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samedi 27 juillet 2019

L'ère de la délation par Michèle MAZEL



L’ÈRE DE LA DÉLATION

La chronique de Michèle MAZEL




Il est temps de réécouter Beaumarchais. : «La calomnie, Monsieur ? Vous ne savez guère ce que vous dédaignez ; j'ai vu les plus honnêtes gens près d'en être accablés. Croyez qu'il n'y a pas de plate méchanceté, pas d'horreurs, pas de conte absurde, qu'on ne fasse adopter aux oisifs d'une grande Ville, en s'y prenant bien ; et nous avons ici des gens d'une adresse !» Aujourd’hui, ces propos tenus par Bazile dans le Barbier de Séville, texte écrit il y a deux siècles et demi, sont plus que jamais d’actualité.



 
La moindre rumeur enflamme cette formidable caisse de résonance qu’est la toile et sa multitude de réseaux sociaux. Reprise et «retweetée» des centaines, voire des milliers de fois, la rumeur fait bientôt figure de vérité d’évidence que les démentis les plus circonstanciés n’arriveront pas à ébranler. Tous les pays sont affectés. Enfin les pays disposant d’une presse libre. C’est que la délation est devenue une arme politique. 
Désormais, cet outil de choix est manipulé par des experts qui ont découvert l’arme puissante des «fake news» - ces fausses nouvelles souvent répercutées par la presse qui s’empresse de les publier sans prendre le temps de les vérifier de crainte d’être grillée par un journal concurrent. Surfant sur une ambiance de moralité à faire pâlir les puritains d’antan, on va montrer du doigt les turpitudes réelles ou imaginaires d’élus ou de personnalités.
De Rugy

On vient de le voir en France où un ministre a été poussé à la démission par une clameur publique bien orchestrée sur la base d’informations plus que douteuses. Dans ce pays qui a fait de la gastronomie sa fierté et un atout touristique, préférer le homard au kebab serait désormais faire insulte aux classes laborieuses. C’est le vieux ressentiment contre les nantis qui fait surface. On le voit aussi en Israël où un ancien commandant en chef de l’armée et ancien premier ministre est vilipendé pour être en relations d’affaires avec des sociétés appartenant à un milliardaire aujourd’hui en attente de procès pour «traffic sexuel de mineures».

Ehud Barak

 C’est en vain qu’il fait valoir qu’il n’était pas au courant de ces activités ; que le milliardaire comptait parmi ses relations Bill Clinton, Obama et l’avocat de renom Dershowitz. Ses ennemis politiques pilorient en chœur ce qu’ils qualifient ses associations avec un pédophile repris de justice.
Le phénomène est d’autant plus dangereux qu’il intervient alors que des conversations qui auraient dû rester secrètes sont enregistrées et rendues publiques et que l’espace privé est de plus en plus réduit. Il n’est pas toujours facile d’avoir recours à la justice pour sanctionner des fuites parfaitement illégales dont la police ne cherche pas à trouver les auteurs quand elle ne s’en est pas elle-même rendue coupable. Ce qu’il y a de dramatique dans cette ambiance délétère, c’est qu’elle risque de dissuader les meilleurs d’entrer en politique de crainte de se trouver eux aussi – et leurs familles – en butte à un lynchage médiatique contre lequel ils se retrouveraient impuissants.

1 commentaire:

MG a dit…

On reproche aussi à Barak, c'est moins croustillant mais plus important, un soutien financier de cet américain à une campagne électorale.