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dimanche 9 juin 2019

La Roumanie en passe de devenir un Etat-associé aux Etats-Unis par BAZAK



LA ROUMANIE EN PASSE DE DEVENIR UN ÉTAT-ASSOCIÉ AUX ÉTATS-UNIS

Par BAZAK

Ce qui se passe à l’intérieur de l’UE dont la Roumanie est membre, doit nous rendre attentifs. C’est un des maillons faibles de l’Union où la corruption fait chaque jour des ravages. Il existe plusieurs bases américaines, dont une de l’OTAN à Deveselu. Il s’agit d’une base de missiles Tomahawk conçus pour des attaques terrestres. Le seul pays dont la Roumanie pourrait craindre une attaque est son grand voisin, la Russie. 


Base Deveselu

Il serait maintenant question d’y installer le système de combat Aegis et le système d'interception de missile SM-3, ainsi que le système de défense antimissile de défense de haute altitude (THAAD). De plus un autre système permettant de lancer le missile américain BGM-109, déjà interdit par le traité INF abandonné par les américains. Ces mesures ont été officialisées quelques mois après que les États-Unis annoncèrent leur retrait du traité INF de 1987 qui leur interdisait ainsi qu’à l’URSS de détenir des missiles d’une portée de 500 à 5.500 km.
Tout en conservant des options conventionnelles et nucléaires en particulier pour ses alliés ou ses bases étrangères, le Pentagone a revu substantiellement sa doctrine nucléaire en prenant en compte le rôle désormais incontournable joué par les cyber-attaques considérées comme la menace n°-1 dans un conflit. Pour autant qu’on considérait auparavant l’utilisation de l’arme nucléaire soit comme une arme de dissuasion soit en réplique à une attaque conventionnelle ou nucléaire.
Une étape est franchie. Le changement significatif serait d’utiliser dès la première frappe l’arme nucléaire en riposte à une cyber attaque globale. C’est ce qui a été soumis au président Trump pour validation. Depuis la fin de la guerre froide, ce sera le troisième aggiornamento de la doctrine. L’arme nucléaire pourrait être utilisée dès l’instant où des infrastructures considérées comme vitales auraient fait l’objet d’une cyber-attaque, voire d’une attaque informatique d’envergure. Le pentagone identifie explicitement trois dangers potentiels : Russie, Chine et depuis peu Corée du Nord.
Les cyber-attaques sont assimilées comme raison de la «première frappe nucléaire». La définition de «circonstances extrêmes» a été considérablement élargie. Elles peuvent désormais inclure des «attaques stratégiques non nucléaires»  contre l'infrastructure des États-Unis ou de leurs alliés. Certains experts considèrent que des cyber-attaques contre des réseaux électriques ou d’autres réseaux au plan national (voies ferrées et routières, hôpitaux, distribution d’eau notamment) seraient toutes susceptibles d’entraîner une riposte nucléaire. C’est ce qu’on qualifie de «risques extrêmes».
Le terrorisme provenant d’un ennemi sans territoire identifié représente un nouveau type de menace majeure. Israël est quotidiennement l’objet de telles attaques d’ampleur variable, mais dispose de défenses très efficaces. Le Pentagone envisagerait également d’utiliser des ogives nucléaires «de plus petite taille» à des fins tactiques. Ce qui augmenterait d’autant l’engagement de conflits régionaux où l’impact serait relativement limité. Ce qui est une notion floue et extrêmement dangereuse quand on connaît les pertes humaines que l’arme nucléaire entraîne.
Les Wikileaks ont révélé que les services américains ont mis au point un logiciel destiné à induire en erreur l’adversaire sur l’origine d’une cyber-attaque, lui permettant d’impliquer un pays tiers qui n’en est pas l’auteur. C’est la porte ouverte à toutes sortes de manipulations et pertes de contrôle ! Il s’agit d’une escalade permanente, qui pose avec d’autant plus d’acuité, les problèmes moraux liés à l’utilisation contre les populations civiles.
            La démarche américaine vise à se doter hors de son territoire d’un écran et des moyens d’effectuer une première frappe destructrice et préventive. L’Europe de l’Est, pour qui la Russie constitue de tous temps l’ennemi héréditaire, adhère à cette option, car ce qui importe, en l’absence d’une dissuasion européenne, c’est la protection américaine. On a vu quelles étaient les limites de l’engagement européen dans le conflit entre l’Ukraine et la Russie. Le président américain est très réceptif à cette doctrine que son entourage militaire lui propose.
Après la Bulgarie, où un accord de coopération existe depuis 2006, l’Estonie, les États-Unis après en avoir implanté une en Azerbaïdjan, ont entamés des négociations en Pologne. Toutes ces mesures, auxquelles s’ajoutent les sanctions en vigueur se traduisent par un sentiment d’encerclement hostile du point de vue russe, qualifié de défensif par ses organisateurs (contre la Corée du nord, l’Iran ?), qui ne devrait pas rester sans réponse russe, dont une relance de la course aux armements. La Russie poursuivra le renforcement militaire de ses bases en Crimée dont on sait bien qu’elle ne sera jamais restituée à l’Ukraine, de même que la poursuite et l’entretien du conflit avec l’Ukraine s’inscrit dans cette lutte à distance, surtout en l’absence de réaction de l’Europe dans ces deux derniers abcès. On ne s’étonnera pas non plus de la forte présence militaire russe dans le conflit syrien où elle continue à distribuer les cartes, sans l’Europe.
Tout ceci se passe alors que l’UE reste très divisée sur la création d’une défense européenne, où la France et la Grande Bretagne seules, détiennent l’arme nucléaire, qu’ils ne veulent pas partager. Mais en même temps on voudrait bien mutualiser les dettes !  Pendant ce temps, les États-Unis font une pression extrême pour que les Européens atteignent au minimum 2% de leur budget dans le cadre du financement de l’OTAN. La France en est le troisième contributeur avec 1,80% de son budget derrière les États-Unis et l’Allemagne, mais devant la Grande Bretagne.
Consensus ou résignation ? Quelle que soit la coalition qui émergera de la nouvelle UE, la question de la défense européenne est cruciale, au même titre que nos futurs rapports avec les États-Unis et la Russie. On devra prendre en compte l’avertissement américain à l’Europe : une plus large coopération militaire entre les États de l’UE au sein du fonds européen de défense et de la structure permanent de coopération (Pesco) pourrait conduire à des restrictions US envers les sociétés européennes d’équipements militaires. Les États-Unis stigmatisent une situation dans laquelle les fabricants américains ne pourraient pas participer aux projets et fragiliserait l’OTAN «en raison d’une compétition inutile entre l’OTAN et l’UE». Soit, nous saurons devenir une véritable puissance militaire indépendante, défensive et offensive à l’échelle du continent européen, soit nous resterons les alliés-dépendants de la politique américaine, quelle qu’en soit le président et avec toutes les contraintes qui en découlent.

1 commentaire:

Marianne ARNAUD a dit…

La défense européenne n'est-elle pas "un vieux serpent de mer" dont on entend parler depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale ?
La Communauté Européenne de Défense (CED) n'a-telle pas été rejetée par l'Assemblée Nationale française en 1954 ?
L'idée d'une "Europe européenne", indépendante des États-Unis, chère à De Gaulle, qui n'a jamais été partagée par les partenaires européens, a conduit au retrait de la France de l'OTAN en 1966.
Mais aujourd'hui, comment comprendre le discours de Macron sur la "refondation de l'Europe", et son corollaire de projet d'"armée européenne" alors que la France a réintégré le commandement de l'OTAN en 2009 ?
Alors, ces idées de Macron doivent-elles être rangées "dans la catégorie des billevesées et des calembredaines" comme l'écrit Guillaume Berlat ?

https://www.les-crises.fr/defense-et-en-meme-temps-armee-europeenne-billevesees-et-calembredaines-par-guillaume-berlat/