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jeudi 4 juillet 2019

La Russie à l'assaut de l'Amérique latine par BAZAK


LA RUSSIE À L’ASSAUT DE L’AMÉRIQUE LATINE

Par BAZAK

Vladimir Poutine poursuit un rêve depuis qu’il est devenu président de la Russie : refaire de sa Russie la super puissance qu’elle était au bon vieux temps de l’URSS. Sans doute marqué par les années passées au sein du KGB et adepte des méthodes prônées par Machiavel, la fin justifie les moyens. Ce qui les inclut tous. Au départ, pendant la guerre froide, l’URSS avait deux alliés, Cuba et le Nicaragua (durant une décennie)



Actuellement la Russie dispose de près d’une dizaine d’alliés inconditionnels. La plupart sont loin d’être des démocraties. Il s’agit de l’alliance bolivienne pour les peuples ALBA qui regroupe le Venezuela, principal client de matériel militaire russe dans la région, l’Argentine qui n’est pas directement membre de ce groupe mais dont elle partage les vues et le fait savoir, qui a signé en 2014 un «partenariat stratégique» avec la Russie. Viennent ensuite la Bolivie, le Nicaragua, El Salvador dont le président actuel est un ancien guérillero marxiste, Cuba, Grenade, le Honduras, la République dominicaine, Ste Lucie, St Vincent, St Kitts and Nevis.
Tous ces pays ont en commun de se dresser contre l’impérialisme et le néo colonialisme nord-américain, de soutenir la Russie à l’Onu, qui le leur rend bien puisque son veto est disponible quand le besoin s’en fait sentir, notamment quand il s’agit des droits de l’homme. De plus Alba et ses affiliés sont de fervents soutiens de la Syrie, de la Corée du Nord, du Zimbabwe, des Farcs de Colombie, du Hezbollah, des séparatistes basques de l’Êta. À des degrés divers, d’après certaines sources, quelques-uns sont même engagés dans des activités clairement hors du cadre légal.
La Russie veut non seulement étendre son influence et sa présence dans cette hémisphère, mais considère que ce qui était la chasse gardée des États-Unis ne l’est plus, compte tenu de la doctrine «America first» qui lui laisse, en partie le champ libre. L’Amérique veut imposer des changements de régime à sa convenance et à travers l’Otan et des accords bilatéraux avec des voisins de la Russie qui considère ces interférences comme hostiles. De plus, certains de ces pays d’Amérique latine, les plus importants, ont en commun avec la Russie, d’être soumis à des sanctions et à un embargo.
Après avoir rétabli les relations diplomatiques avec Cuba sous Obama, le gouvernement américain vient de publier une loi autorisant les citoyens américains, victimes de spoliations à Cuba, de porter plainte contre 200 entreprises ou particuliers. On comprendra que le régime cubain recherche des soutiens ! On notera que les États-Unis ont formellement inculpés six officiels vénézuéliens pour diverses menées illégales (financement des Farc et leur trafic de drogue).
Maduro-Poutine

La Russie de 2019 n’a pas les moyens considérables qu’avait feu l’URSS. Elle a donc concentré son action sur plusieurs axes dont la vente d’armes. Des milliers du fameux AK47, des tanks, des hélicoptères, des avions, des missiles sol-air ont été fournis. Le Venezuela a été un très important acheteur sous le gouvernement Chavez. Les autres pays continuent à se procurer du matériel militaire, réduisant ainsi leurs achats aux Etats-Unis.
Un autre axe très important a trois volets, l’assistance en matière de police, la formation militaire ou para militaire et le renseignement. Au Nicaragua sont officieusement présents plus de 100 conseillers russes pour la lutte anti-narcotiques. La Russie offre un nombre très important de bourses de formation en matière de police, d’armée, de renseignements dont les bénéficiaires seront autant de relais voire plus, à leur retour dans la mère patrie !
Depuis l’annexion de la Crimée, les banques russes sont placées sous embargo.  Cette politique permet à la Russie l’accès au système bancaire. On a connaissance de plusieurs accords entre banques, notamment, Vnesheconombank et Central american bank of economic integration du Honduras, Gazprombank et Argentina banco de la Nacion.
L’exemple le plus significatif est celui de la Eurofinance Monsarbank russe dont le plus important actionnaire est le Fondo nacional para el dessarolo nacional détenu par l’État vénézuélien qui gère seul les transactions de la compagnie d’État pour le pétrole, bien connue pour l’opacité de ses comptes et transactions.  Les détails de ces accords ou protocoles, restent secrets. Parallèlement, Moscou dispose maintenant à la fois de droits de passages aériens, d’ancrage naval dans cette partie du monde et le cas échéant de possibilités de bases. La Russie a aussi développé un narratif mettant en avant le risque permanent d’intervention américaine.
Tupolev-160

Tous ces pays, naguère sous contrôle américain, aspirant a plus d’indépendance, accueillent la Russie très volontiers ! La récente arrivée au Venezuela d’un bombardier stratégique Tupolev Tu-160 a de quoi inquiéter la Maison Blanche quand on connait le rayon d’action de cet appareil ! Il y a cependant des limites géopolitiques. Le continent sud et centre américain s’est aussi doté de gouvernements de droite, qui sont nettement du côté américain. Les Russes en sont conscients et s’adaptent à la situation.  Il s’agit d’une gigantesque partie d’échecs avec la planète comme terrain de jeux dans un environnement de néo guerre froide.
Les deux présidents américain et russe se rencontrent en juillet à Helsinki, pour faire le point sur leurs nombreux désaccords. Une autre rencontre est déjà annoncée, entre Serguei Lavrov, le très habile ministre russe des affaires étrangères, et son homologue américain Mike Pompeo le très actif secrétaire d’État, afin de poursuivre l’entretien des présidents et pourquoi pas, de savoir dans quelles condition Moscou serait prêt à abandonner le Venezuela. Quel prix les États-Unis sont-ils prêts à payer, qu’auraient-ils à proposer en échange ? La partie sera serrée car Moscou a su avancer beaucoup de pions qui feront monter les enchères.
On pense à un accord qui pourrait concerner d’une part, une solution de transition constitutionnelle au Venezuela et d’autre part une normalisation de la situation en Ukraine avec qui le conflit est loin d’être réglé. C’est en fait opposer la «doctrine Monroe» de la sphère d’influence, revendiquée par John Bolton, conseiller à la sécurité, à la position traditionnelle russe de sa sphère régionale d’influence dont l’Ukraine fait partie.  Il faut sans doute relier les grandes manœuvres en cours à la position américaine qui consisteraient à ne pas renouveler l’interdiction d’armes nucléaires de moyenne portée et bien d’autres aspects liés à ces traités.
Les deux parties ont en commun de trouver chez leur vis-à-vis plus de motifs de s’inquiéter que de se réjouir, surtout lorsque l’UE vient de renouveler les sanctions jusqu’en 2020, pendant que l’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe a décidé de réintégrer la Russie en son sein, après cinq années de pénitence.

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