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samedi 15 juin 2019

Les Juifs et la Franc-maçonnerie, de la défiance à la convergence par BAZAK


LES JUIFS ET LA FRANC-MAÇONNERIE, DE LA DÉFIANCE À LA CONVERGENCE

Par BAZAK

Temple franc-maçon

L’expression judéo-maçonnique existe. A-t-elle seulement du sens ? A priori, aucun lien particulier n’existe entre la maçonnerie et les Juifs. Pourtant. Elle a été, elle est encore régulièrement utilisée par tous les mouvements extrémistes, fascistes, totalitaires. Cet amalgame a servi et sert régulièrement à nourrir une propagande nauséabonde et mortifère et permet d’agiter le soi-disant «complot judéo-maçonnique». Tentons d’aborder le sujet sous deux aspects : les Juifs dans la franc-maçonnerie, les Francs-maçons et les Juifs dans leur rapport au monde extérieur.


A priori, il n’existe pas d’incompatibilité entre les règles religieuses ou les traditions juives et la franc-maçonnerie qui puissent empêcher un Juif d’y adhérer. Historiquement, dans la plupart des pays, les juifs ne sont pas encore considérés et traités comme des citoyens à part entière (Concordat avec Napoléon en 1801) donc au sein des loges, les Juifs sont à l’aise et partagent leurs idéaux avec d’autres hommes qui refusent toutes les discriminations.  Dans la plupart des cas, les communautés vivent en marge de la société. L’arrivée des Juifs en maçonnerie coïncide avec le Siècle des lumières (1715-1789) et son équivalent juif en Europe centrale, la Haskala.
C’est l’ouverture du judaïsme traditionnel vers d’autres philosophies, c’est rompre le poids des traditions ancestrales, c’est une aspiration à l’émancipation, sans parler d’assimilation, à l’intégration dans la société, dans la vie culturelle, sociale, pour sortir d’une forme de ghetto, préexistante pendant des siècles.
Historiquement, la maçonnerie opérative remonte à l’époque des bâtisseurs de cathédrales. Elle était exclusivement chrétienne. La bascule a lieu lorsqu’elle devient spéculative. Les constitutions d’Anderson (1732/1738) établissent en Angleterre les bases d’une maçonnerie qui a pour but de rassembler les différentes sensibilités chrétiennes, sans aborder celles d’autres religions. C’est une maçonnerie déiste (ses adeptes font référence à la religion révélée). Assez rapidement, l’ouverture se fait à d’autres religions révélées. Les Juifs sont peu nombreux et naturellement déistes, ce qui permet cette ouverture dans une perspective d’universalisme, de tolérance et de fraternité.
En Allemagne, en revanche, la maçonnerie refuse l’entrée des Juifs, en totale contradiction avec les idéaux maçonniques !  Seule exception, celle liée aux passages des armées révolutionnaires et impériales à Francfort qui fut rattachée à la France sous Napoléon et vit la création de loges d’origine française. Puis dès 1880 sous Bismarck, le sentiment antisémite dominant reprit le dessus, de telle sorte que les loges allemandes refusèrent très longtemps l’entrée de Juifs dans les loges. Ce blocage fut dépassé, mais plus en retard par rapport au reste de l’Europe.

En France, l’entrée des Juifs dans les loges se fera dès la révolution et se poursuivra sous Napoléon. La loi de 1905 constituera un socle qui permettra un épanouissement de la franc-maçonnerie déjà très présente, à laquelle ses membres juifs seront activement associés. La figure emblématique de l’homme politique juif et franc-maçon, Adolphe Crémieux, domine la scène juive et la scène maçonnique pendant pratiquement tout le XIXe siècle.
Minoritaires dans les pays où ils se trouvent côte à côte, Juifs et Francs-maçons sont persécutés par des régimes totalitaires, autoritaires, fascisants, qui ne peuvent accepter même des minorités, qui aspirent à être des hommes libres, à travailler pour un avenir meilleur, qui font appel à des valeurs universalistes, de tolérance, de non-discrimination, de refus des dogmes.
Peu connus ou très mal connus et souvent jetés en pâture à la vindicte populaire par les régimes qui cherchent un bouc émissaire, cette forme de persécution ne pouvait que leur donner un sentiment identitaire partagé. Le reproche qui leur est également fait de s’entre aider, ne pouvait qu’ajouter à ce sentiment d’être mal reconnus face à une jalousie populaire irrationnelle. Plus encore, le sacrifice de leur vie, était un autre point incompréhensible pour l’extérieur.

Le «complot judéo-maçonnique» régulièrement évoqué à toutes les époques crée une solidarité face à l’ennemi commun qui variera selon les époques, sous le troisième Reich lorsque Juifs, Maçons et Communistes seront pourchassés et assassinés. Sous le régime stalinien, lorsque les Juifs et Maçons seront déportés en Sibérie et pour mémoire on rappellera en 1953 le procès des médecins juifs et la fabrication par la police secrète russe des «Protocoles de Sion» en 1903. On en connaît l’usage.
Dans les pays du Maghreb, au fil de la présence des puissances coloniales, les loges se sont développées et réciproquement la présence des Juifs, qui y ont trouvé des réponses aux aspects abordés plus haut, mais aussi à un motif très spécifique, celui de la citoyenneté. Nombreux sont donc les Juifs qui y ont vu et souvent trouvé une passerelle privilégiée pour obtenir la citoyenneté française. On relèvera le cas de la Tunisie ou la présence juive au sein des loges a été particulièrement importante et suivie jusqu’à l’interdiction de la franc-maçonnerie en 1960. 
Plus largement en Europe, on constatera que la participation des Juifs au sein des loges s’est faite de plus en plus importante, bien supérieure au pourcentage réel de leur représentation démographique nationale.
Enfin pour conclure, rappelons-nous que les Juifs comme les hommes, les femmes et les francs-maçons ne peuvent s’épanouir que lorsque la dignité humaine, la liberté de penser et de s’exprimer sont la règle, que l’absence de discriminions est appliquée, que les particularismes sont respectés et ne viennent pas s’opposer à ces valeurs des droits de l’homme.
Chaque fois que ces libertés et ces valeurs sont remises en cause, c’est une menace pour tous, Juifs, Francs-maçons et tous ceux qui partagent ces valeurs.  



1 commentaire:

DAVID a dit…

Excellent papier qui nous explique le lien qui unit juifs et francs-maçons.
Les deux sujets séparés sont des marronniers de la presse française (Combien de unes sur les juifs ou les francs-maçons ?). Mais la connexion entre les deux groupes est rarement abordée, sinon pour dénoncer un complot imaginaire.