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vendredi 19 juillet 2019

Nouveau pari gagné pour le président Sissi ? par Zvi MAZEL



NOUVEAU PARI GAGNÉ POUR LE PRÉSIDENT SISSI ?

Par Zvi MAZEL
Ancien ambassadeur d’Israël
Chercheur au Jerusalem Center for Public Affairs.

L’Égypte vient de tirer un trait sur toutes les subventions pétrolières. Le prix de l’essence a augmenté de 18 à 30% suivant les catégories. La rue est restée calme, aucune protestation n’a été enregistrée. Le président égyptien venait de parachever l’ambitieuse réforme à laquelle il s’était engagé lors de son élection en 2014. La mesure était incluse dans le budget 2019-2020, l’année fiscale commençant le 1er juillet. Un budget de 95,8 milliards de dollars. Un communiqué officiel publié le 6 juillet précise que les prix reflètent désormais le coût de production et qu’à compter de l’an prochain un système automatique ajustera tous les trois moins les prix à la hausse ou à la baisse en fonction des fluctuations du prix international du pétrole.



Marché en Egypte

Il y a tout de même une exception :  l’augmentation de 30% du prix de la bonbonne de gaz domestique utilisé pour le chauffage et la cuisson ne couvre pas son coût réel et le gouvernement va continuer à subventionner ce produit de première nécessité. La hausse de l’essence va se répercuter sur les transports en commun dont les tarifs vont augmenter de 10 à 15% selon les régions. Les gouverneurs de province devront publier les nouveaux tarifs et ont pour instruction de réprimer sévèrement les tentatives de fraude. L’industrie et l’agriculture vont également être impactées selon le pourcentage d’apport énergétique utilisée ; toutefois le ministère du ravitaillement s’est empressé de rassurer : le pain n’augmentera pas.
Pour mémoire, en 2012-2013 les subventions atteignaient 17 milliards de dollars et représentaient 21 % du budget. Il s’agissait d’un fardeau insupportable pour une économie en crise après la chute de Moubarak et la gestion catastrophique du Conseil militaire suprême qui avait assumé le pouvoir.
C’est que depuis Nasser, les prédécesseurs d’Abdel Fattah al Sissi avaient utilisé l’outil des subventions pour assurer la paix sociale et réduire les oppositions au régime grâce à des produits de première nécessité bon marché. Alors que les pays occidentaux s’orientaient vers plus de libéralisme politique et économique, les dictatures du Moyen-Orient et particulièrement l’Égypte renforçaient leur emprise au détriment du progrès. D’où l’utilisation massive des subventions nécessitée par la croissance de la population et pour minimiser le plus possible les comparaisons avec le standard de vie en Occident.  En 1977 le président Sadate voulut arrêter cette politique ruineuse. L’augmentation du prix du pain – élément de base de l’alimentation des Égyptiens – déclencha de telles émeutes qu’il dut faire machine arrière pour sauver son régime. Moubarak n’eut pas plus de succès.
Emeutes du pain

Abdel Fattah al Sissi s’était engagé à réformer l’économie pour sauver le pays de la pauvreté et de l’anarchie lorsqu’il était candidat à la présidence. Tout en mettant en chantier de gigantesques projets dans le domaine de l’infrastructure, des transports et de l’agriculture, il ne perdit pas de vue le fardeau des subventions qui ne lui permettait pas de disposer d’assez de moyens pour développer des programmes productifs et d’améliorer l’éducation et les prestations sociales. 
Dès 2014, bien que conscient du risque qu’il faisait courir à son régime, il commença à rogner quelques subventions tout en mettant au point un mécanisme pour s’assurer que seuls les plus démunis auraient accès aux produits bénéficiant de subventions. Il leur distribua des cartes à puce à cet effet. Parallèlement il établit la liste des industries qui avaient encore besoin d’assistance et de celles qui pouvaient affronter les prix du marché.
Ces premières mesures furent regardées avec scepticisme par les médias occidentaux. Le consensus était qu’elles étaient vouées à l’échec ; que le peuple se soulèverait contre la hausse de l’essence, de l’électricité et des produits industriels. Ils avaient tort. Le pays ne bougea pas. Les Égyptiens, qui avaient sans doute compris qu’il n’y avait pas d’autre choix, se sont résignés, faisant peut-être confiance à leur président pour redresser le pays et le mettre sur la voie du développement et du progrès.
Lagarde du FMI et Al-Sissi

Fort de ce premier succès, Sissi se tourna vers le Fonds Monétaire international et demanda son assistance pour la planification et la mise en œuvre des réformes nécessaires. En donnant son accord le FMI donnait aussi un gage moral et politique à Sissi face à son peuple et montrait à la communauté internationale qu’il avait foi en l’Égypte et qu’il comptait l’aider à développer son économie et à s’ouvrir aux investissements étrangers. Le président Moubarak avait lui aussi envisagé d’y avoir recours mais avait renoncé, craignant les protestations qu’entraînerait un programme de réformes et accusant le Fonds «d’insulter l’honneur national».
En 2016 un accord fut conclu entre l’organisation et l’Égypte. Un prêt de douze milliards de dollars échelonné sur trois ans serait versé en cinq fois, chaque versement étant conditionné à l’exécution d’un certain nombre de mesures. Au nombre des réformes déjà accomplies à la satisfaction du prêteur : flottation de la livre égyptienne, introduction de la TVA, suppression progressive des subventions énergétiques, mais aussi législation protégeant les classes les plus défavorisées et libéralisant la        réglementation du commerce et de la finance.
Egypte croissance

Ces mesures ont entraîné une hausse annuelle importante des prix – 30% - et une baisse concomitante du pouvoir d’achat des Égyptiens. Là encore, il n’y eut pas de démonstrations. Au bout de dix-huit mois la croissance annuelle a atteint 4%, puis ensuite 5% et les prévisions du budget actuel tablent sur 6% avec un objectif de 6.5 à 7% pour les années suivantes. L’inflation est tombée à 13% et le dollar est en légère baisse : il s’échange à 16.50 livres égyptiennes contre plus de 18 précédemment. Le chômage est passé de 15 à 11%. Tous ces indicateurs témoignent que les réformes font leur effet. Pour que cela continue, le gouvernement devra faire preuve de détermination et s’en tenir à la feuille de route établie avec le FMI sans écouter les groupes de pressions.
Devise égyptienne

Il faut toutefois souligner que l’Égypte compte plus de cent millions d’habitants, dont la moitié en dessous du seuil de pauvreté fixé à deux dollars par jour par les Nations Unies. Le taux de natalité reste dramatiquement élevé avec deux millions de bouches à nourrir s’ajoutant chaque année. L’alphabétisme reste stable à 20%. On manque d’ouvriers qualifiés.  La rébellion au Sinaï n’est toujours pas vaincue et la menace terroriste est toujours là. La tâche du président égyptien ne sera pas facile et il lui faudra surmonter ces éléments négatifs. D’un autre côté, il a réussi jusqu’ici alors, pourquoi s’arrêterait-il en si bon chemin ?

1 commentaire:

HAalg a dit…

Rien de sérieux, de solide, de durable ne peut "être gagné" sans les libertés et la démocratie...ce n'est pas encore le cas en Egypte.. allant d'un pouvoir militaire à un autre avec sa façade civile multifaces. Eh ce manque "d'ouvriers qualifiés" ??? dans un pays composé principalement de jeunes dont la plupart ne demande qu'à être formé et travailler ... Le pari est encore loin d'être gagné dans ces pays du tiers monde surtout les pays islamo-arabophones...