laissé faire alors que plusieurs membres du gouvernement l’exhortaient à faire appel à l’armée pour remettre de l’ordre.
Durant deux jours les manifestants ont pillé les magasins de Juifs et ont brûlé la Grande synagogue de Tunis en criant des slogans hostiles à Israël. Il avait laissé la peur s’emparer des derniers Juifs qui avaient joué la carte de la Tunisie. Caïd Essebsi avait permis aux Tunisiens de se défouler sur les Juifs, soit par manœuvre pour sauver le régime soit par conviction antisémite. Certains pensent qu'il voulait déjudaïser la Tunisie et effacer les dernières traces juives. Mais il, avait eu le tort de laisser Habib Bourguiba, affaibli, dans l’ignorance de la situation véritable alors que l’émeute grondait.
Les derniers jours d'Essebsi

Les quelques saccageurs arrêtés pour la forme, ont été relâchés aussitôt. Le Conseil des Ministres lui ayant demandé des comptes face aux accusations de défaillance et d'atteinte à l'ordre public, Caïd Essebsi s’était justifié en expliquant qu’il «ne peut pas massacrer son peuple alors que les Israéliens massacrent les Arabes». Cela n’était pas digne d’un ministre de l’intérieur qui doit ignorer ses convictions dans l’intérêt du maintien de l’ordre dans son pays. 
Mais la haine d’Israël avait alors transpiré dans ses propos. Comment peut-on appeler un ministre qui laisse volontairement brûler une synagogue autrement qu'un antisémite.
Talmud Torah Sfax 1930

Le président de la République Bourguiba, qui a toujours protégé ses Juifs, avait été meurtri car, en fin politique, il savait que cela ne pouvait que rejaillir sur la population juive qui, malgré tous les aléas politiques, avait fait le choix de rester en Tunisie. Sur une population juive de 110.000 en 1947, il ne restait plus en 1967 qu’une vingtaine de milliers après les vagues de départ de 1948 (création d’Israël), de 1956 (indépendance de la Tunisie) et de 1961 (affaire de Bizerte). Caïd Essebsi avait sonné le glas de la présence juive en Tunisie. Les derniers Juifs décidèrent de quitter la Tunisie en masse dans une dernière vague. La sanction politique devait tomber immédiatement puisque le 8 septembre 1969, le président avait décidé de l’exiler aux États-Unis comme ambassadeur tunisien.
Djerba 2017

Les présidents Bourguiba et Ben Ali avaient décidé d’une neutralité à l’égard des Israéliens en leur permettant d’entrer en Tunisie avec leur passeport israélien. Béji Caïd Essebsi, qui avait échappé à la purge du Printemps arabe de 2011, a été élu président de la République avec le soutien officiel des islamistes. On ne peut pas dire qu’il ait fait beaucoup d’efforts pour apaiser ses relations avec Israël. Son nouveau régime avait un temps voulu légiférer pour introduire dans la Constitution l’interdiction de nouer des relations avec l’État juif. 
Sauf à expliquer sa position par un antisémitisme camouflé, peu d’observateurs comprennent son acharnement à se radicaliser au point de rendre son pays le plus collaborateur avec les islamistes. La Tunisie a été l'un des pourvoyeurs les plus importants de djihadistes partis faire la guerre en Syrie, 3.000 à 5.000 éléments. Sous une apparence trompeuse de modéré, il a orchestré en sous-main la politique intransigeante vis-à-vis d’Israël, pour ne pas dire vis-à-vis des Juifs.
Il n’avait en rien suivi la politique modérée de Bourguiba qui avait voulu rassurer les Juifs qui représentaient alors le poumon économique du pays. Il avait mandaté en 1952 son très proche confident, Bahi Ladgham, qui fréquentait les milieux des Nations Unis, pour entrer en contact avec l’israélien Gidéon Rafael afin d’obtenir un soutien pour l’indépendance de la Tunisie. Bourguiba, déjà à l’époque, refusait les appels à l’éradication d’Israël et prônait la paix dans la région. Il devait garder cette attitude discrète pendant plusieurs années avant de faire des déclarations tonitruantes où il mettait en cause le comportement des pays arabes.
Jacob Tsur

            Contrairement à Caïd Essebsi, Bourguiba était un pragmatique impressionné par la réussite israélienne. Cela ne l’étonnait pas car il avait déjà mesuré chez lui la réussite de ses propres juifs tunisiens. Il persista dans sa volonté de nouer des relations après l’indépendance acquise en 1955. Ainsi, en 1956 il rencontra secrètement l’ambassadeur d’Israël en France, Jacob Tsur, puis il mandata son ministre des finances, Hedi Nouïra, pour demander l’assistance d’Israël dans la mise en place de coopératives agricoles à l’image des kibboutzim ou des mochavim. Bourguiba était persuadé qu’Israël ne se comportait pas comme un pays colonial intéressé uniquement à piller les ressources du colonisé.
Mais le conflit palestinien pollua toutes les relations bilatérales qui ne prirent aucun essor et qui s’enfoncèrent dans la norme israélo-arabe. Elles se sont détériorées au lendemain de la Guerre des Six-jours pour s’aligner sur la politique arabe moyen-orientale. Elles ont été aggravées par l’arrivée d’Essebsi qui, par sa politique, a enfoncé encore plus son économie. Les touristes Juifs ont boudé la Tunisie et surtout le très réputé pèlerinage de Djerba durant lequel des avions arrivaient en direct d’Israël avec les originaires de Tunisie. Essebsi a laissé les amis palestiniens polluer l’atmosphère d’une Tunisie qui est devenue plus palestinienne que les Palestiniens.

Le tourisme étant vital pour une Tunisie exsangue, le président a cherché à rattraper son tir, mais un peu tardivement. Il a trouvé un alibi en la personne du juif René Trabelsi, nommé ministre du tourisme. Un ministre, représentant une population de 1.500 âmes dans un pays de 11 millions d’habitants ne se justifiait pas. Mais ce ministre juif a dû faire allégeance au président Essebsi puisqu’il n’a dû son poste qu’après s’être déclaré «contre la normalisation avec Israël».
Trabelsi et Mahmoud Abbas

En fait, ce fils de dirigeant de la communauté juive de Djerba n’avait rien à faire à la tête du ministère du Tourisme et de l’Artisanat. Au lendemain de sa nomination, une centaine de manifestants représentant des associations de la société civile et plusieurs partis politiques, ont brandi des banderoles, avec des slogans antisionistes, voire antisémites, dans le silence complice du président qui a fait sienne le slogan des contestataires : «la nomination de Trabelsi s’inscrit dans le cadre d’une campagne menée par certains pays arabes pour la normalisation avec Israël et pour faire de Jérusalem sa capitale, d’une part, et pour répondre à la résistance syrienne contre les projets américano-sionistes, d’autre part».

Caïd Essebsi a isolé son pays parce qu’il a permis aux djihadistes d’avoir aujourd’hui pignon sur rue en Tunisie.  Il ne laissera aucune trace dans l'Histoire de la Tunisie. Souhaitons que son remplaçant mesure avec réalisme où sont les intérêts de son pays.

3 commentaires:

Robert BENSIMON a dit…

Responsable de la stagnation de son pays, avide de pouvoir, anti démocratie.........et le cadeau final : II aurait personnellement assisté à des tortures
Grande faute professionnelle pour un avocat de formation
Sources Sophie Bessis sur France Culture

Gégé a dit…

Content qu'il soit crevé ce fdp

VJ a dit…

Et notre Macaron qui se précipite pour un éloge funèbre immérité, afin de gagner des voix dans ses no-go zones. Lamentable.