LE BEST-OF DES ARTICLES LES PLUS LUS DU SITE, cliquer sur l'image pour lire l'article


 

vendredi 26 juillet 2019

Le leurre de l'accord de Minsk avec l'Ukraine par BAZAK


LE LEURRE DE L’ACCORD DE MINSK AVEC L’UKRAINE

Par BAZAK


Le tandem Hollande-Merkel «a vendu» en février 2015 l’accord de Minsk à l’Ukraine de Porochenko qui voulait y croire, en faisant semblant d’avoir réussi à convaincre la Russie de respecter sa souveraineté. Ce n’était qu’un leurre ! Comme se plaisait à le rappeler un ancien ministre français : «les promesses n’engagent que ceux qui les acceptent». Il avait bien raison ! On a prétendu faire de la grande diplomatie en posant un raisonnement faux et faussé dès le départ, soulignant une méconnaissance flagrante de la situation historique, régionale et géopolitique.




Qu’on ne s’y trompe pas ! À l’époque, la Russie pour divers motifs de politique intérieure et extérieure, a laissé penser qu’elle respecterait cet accord. Le monde change et la Russie de même ! Cet accord était fondé sur une interprétation très variable de la notion de souveraineté. En effet, pour mettre fin au conflit dans l’Est de l’Ukraine, il fallait soit que la position ukrainienne prévale, soit la russe, mais pas les deux en même temps. Cet accord a été conclu sur une équivoque volontaire des Européens quant à leur défense apparente de la position ukrainienne.
La Russie a utilisé cet accord, comme moyen de porter atteinte à la souveraineté de l’Ukraine. Sa demande à Kiev, de modifier la constitution pour doter les deux régions de l’Est (La république populaire de Donetsk et la république populaire de Lubansk) d’un statut spécial en est la patente démonstration. Verrait-on la France, la Belgique, l’Allemagne ou l’Espagne demander à son voisin de faire de même pour une région frontalière, lui permettant notamment d’émettre des passeports ? Son acceptation aurait entraîné une situation impossible à gérer pour ce pays avec deux régions totalement éloignées du pouvoir central, dotées de plus d’une capacité de nuisance en matière de politique étrangère ! En revanche, l’Ukraine voyait l’accord comme un moyen de rétablir sa souveraineté et de réintégrer ces régions pour leur réimposer le pouvoir central de Kiev.
Le tandem germano-allemand a voulu apposer sa marque, en imposant une voie supposée médiane, mais en fait inconciliable avec les forces en présence. L’accord était voué non seulement à l’échec mais à encore plus de difficultés à venir. En théorie une telle situation sera plutôt un facteur de déstabilisation que propre à résoudre le conflit.
Vladimir Zelenski

L’élection de Vladimir Zelenski a soulevé l’espoir qu’il pourrait trouver une issue au conflit, comme il l’a largement martelé pendant sa campagne. La réalité qui prévaut est celle du terrain, celle de la Russie qui refuse, sinon officiellement mais de fait, d’accepter que ce pays soit indépendant et donc libre de ses choix. Pour le président russe, Russie et Ukraine «sont un seul peuple, avec un destin commun». Pour lui, «ce n’est pas un pays», c’est le cœur de la sphère d’influence russe. C’est l’interprétation qu’en fait le Kremlin en adoptant la doctrine Brejnev de l’époque sur la souveraineté limitée et la sphère d’influence, pendant de la doctrine Monroe aux États-Unis avec l’Amérique centrale. Si la stratégie change, l’objectif est inchangé.
D’évidence l’Ukraine n’est pas prête à plier devant le diktat russe. Les tacticiens russes ont donc adopté une démarche différente. Ils prennent en compte que le processus sera long, que ce pays ne peut être souverain (hors de la sphère russe), qu’il ne s’est pas effondré fort du soutien limité de l’Ouest, États-Unis inclus, Il devient donc essentiel de rompre ce lien avec l’Ouest. Ce qui se traduit par des pressions permanentes de la Russie, par un conflit larvé sur la frontière, par des sanctions économiques, par une guerre de la désinformation, des cyber-attaques sur les institutions du pays, des interventions voilées mais réelles dans la vie politique, autant d’éléments de nature à imposer une division qui devient un abcès de fixation durable.
Le but est de convaincre l’Ouest qu’il n’y a aucune autre perspective que d’accepter la position russe et éventuellement négocier sur d’autres sujets que celui-là ! Or le nouveau président ne peut en aucun cas accepter cette reddition, qui serait suicidaire ! Les Russes sont tenaces et ne se laissent pas impressionner par une UE qui n’a rien pu faire d’autre que renouveler les sanctions jusqu’en 2020, qui d’ailleurs profitent à bien d’autres pays qui sont devenus fournisseurs de la Russie grâce à cet embargo. Israël en fait partie.
À la lumière de ces réalités, les dirigeants européens devraient en tirer des conclusions pertinentes. D’abord revoir la situation et rappeler qu’il s’agit d’un accord indiscutable préservant la souveraineté de l’Ukraine, sans exercer de pressions en sous-main pour pousser ce pays à accepter des zones spéciales dans l’est, faute d’avoir d’autre moyens de confronter la Russie. À défaut ce serait faire le jeu du Kremlin. Ensuite démontrer la volonté et surtout la capacité dans les faits d’aider l’Ukraine à devenir un pays moderne, organisé, dynamique, débarrassé de sa corruption, en clair lui proposer une sorte de plan Marshall version UE.
Ce serait un bon début pour la nouvelle Commission européenne et significative de sa volonté face à la Russie. Continuer à gesticuler et à ne rien faire d’autre que des déclarations et des visites d’amitié ne changera rigoureusement rien à la situation. Si ce n’est qu’à terme, les citoyens ukrainiens finiront par se résoudre à ce qu’eux et les Russes «ne forment qu’un seul peuple».  

2 commentaires:

Yaakov NEEMAN a dit…

Au lieu de "Le tandem germano-allemand a voulu apposer sa marque..." il faut lire "Le tandem ukrainien-allemand a voulu apposer sa marque"...

V. Jabeau a dit…

Encore une raison de se méfier de la politique étrangère de la France et de l’Allemagne, et de ne pas accepter leurs ingérences en particulier - mais pas seulement - en ce qui concerne Israël.