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mardi 9 juillet 2019

Géorgie-Russie, du rêve au cauchemar par BAZAK


GÉORGIE-RUSSIE, DU RÊVE AU CAUCHEMAR

Par BAZAK


Il ne fait pas bon de s’être détaché de l’URSS puis de la Russie. Depuis son indépendance, la Géorgie le vit au quotidien. Vladimir Poutine a annoncé la suspension des vols entre les deux pays à partir du 8 juillet, à la suite de ce que le pouvoir russe a qualifié de «mesures de sécurité nationale de la fédération de Russie afin de protéger ses citoyens contre d’éventuelles menaces ou actions illégales». Cette formulation laisserait penser que la Russie a tout à craindre de ce pays de moins de 4 millions d’habitants.



arrestation d'Alekseï Navalny

L’opposant russe Alekseï Navalny n’a pas manqué de relever ces mesures comme discriminatoires surtout pour les touristes russes. Près de 1,7 million de Russes ont visité le pays en 2018. Il n’y a eu aucun citoyen russe molesté durant les récentes manifestations. Le ressentiment géorgien reste extrêmement vif, après l’invasion russe de 2008 (on se rappellera l’intervention du président Nicolas Sarkozy) et l’amputation du territoire de deux régions : l’Abkhazie et l’Ossétie du sud, soit 20% de leur territoire !
Depuis les relations diplomatiques n’ont pas été rétablies. Le président Poutine a fait de la «protection des citoyens russes à l’étranger» un argument massue pour intervenir. Ce même argument a été utilisé en Crimée. Les manifestants protestaient contre la mainmise de la Russie sur ces deux provinces séparatistes, armées et financées par elle, reconnues comme «États indépendants» liés par un vague accord, qui a été le catalyseur du mouvement. Les problèmes intérieurs s’y sont ajoutés.
Salomé Zourabichvili

Le gouvernement géorgien a autorisé un parlementaire russe à prendre la parole au sein du parlement. Ce qui aura été le déclencheur initial du mouvement. L’ancien président Mikhaïl Saakachvili en exil, devenu ukrainien dans l’intervalle (où il a servi de gouverneur en son temps) et ses soutiens qui accusent le gouvernement d’être vendu aux Russes, a saisi cette occasion pour essayer de provoquer la chute du gouvernement actuel. L’actuelle présidente née en France, Salomé Zourabichvili, soutenue par le parti du Rêve Géorgien n’a cessé de son côté de dénoncer la Russie comme «ennemie et force d’occupation» rejetant les appels à l’émeute de son prédécesseur.
Les manifestants protestent notamment contre les mesures prises par le ministre géorgien de l’intérieur Giorgi Gakharia à la suite de plus de 300 arrestations et 200 blessés. Le porte-parole du parlement Irakli Kobakhidze, accusé d’avoir accueilli et permis au parlementaire russe de s’exprimer depuis sa place en russe, a démissionné, répondant à une des demandes des manifestants. Ce pays souhaite adhérer à l’Otan et entrer dans l’UE, deux objectifs totalement opposés à ce que la Russie attend d’une ancienne république, surtout quand on connaît l’obstination du président russe de recréer une grande Russie sous sa direction.
Le gouvernement s’est tiré une balle dans chaque pied, en permettant à un député russe de s’exprimer en russe depuis la place du président de l’assemblée. En cause aussi la façon dont la manifestation forte de milliers de participants a été dispersée. La Russie s’est également appuyée sur l’Église orthodoxe qui joue un rôle grâce à son influence forte dans le pays. Elle considère l’Ouest comme décadent et trouve les relations avec la Russie conformes à sa perception du monde. La petite Géorgie de 69.700 km², amputée de 20% à la suite au conflit de 2008 est considérée par Poutine comme orpheline de l’ancienne URSS.
Son rêve impérial comporte également l’arme culturelle. A ce titre il n’a de cesse que de faire avancer la culture russe dans toutes les anciennes républiques satellites indépendantes. Ce pays est soumis à des pressions sur toutes ses frontières. La grande Russie, l’Azerbaïdjan, l’Arménie, elle-même dépendante de la Russie, la Turquie qui a elle aussi de grands projets version ottomane ! Autant de facteurs d’instabilité dans cette république qui aspire à plus de liens avec l’Ouest, contre la volonté de son grand voisin.
On voit bien ici comme ailleurs qu’il s’agit d’un Monopoly planétaire, entre Russie et États-Unis. Chacun veut soit conserver ou reconstituer sa sphère d’influence, soit changer les règles du jeu pour être en position de négocier sur ces mêmes objectifs. C’est vrai en Europe de l’Est, en Amérique latine, en Afrique. Peut-on espérer voir l’UE enfin jouer réellement un rôle, en particulier en Europe sur ses frontières avec la Russie ?
La nouvelle équipe en cours de constitution aura beaucoup de sujets à traiter. En y regardant de plus près, l’Europe dépend très largement du parapluie que constitue l’OTAN. On voit bien que dans le dernier grand conflit en date en Europe, l’annexion de la Crimée et son corollaire le conflit du Donbass en Ukraine, l’UE s’est largement cantonnée à des déclarations, des sommets mais s’est abstenue d’aller plus loin, faute de moyens et de poids politique.  On peut donc légitiment douter que ce dossier soit sa priorité, surtout quand on a assisté aux difficultés et au marchandage auxquels le choix des top jobs a donné lieu ! Mais restons optimistes !


2 commentaires:

Anonyme a dit…

"Peut-on espérer voir l’UE enfin jouer réellement un rôle, en particulier en Europe sur ses frontières avec la Russie ?"

Que faisait-elle en Ukraine ? Ce dernier a été peu ou prou l'équivalent d'une Yougoslavie, avec augmentation de territoires depuis ses voisins. (Pologne, ...). Après les 2 guerres yougoslaves, rien que sur l'efficacité des interventions, une remise en cause aurait été nécessaire.
Que devrait-elle faire en Afrique ? La France est "toute seule" au Mali.
En fait, c'est le rôle de l'Allemagne qui doit être interrogé.

Amike

Marianne ARNAUD a dit…


"Mais restons optimistes", écrivez-vous. Or comment "rester optimiste" quand on a compris que depuis que les États-Unis ont leur place de première puissance mondiale à défendre, ils n'ont plus que des intérêts ? Qu'ils font la pluie et le beau temps, c'est-à-dire la guerre et la paix, en ne tenant aucun compte des intérêts de ceux qui croient encore être leurs amis ou leurs alliés. Toutes les décisions qu'ils prennent en politique étrangère, sont avant tout des décisions de politique intérieure.

Il est bien révolu le temps où on pouvait compter sur les "boys" pour venir rétablir la démocratie mise à mal, ici ou là !

La nouvelle stratégie américaine, partout où elle le juge utile, et où que ce soit dans le monde, est la stratégie du tapis de bombes !
Voilà une réalité qui n'a pas de quoi rendre optimistes !

Cordialement.