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vendredi 2 août 2019

Russie ne rime pas avec démocratie par BAZAK


RUSSIE NE RIME PAS AVEC DÉMOCRATIE

Par BAZAK


Bâtiment de la Douma

On est heureux d’apprendre que Wladimir. Poutine pourra profiter de la toute nouvelle piscine du fort de Brégançon, informés que nous sommes qu’il ne pourra pas profiter de la thalassothérapie de Biarritz, fin août, où seuls les membres du G7 se réuniront. Il bénéficiera sans doute aussi d’une leçon de démocratie. Pendant ce temps, on découvre le scandale des élections locales. Le label démocrature ne se sera jamais aussi bien appliqué que dans la situation actuelle. Les faits, rien que les faits.


Manifestation à Moscou

Le 23 juillet, la commission centrale électorale se réunit sous pression et tension, après que plusieurs candidats indépendants se soient vus refuser leur participation à l’élection du parlement de la ville de Moscou. Quelques jours plus tôt, une manifestation a réuni près de 20.000 personnes à Moscou même qui réclamaient la participation des candidats de l’opposition à cette élection. Les mêmes revendiquaient également de pouvoir participer à une manifestation à l’extérieur de Moscou le 27 juillet. Elle a eu lieu et 1.000 manifestants ont été arrêtés. A première vue certains penseront que 20.000 manifestants c’est peu représentatif, mais depuis la phase des gilets jaunes en France, on peut voir les choses autrement.
En fait, les partisans du régime ont affirmé très sérieusement que les dossiers des candidats étaient constitués de fausses signatures. Sachant que chaque candidat doit récolter un certain nombre de signatures pour faire enregistrer son dossier.  Ils ont aussi clamé que ces candidats sont incompétents et ne pourraient utilement être élus.  Les autorités ont réagi en arrêtant des leaders connus comme Alexeï Navalny, Dimitri Gudkov, Ivan Zhdanov, en effectuant des visites domiciliaires nocturnes, histoire d’affoler les familles.
Alexeï Navalny

Les trois sont en arrestation suite à une plainte officielle contre eux au terme de l’article 141 du code criminel russe qui précise «Obstruction  aux droits de vote ou au travail de la commission électorale». Les soutiens du régime ont souligné que certaines des candidatures comportaient des signatures de personnes inconnues ou disparues. Même si cela s’avère réel pour quelques-unes, l’absolue majorité des candidatures sont régulières et ne souffrent d’aucun vice de procédure légale. Dans l’immédiat, seuls neuf candidats ont reçu un refus officiel de la commission pour ces raisons.
La commission a invalidé la très grande majorité des signatures requises pour deux raisons : La première concerne l’émission des certificats fournis par le centre chargé des adresses qui relève du ministère de l’intérieur. Selon la commission, ces documents étaient incomplets, notamment sur les détails des informations fournies. Chaque candidat s’est ainsi vu refuser la validation de plusieurs centaines de ces certificats, indispensables par ailleurs ! On ne peut que souligner la duplicité des organismes en charge du processus et leur mauvaise foi.
Parallèlement les candidats ont pu constater de nombreux cas où la commission électorale a fourni des informations inexactes au ministère de l’intérieur pour être validées. De fait de 20 à 25% des infos transmises ont été manipulées, pour être rejetées par la suite, c’était l’objectif. Bien que tout ne soit pas clair ni précis dans les modalités à observer en la matière, il existe un protocole de 2016 entre ces instances. En cas de rejet, le ministère doit fournir les motifs de sa position. Ce qui n’a pas été le cas !
Si un tribunal devait revalider les signatures rejetées, une très large part seraient validées, condition nécessaire, mais encore insuffisante. La deuxième raison majeure de l’invalidation des dossiers est l’implication de «graphologues ou d’expert du ministère de l’intérieur, du centre de criminologie» qui ont l’autorité de rejeter n’importe quelle signature au motif par exemple, que le dossier n’a pas été intégralement rempli par la même personne. La loi stipule que la date et la signature doivent être complétées par le candidat lui-même. Bref, la contestation de ces rejets, tant par les candidats que par leurs soutiens, entraînerait de nombreuses difficultés pratiques qui constituent une barrière infranchissable.
Certains candidats ont admis qu’une partie des signatures récoltées ne sont pas conformes, devant la grande difficulté de les recueillir. Pour autant, il ressort que seuls les candidats de l’opposition «approuvés» par les autorités n’ont pas ces problèmes.  Plutôt que les autorités, ce devrait être les électeurs russes qui auraient à choisir ! La réalité est manifestement toute autre. Les autorités craignent un phénomène de contamination pour ne pas dire une vague de protestations qui pourraient lentement mais surement s’étendre à d’autres grandes villes et en province. On constate qu’en Sibérie, à l’autre bout du pays, à Irkoutsk se produisent les mêmes événements.
Le régime veut bien d’une opposition choisie, mais certainement pas d’une opposition subie et encore moins de la possibilité de voir le nombre de candidats à une élection, quelle qu’elle soit, dépasser un certain nombre. Car il y voit le danger de scrutins, locaux ou nationaux, dans lesquelles ses candidats pourraient être mis en minorité du simple fait d’un éventail plus large des candidatures. Ce qui pourrait à terme, se traduire par une recomposition de l’échiquier politique. Le président actuel et ses successeurs n’en veulent à aucun prix.
La prochaine élection présidentielle est prévue en 2024. Son entourage est déjà en campagne, même si on ne veut pas le dire. On comprend d’autant mieux la très grande détermination du régime de tout contrôler, opposition comprise. Le déni de démocratie n’est pas un délit en Russie, c’est un moyen. Machiavel a fait beaucoup d’émules !   

2 commentaires:

Marianne ARNAUD a dit…

J'espère au moins que monsieur Bazak s'est fait plaisir en écrivant cet article ! Pour ma part, je m'avise qu'il aurait pu en écrire dix autres sur le même modèle en remplaçant "Russie" dans le titre, par le pays de son choix, au hasard : "France ne rime pas avec démocratie". D'ailleurs il se trouve que d'autres s'y emploient déjà, à grand renfort de livres à succès !
Mais pour en revenir à Poutine qui n'a apparemment pas la même chance que Macron de voir livrer des costumes de luxe à ses opposants, il se voit contraint d'employer les bonnes vieilles méthodes, du genre, arrestation des manifestants, méthode toutefois très répandue, même chez nous !
Faut-il rappeler, toutefois, que si Poutine a été réélu aux élections de 2018 par 52% du corps électoral, Macron lui, n'a obtenu que 42% au second tour en 2017 !
Depuis la chute du Mur de Berlin, les Occidentaux n'ont eu de cesse que d'humilier les Russes, quittes à activer, chez eux, le syndrome de la citadelle assiégée. Je n'en veux pour exemple que le choix inique de n'avoir pas invité le Président Poutine aux cérémonies commémorant le débarquement de Juin 1944, malgré les vingt-deux millions de morts russes pendant la Seconde Guerre mondiale !
Mais pour ceux qui voudraient se faire une idée plus précise des dangers que cette politique anti-russe nous fait courir, je ne peux que leur conseiller de lire l'analyse de Stephen F. Cohen qui explique : "Les dix façons dont la nouvelle guerre froide américano-russe devient plus dangereuse que celle à laquelle nous avons survécu" :

https://www.les-crises.fr/la-necessite-dun-sommet-trump-poutine-par-stephen-f-cohen/

Bazak a dit…

Je remercie Mme ARNAUD, d'avoir pris le temps ce lire cette rubrique. Je partage certaines de vos observations, mais pas toutes. Mon objectif n'était pas de faire une étude comparative ou un article exhaustif sur la Russie ou son président. A juste titre, vous constatez qu'ils sont déjà nombreux et documentés. J'ai voulu mettre en évidence la méthode employée pour limiter le nombre de candidats, respectivement pour empêcher l'opposition d'etre candidate. Encore fallait il décrire les méthodes utilisées. A partir de là, on peut conjecturer. Néanmoins, je ne crois pas qu'on puisse directement comparer les élections dans l'UE en général et la méthode employée en Russie. En France particulièrement, le nombre de candidats aux élections est très large. Que les électeurs n'y trouvent pas leur compte est un aspect mais ce n'est pas faute de candidats, qui peuvent se présenter. L'élection présidentielle française est régie par les modalités mise en place sous De Gaulle et la réforme ensuite de Jospin en inversant les élections législatives après la présidentielle, puis la réduction du mandat à 5 ans. Le système ramène en effet le choix aux 2 candidats arrivés en tête, ce qui peut avoir des effets adverses. Enfin sur la"mise à l'écart" de la Russie et les sanctions, j'ai déjà eu l'occasion de m'exprimer. On ne peut pas ignorer ce grand pays devenu un acteur mondial. La Crimée restera en Russie et le conflit avec l'Ukraine perdurera aussi longtemps que la Russie y trouvera son compte, en fonction de sa politique dont ses relations avec l'UE et les USA.
Cordialement,.