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dimanche 30 juin 2019

Le tramway de Jérusalem et la session de travail de Manama



LE TRAMWAY DE JÉRUSALEM ET LA SESSION DE TRAVAIL DE MANAMA

La chronique de Michèle MAZEL



Pour les Israéliens c’est le «train léger», en fait un tramway ou un métro aérien. Mais quel que soit son nom, on n’imaginerait plus Jérusalem sans cette petite merveille technique qui relie ville orientale et ville moderne. 13.8 kilomètres de rails, desservant les quartiers arabes de Sheikh Jarrah, Shuafat et Beit Hanina, longeant les murailles de la vieille ville et empruntant la rue Jaffa sur toute sa longueur, avant d’arriver au grand marché Mahane Yehuda, à la station centrale d’autobus et de finir sa course au Mont Herzl.



C’est à la multinationale française Alstom que l’on doit les rames climatisées et ultramodernes du tramway, ainsi que les vitres en verre pare-balles. Histoire de les protéger d’éventuelles attaques terroristes.  C’est que l’Autorité palestinienne s’était farouchement opposée à ce projet qui, en désenclavant les faubourgs de Jérusalem-Est, allait permettre à leurs habitants de trouver du travail «de l’autre côté». Certes, elle évoquait surtout le fait que le train léger passait aussi par les nouveaux quartiers juifs de French Hill, Pisgat Zeev et Neve Yaakov, établis après la Guerre des Six-jours, et participait donc «à l’irréversibilité de l’occupation».
Amnesty International et France Palestine solidarité ont élevé de vives protestations et ont intenté des procès en France contre Véolia et Alstom, les deux sociétés françaises participant au projet. La plainte de France Palestine a été rejetée. Celle d’Amnesty est montée de juridiction en juridiction avant d’être définitivement rejetée par la Cour de Cassation. Une plainte similaire contre l’Etat français pour le soutien qu’il aurait apporté aux deux entreprises a été elle aussi finalement rejetée par le Conseil d’Etat. Pendant ce temps les travaux avançaient, ralentis par une topographie difficile. 
Le 19 août 2011, il y a bientôt huit ans, les premiers voyageurs purent enfin monter dans les wagons.  Ce qu’ils firent avec enthousiasme. Pourtant dans les quartiers arabes il eut au début des émeutes ; les rails furent endommagés et le train atteint par des jets de pierres incessants.  Petit à petit ces attaques cessèrent.  En 2017, les quelques 50 rames ont transporté plus de 42 millions de voyageurs, au rythme de 150.000 par jour Shabbat excepté. Des Arabes, des Juifs, des Chrétiens, des visiteurs et des touristes.


Quel rapport avec la rencontre de Manama, direz-vous. Un début de réponse vient du fait que, aujourd’hui comme alors, l ’Autorité palestinienne ne veut pas entendre parler d’un projet qui est destiné avant tout à améliorer le sort de ses propres citoyens. Comment expliquer autrement qu’elle ait été si prompte à rejeter un effort réunissant pays arabes, pays européens en présence de la présidente du Fonds Mondial International et de représentants de nombreuses institutions internationales pour investir trente milliards de dollars dans les territoires qu’elle gère si mal. Ecoles, hôpitaux, routes, usines…
Pas question ! Echaudée par la réussite du tramway de Jérusalem, la direction palestinienne ne veut pas prendre le risque de se retrouver, à plus ou moins long terme, devant une nouvelle réalité. La réunion de Manama se voulait en effet le premier volet d’une tentative pour mettre fin au conflit entre Israël et son voisin palestinien. Cela, à Ramallah, on n’en veut apparemment pas. 

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