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mardi 30 juillet 2019

Caïd Essebsi : des accusations étayées


CAÏD ESSEBSI : DES ACCUSATIONS ÉTAYÉES


Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps



Le déchaînement d’insultes de lecteurs à la suite de mon article sur la mort de Béji Caïd Essebsi (BCE) m’impose de justifier dans le détail les griefs à son encontre. J’ai subi par ailleurs une attaque en règle du journal tunisien Directinfo qui semble ignorer certains faits pourtant avérés; mais les journalistes ne peuvent pas tout savoir. Étant sûr que mon droit de réponse ne sera pas respecté, je publie mes arguments sur notre site. 



La première accusation concernait mon manque de respect à l'égard d'un président dont le corps était encore chaud. On doit effectivement marquer de la considération à ceux qui vous respectent mais BCE a toujours ciblé les Juifs et les Israéliens. En tant que juif et israélien, et à fortiori originaire de Tunisie, je n’avais pas à respecter de délai de politesse à son égard.
A Tunis, le 5 juin 1967, à la suite de la Guerre de Six-Jours, une foule déchaînée déclencha ce que certains appelle un mini-pogrom contre les Juifs. Ce qualificatif paraît excessif mais la réalité est que la grande synagogue a été incendiée avec les rouleaux sacrés de la Torah ainsi que les commerces exclusivement tenus par les Juifs. En ciblant uniquement les Juifs, les émeutiers se sont comportés en antisémites. Or le responsable de l’ordre était BCE en tant que ministre de l’intérieur alors que le pays était pratiquement en état de siège permanent. Comment qualifier un dirigeant qui laisse brûler une synagogue ?


Comme l’a écrit la Fondation Alkarama, «durant les dernières décennies, la Tunisie a été dirigée par un régime policier ; les violations des droits de l’homme, et en particulier la pratique de la torture dans les lieux de détention, restaient largement répandues dans la société et touchaient indistinctement les opposants politiques». Cela précise ainsi que la police était omniprésente dans la capitale, presque un policier par citoyen et rien ne pouvait se passer sans que le ministère de la sécurité soit informé. Mais BCE a laissé faire les émeutiers en informant tardivement son président qui lui a d’ailleurs reproché de n'avoir pas fait appel à l’armée. Les émeutes ont duré une dizaine d’heures, un temps largement suffisant pour prendre des mesures de sécurité et empêcher l'irréparable, à savoir l'incendie d'un lieu de culte.  Mais on a senti chez le ministre une volonté de punir cette minorité, quitte à provoquer une panique et un départ précipité des Juifs de Tunisie.
Jean-Marc Liling, l'acharné de la paix, écrivit dans Cairn.info : «Bien qu’un certain sentiment d’insécurité ait été manifeste dans la communauté juive de Tunisie après la création de l’État d’Israël, ce furent surtout les événements qui suivirent la guerre des Six Jours de 1967 qui sonnèrent le signal d’alarme pour les Juifs de Tunisie, avec notamment les émeutes antijuives de 1967 qui virent l’incendie de la Grande Synagogue de Tunis et le pillage de nombreux magasins juifs de cette même ville. L’intervention du président Bourguiba pour mettre fin aux émeutes et le dédommagement partiel par son gouvernement des pertes subies par les Juifs n’empêchèrent cependant pas le départ massif des Juifs habitant encore la Tunisie à cette époque, pour certains en abandonnant l’ensemble de leurs biens et pour d’autres en subissant des pertes importantes. Les autorités tunisiennes ne mirent aucun obstacle au départ des Juifs, mais la possibilité limitée de déplacer des biens mobiliers et de transférer des devises fut la cause de pertes matérielles importantes pour les Juifs de Tunisie – pertes qu’il est encore difficile d’évaluer aujourd’hui. La confiscation de biens communautaires demande elle aussi à être analysée à l’avenir».

Derniers jours de Bourguiba

BCE a profité de la situation médicale difficile de Bourguiba pour agir seul. Comme l’a écrit le journal Leaders, il existait «un large débat contradictoire sur le dossier médical de Bourguiba. C’est un dossier qui a connu de très nombreuses et controverses analyses, car il y a des médecins qui confirment que Bourguiba est malade depuis la première attaque cardiaque qu’il avait eue en 1967. Le Pr Rafik Boukhris qui fut un témoin oculaire des soins prodigués par les grands experts américains et a lu leurs rapports confidentiels, confirme que Bourguiba est malade. Mais par respect pour Bourguiba, le Pr Boukhris a pris la décision, de ne pas parler de ce dossier pour le moment». Mais BCE le savait et c'est pourquoi il a pris les décisions tout seul, profitant de la faiblesse du président afin de laisser les émeutiers agir contre les biens juifs.
            Victor Zana, un tunisien a apporté son témoignage : «Je n'oublierai jamais de ma vie ce jour-là. Par hasard j'ai voyagé de Sousse à Tunis avec mon ami Georges qui devait faire l'installation sanitaire dans une villa en construction à El Menzah. Lorsqu’on a terminé le travail on est retourné par l'avenue de Paris qui était toute bloquée à cause des manifestants et on était obligés de marcher à pieds tout le long de l'avenue pour prendre le train pour Sousse. Tout le long de notre traversée de l'avenue on a assisté à ce pogrom en plein action des manifestants, j'ai vu la grande synagogue et les magasins incendiés. Au milieu des manifestants par hasard on a rencontré un ami arabe de Sousse qui était étudiant à Tunis et grâce à sa protection on a pu passer tout le long de l'avenue sans soucis. Après 6 mois j'ai fait mon alyah». 
          Les émeutes ont été bien canalisées car par miracle, il n'y a pas eu de morts face à cette foule enragée. Cela prouve qu'elles étaient bien téléguidées. La synagogue a été restaurée en 1996 puis en 2007, sur intervention du président Ben Ali mais il ne restait plus que 1.500 Juifs dans le pays.

            Sous le régime de BCE, de nombreuses décisions étaient prises avec son consentement dans le cadre d’une action antisémite masquée sous forme d’antisionisme. Mais la frontière entre ces deux notions est devenue poreuse. Les autorités tunisiennes ont interdit à 20 touristes israéliens de descendre au Port de La Goulette d’un bateau de croisière norvégien, le dimanche 09 mars 2014. Le commandant a informé sa compagnie qui a contacté directement les autorités tunisiennes qui ont confirmé l'interdiction de l’accès au sol tunisien aux 20 israéliens. La vice-présidente Anne-Marie Mathews de Norwegian Cruise Line avait déclaré au HuffPost Maghreb: "Des passagers titulaires de passeports israéliens n'ont pas été autorisés à débarquer à cause d'une décision de dernière minute du gouvernement tunisien" donc du président BCE.
          Le croisiériste norvégien avait donc décidé de supprimer l’escale tunisienne de son programme. Une perte sèche pour l'économie tunisienne en difficulté. 
Ahmed Gaaloul

            Les Israéliens n’ont pas eu le droit de participer pas aux championnats du monde junior de Taekwondo qui se tenaient du 6 au 13 avril 2018 à Hammamet, en Tunisie. En effet, le tribunal de première instance de Tunis a pris la décision d’obliger le président de la Fédération tunisienne de taekwondo et président du comité d’organisation du championnat du monde junior à Hammamet, Ahmed Gaaloul, à interdire l’accueil et l’hébergement de taekwondistes israéliens. Il est difficile de croire que ce tribunal n'a pas reçu l'imprimatur du président de l'Etat dans une affaire aussi sensible. 
            Une championne d’échecs de sept ans, Liel Lévitan, a été interdite de tournoi en Tunisie parce qu’Israélienne alors que le pays accueillait le tournoi. Effectivement cette jeune gamine pouvait créer des troubles à l’ordre public dans un pays où la police est omniprésente.
Liel Levitan

            Par ailleurs la Tunisie n’a pas cessé d’attiser le feu contrairement à l’autre pays du Maghreb, le Maroc. Elle approuve systématiquement à l’ONU et à l’Unesco toutes les résolutions anti-israéliennes. La liste est longue pour rappeler tous les votes. La Tunisie va jusqu’à occulter la présence juive en Tunisie pour donner crédit à la thèse ressassée sur la spoliation des réfugiés palestiniens. Les médias tunisiens ont effectivement passé sous silence le cas des Juifs de Tunisie qui ont été brutalement chassés ou qui ont choisi l’exil parce que la vie qui leur était proposée ne leur garantissait ni sécurité totale et ni avenir exempt de discrimination. D’ailleurs la population juive est passée de 105.000 à 1.500.
            Alors les Tunisiens veulent être plus palestiniens que les Palestiniens. Les pétrodollars des Princes et des Émirs n’ont pas permis de faire sortir de la misère les Palestiniens qui vivent encore dans des camps, sous des tentes, et dont on refuse l’intégration. Tous ces pays, occupant des espaces dix fois plus grands que la France qu’ils ont du mal à peupler, n’ont rien fait pour aider leurs frères exilés parce qu'ils les destinaient à figurer au palmarès de la cruauté de l’État juif. En revanche, tous les Juifs des pays arabes ont été accueillis en Israël et ils ont tout partagé, même parfois la misère dans les grands moments de disette. C’est ce grand cœur qui manque aujourd’hui aux pays arabes. Au lieu de s’en prendre à ces pays, BCE a préféré condamner Israël parce qu'il subit la pression des islamistes  qui ont noyauté son gouvernement.
        Un signe ne trompe pas sur la considération dont bénéficiait BCE à l'étranger, le président Macron et le roi d'Espagne étaient les seuls représentants occidentaux aux obsèques.

Lien pour l'article de Directinfo
https://directinfo.webmanagercenter.com/2019/07/27/apres-sa-mort-j-benillouche-accuse-caid-essebsi-antisemitisme/

6 commentaires:

V. Jabeau a dit…

Total soutien bien sûr. Dire la vérité et tenir bon sur ses positions est un signe de respect envers soi-même et les autres. Et on en n’est que plus respecté.

Ibrahim a dit…

Bonjour,

Je comprends aisément vos sentiments à l'égard de feu Essebsi, en quelque sorte vous avez vécu votre "Nakba" mais auriez-vous tenu les mêmes propos concernant Ben Gourion, Sharon ou d'autres qui ont fait vivre le même destin tragique voire pire à des Palestiniens qui ont aussi été condamnés à l'exil après avoir été dépossédé ?

2 nids a dit…

Face à l'obscurantisme, l'intelligence fait peur..et les réactions du "moyen âge" de certain en Tunisie est ridicule face à la vérité..donc, laissons aboyer les salafistes islamistes ils ne feront jamais le poids face à la lumière..mais quelle perte de temps pour la Tunisie...
Merci à vous Mr Benillouche pour votre enquête sérieuse

Elie BENICHOU a dit…

Ibrahim, le « peuple Palestinien » est une construction purement marketing de ces 70 dernières années. Sous l’impulsion des frères musulmans et durant la guerre du mufti antisemite de Jerusalem. Pour contrer le retour des Juifs sur leur terre ancestrale, et incontestable. Les Palestiniens ne sont en réalité que les descendants de tribus arabes nomades allant et venant du Liban, Syrie, Jordanie, Arabie, Egypte... Des tribus qui ont commencé à se sédentariser sur tout le territoire de la Palestine mandataire. Prenez entre autres les comptes rendus des écrivains Mark Twain, Lamartine ou Chateaubriand, en visite sur ce territoire au 19eme siècle et qui décrivent chacun avec étonnement, un pays quasi vide de ses habitants, d’une terre désolée, marécageuse, de caravanes qui passent... Où sont donc aïeuls de ces
« palestiniens » ? Y-a-t-il des traces d’une archéologie palestinienne ? Non. D’une Histoire palestinienne ? Non. La terre d’Israel a été envahi par ces tribus arabes. Voici la stricte vérité. Le peuple juif est revenu sur sa terre qu’il avait dû quitter et s’est retrouvé face à des « squatteurs ». L’image est volontairement triviale et provocatrice, mais elle sonne tellement juste
Bien évidemment, l’occident (pour de multiples raisons) et surtout les masses arabes nourries au lait de « la Nakba », « de la dépossession », de la « terre volée », ne l’admettront jamais, et vous en êtes un digne représentant. A present, les dits « Palestiniens » sont parmi nous, nombreux sont d'ailleurs heureux de vivre en Israel (comparé à ce qu’endurent leurs frères des pays arabes), il reste à trouver un vrai compromis et une juste acceptation mutuelle. Ça n’a pas l’air d'être l’un de vos voeux... Et tout le problème du conflit est justement là !

Jean CORCOS a dit…

Cher Jacques, tu as eu entièrement raison de rappeler ces vérités ! Les "Tunes" ont, pour beaucoup, gardé des amitiés sincères avec des ex-compatriotes musulmans, mais entre amis on peut se dire des vérités. Réflexion aussi à propos de ton article d'hier où tu relevais le faible nombre de dirigeants occidentaux aux obsèques de Caid Essebsi : mais ce fut la même chose pour les dirigeants arabes ! Sous BCE, la Tunisie a eu les meilleures relations possibles avec le Qatar, sponsor des Frères Musulmans, et a refusé de considérer le Hezbollah comme organisation terroriste, ce qu'ont fait la majorité des Etats de la Ligue Arabe. Dit autrement : l'ex président tunisien était comme aimanté par la haine d'Israël, il suffisait pour un acteur X ou Y de menacer ce pays pour faire partie de ses amis ! Et bien, nous avons le droit de ne pas l'aimer, même à titre posthume.

Ibrahim a dit…

@Elie Benichou

"Elie, le "peuple israélien" est une construction purement marketing du XXème siècle sous l'impulsion des terroristes (Jabotinsky ...) pour contrer la volonté des Arabes de construire leur Etat-nation affranchi des Ottomans.

Les Israéliens sont pour la plupart les descendants de divers individus convertis au judaïsme (40 % des Ashkénazes seulement sont de Haplotype J) et qui bien sûr ont commencé à se sédentariser à partir de 1880

"Si j'étais un leader Arabe, je ne signerais jamais un accord avec Israël. C'est normal ; nous avons pris leur pays. Il est vrai que Dieu nous l'a promise, mais comment cela pourrait-il les concerner ? Notre dieu n'est pas le leur.
Il y a eu l'antisémitisme, les Nazis, Hitler, Auschwitz, mais était ce leur faute ? Ils ne voient qu'une seule chose : nous sommes venus et nous avons volé leurs terres. Pourquoi devraient t-ils accepter cela ?
David Ben-Gourion (le 1er Premier Ministre israélien) : Cité par Nahum Goldmann dans "le Paradoxe Juif", page 121




"Ne nous cachons pas la vérité…. Politiquement nous sommes les agresseurs et ils se défendent. Ce pays est le leur, parce qu’ils y habitent, alors que nous venons nous y installer et de leur point de vue nous voulons les chasser de leur propre pays. Derrière le terrorisme (des Arabes) il y a un mouvement qui bien que primitif n'est pas dénué d'idéalisme et d'auto-sacrifice."
David Ben-Gourion : Cité page 91 du Triangle Fatidique de Chomsky qui est paru le livre de Simha Flapan "Le Sionisme et les Palestiniens" – page 141-2, citant un discours de 1938.


Depuis l'éternité, cette région est appelée "Palestine", les croisés n'ont jamais parlé d'Israël ...

Les Palestiniens sont les habitants historiques de ces régions qui se sont pour une grande partie d'entre eux arabisés et islamisés ou christianisés.

Bien évidemment les Sionistes nourris à l'exil et au retour ne l'admettrez jamais, et vous en êtes un digne représentant.


Pour l'instant, c'est Netanyahu qui fait démolir les habitations de Cisjordanie (Judée-Samarie si vous préférez) en vue de l'annexer, je parle de celui que Sarkozy qui n'est pas un antisémite considérait comme un menteur pathologique, cet individu :

https://www.youtube.com/watch?v=ZJGpZp7CD_o