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mercredi 3 juillet 2019

Bilan de la conférence du Bahreïn



Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps



Le bilan de la conférence du Bahreïn est mitigé. Pour certains il s'agit d'une grande victoire et pour d'autres c'est un non-événement. Les États-Unis ont présenté à la conférence de Bahreïn des propositions économiques, sous le nom de «Deal of the Century»,  visant à ouvrir la voie à un processus de paix entre Israéliens et Palestiniens. Des projets touchant aussi la Jordanie ont été planifiés. Les documents indiquent que les pays donateurs et les investisseurs devraient verser environ 50 milliards de dollars, dont 7,5 milliards à la Jordanie. 
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Cela permettra de construire un nouveau système de bus reliant les villes d'Amman et Zarqa, les deux plus grandes villes de Jordanie, et de soutenir le projet du canal mer Rouge - mer Morte, «Red-Dead», qui fournira de l'eau à Israël et à la Jordanie tout en ralentissant la baisse du niveau des eaux dans la mer Morte.
L’absence volontaire des Palestiniens à la Conférence pèsera longtemps sur l’évolution de la situation dans la région. Le président américain n’est pas dirigeant à accepter un soufflet, sans réagir à froid. Mahmoud Abbas a pris un gros risque en boycottant les efforts de Donald Trump sous prétexte qu’il a déplacé son ambassade de Tel Aviv à Jérusalem. Il a aggravé sa situation vis-à-vis des Américains en poursuivant les aides financières aux prisonniers palestiniens et à leurs familles. Certes, cette position a redoré son blason terni auprès des Palestiniens mais il n’est pas sûr qu’au final il en sorte gagnant.
Khalid bin Ahmed Al Khalifa

Israël, de son côté, a réussi une normalisation avec les pays du Golfe en marginalisant le conflit israélo-palestinien qui n’est plus une priorité arabe.   Le ministre bahreïni des Affaires étrangères, Khalid bin Ahmed Al Khalifa, a précisé que «son pays reconnaissait le droit d'Israël à exister, qu’il savait qu'il était là pour rester et qu’il souhaitait la paix avec lui». Fini le temps où la normalisation avec Israël était conditionnée par son retrait de «toutes les zones occupées en 1967».
Une certitude cependant, le principe de deux États pour deux peuples n’a pas été défendu par l’envoyé américain, ni par le gendre de Trump, Jared Kushner. En revanche l’ancien premier ministre Tony Blair a mis l’accent sur ce dogme dans son discours : «Je soutiens la solution à deux États».
Gaza semble le grand gagnant de ce deal. Le projet prévoit en effet d’améliorer les infrastructures routières et ferroviaires de la Jordanie, y compris les quatre principaux corridors, dont deux sont principalement destinés au commerce régional et peuvent soutenir un commerce accru avec la Cisjordanie et Gaza. Ce corridor permettra de désenclaver Gaza en assouplissant les «restrictions imposées par Israël à la circulation des marchandises, des personnes et des capitaux, à la fois en Cisjordanie et à Gaza, et de ses échanges commerciaux avec le reste du monde».

Blair s’est opposé à Kushner sur le principe de la paix par l’économie : «il est absolument insensé que vous puissiez avoir l'économie sans politique. Il va falloir faire face à la politique pour obtenir des investissements».
Dès le début, les Palestiniens avaient planifié l’échec de Manama car ils avaient convaincu le Liban, l'Irak, la Syrie, Oman, le Koweït, l'Algérie, la Russie, la Chine et la plupart des pays d'Europe et d'Amérique du Sud de ne pas participer à la conférence. Les responsables palestiniens et israéliens ne sont pas venus. Les principaux pays arabes tels que la Jordanie, l’Égypte et le Maroc ont envoyé des délégations de niveau inférieur. Cela tient au fait que Jared Kushner manque d'expérience en politique étrangère. Il est étonnant qu'il ait accepté de maintenir la conférence avec tant d'absents, dont les deux protagonistes principaux.
Le Bahreïn est sorti gagnant de cette conférence car ce petit pays du Golfe a concentré sur lui, pendant deux jours, tous les regards du monde. Il est probable d’ailleurs qu’il pourra attirer davantage d'investissements, en particulier d'Israël. Mais il a dû subir des attaques et des menaces de la part de nombreuses organisations arabes, le Hezbollah irakien ou Kataëb Hezbollah, en particulier. Dès le début de la conférence de Bahreïn, les Brigades de résistance islamique ont attaqué les États arabes du Golfe et leurs monarques, les accusant de «creuser leurs propres tombes. Le trône des dirigeants du Golfe s'est effondré et ils ont lié leur destin aux sionistes».


Mais le paradoxe a voulu que malgré leur absence, les Palestiniens ont beaucoup fait parler d’eux et ont occupé tout l’espace médiatique. Mahmoud Abbas a reçu tous les correspondants de la presse étrangère en Israël tandis que CNN diffusait une interview du premier ministre Mohammed Chtayyeh à une heure de grande écoute lui faisant dire : «les Palestiniens ne veulent pas vivre dans des hôtels cinq étoiles sous occupation».
Mais les absents ont toujours tort. En n’étant pas à la réunion où leur sort était discuté, ils se sont déconsidérés vis-à-vis de la bonne volonté internationale. La conférence de Bahreïn sera certainement oubliée et vite classée dans les tiroirs de l’Histoire et il est fort probable qu’aucun plan ne sera mis en œuvre devant le blocage palestinien. La population palestinienne attendra quelques années encore avant de voir le soleil briller pour elle puisque ses dirigeants l'ont voulu.   


1 commentaire:

Gilbert BRAMI a dit…

Qu'importe le bilan ; Ce qui importe est qu'une telle conférence ait existé pour le présent et l'avenir du Proche et Moyen-Orient. L'Iran est la Perse, c'est une nation à part dite arienne !
Actuellement les ayatollahs font vivre le peuple iranien au Moyen-âge ! Et ils appellent à la destruction du monde sunnite ! C'est-à-dire les Arabes sémites !