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vendredi 28 juin 2019

Barak montre à nouveau ses capacités de stratège



BARAK MONTRE À NOUVEAU SES CAPACITÉS DE STRATÈGE 

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps

Ehud Barak

    La première réaction qui vient à l’esprit des observateurs est : «encore un nouveau parti et pour quoi faire». Il existe tellement de structures politiques en Israël que l’avènement d’un nouveau parti peut paraître superflu. Mais à bien réfléchir ce nouveau parti peut se justifier car il pourrait constituer un pôle attrape-tout aussi bien à droite qu’à gauche. Les élections du 9 avril 2019 ont prouvé que, même si Benny Gantz était arrivé en tête, il n’aurait pas pu constituer une coalition après l’effondrement du parti travailliste car il ne disposait pas de réserves. Barak veut donc «muscler» l’environnement autour de Bleu-Blanc, pour constituer des bataillons de supplétifs dans le cadre d’une coalition élargie.


Yaïr Golan

Le nouveau parti ne sera pas opposé à celui de Benny Gantz et il est fort probable qu’il n’y aura aucune concurrence entre eux car son objectif est de rassembler à droite et à gauche pendant que Bleu-Blanc s’assure le contrôle du centre. Ehud Barak et Yaïr Golan avait un temps envisagé de rejoindre les travaillistes mais cela n’aurait pas drainer de nouveaux adhérents sans compter l’opposition de la jeune garde qui reste jalouse de ses prérogatives. Le parti lui appartient depuis la révolution des tentes de 2011 qui a vu émerger de jeunes pousses, cependant trop peu expérimentées pour convaincre et rabattre de nouveaux visages. Par ailleurs Avoda souffre d’une réputation de parti d’élite réservé aux Ashkénazes ce qui pousse les Séfarades à le bouder.
Depuis plusieurs semaines Barak et Golan se concertent pour envisager la meilleure stratégie comme s’il s’agissait de préparer un réel combat militaire. La création d’une nouvelle entité a été entérinée pour ratisser large et les premiers ralliés donnent une image de la stratégie recherchée.  Gantz sera chargé de draguer l'électorat de droite qui n'a pas suffisamment suivi son parti Kahol-Lavan en faisant des propositions innovantes sur les implantations. 
Yifat Bitton

Le professeur Yifat Bitton, juriste, a abandonné le parti Gesher d'Orly Lévy-Abecassis qui n’avait pas atteint le seuil à l’élection du 9 avril 2019. Il ne s’agit pas d’une trahison car cela préfigure l’arrivée certaine de la numéro-1 du parti qui avait compris que son parti ne pourrait pas atteindre seul le seuil d’éligibilité. Transfuge du parti d’Avigdor Lieberman, Orly Levy représente la droite sociale qui n’aurait jamais pu rejoindre les Travaillistes. Elle a envoyé en éclaireur celle qui lui ouvrira la voie. Yifat Bitton est titulaire d'un doctorat de l'Université hébraïque, d’une maîtrise en droit de Yale University Law School et elle est chercheur invitée à l’Université Harvard (Fulbright Fellow, 2005). Il s’agit d’une femme nouvelle en politique, très influente en Israël, novatrice et une vraie combattante sociale. Elle est considérée comme candidate potentielle à la Cour Suprême.
Plusieurs articles ont été consacrés à Yaïr Golan qui est à présent connu. Il avait constaté le virage à l’extrême-droite d’une bonne partie de l’électorat du Likoud et il s’en était inquiété : «Israël, en tant que lumière des nations, a la responsabilité de maintenir une supériorité morale». Il s’est préparé à la politique depuis de longs mois sans savoir qu'une opportunité lui serait ouverte avec la dissolution de la Knesset. Il a utilisé les médias dans le cadre d’interviews percutantes pour présenter une vision globale du monde positionné à gauche. Son entrée en politique n’étonne plus.
Kobi Richter

L'ancien pilote de l'armée de l'air et président du mouvement politique Darkenu, Kobi Richter a décidé également de rejoindre le nouveau parti. Forbes Israel le classe parmi les 10 premiers millionnaires israéliens en tant que fondateur de la société d'accessoires médicaux Medinol, et sa fortune est estimée à plusieurs centaines de millions de dollars. Cela prouve que l’on peut être riche et de sensibilité «gauchiste» selon la terminologie du Likoud. Il pourrait drainer vers lui d’autres chefs d’entreprises qu’on n’aurait jamais pu voir chez les Travaillistes.

Richter à une manifestation pour le souvenir de Rabin

Les relations entre Ehud Barak et Tsipi Livni ont toujours été excellentes et il semble que l'ancienne ministre des Affaires étrangères soit sous pression pour rejoindre le nouveau parti. Elle pourrait ainsi «muscler» le pôle diplomatique qui a beaucoup souffert du régime politique de  Netanyahou. Comme Shimon Peres, elle est très appréciée aussi bien dans les pays occidentaux que dans les pays arabes qui voient en elle une diplomate pragmatique.
Barak, Obama et Livni

En fait le nouveau parti trouvera sa place entre les centristes de Bleu-Blanc et les Travaillistes d’Avoda.  Il compte aussi attirer à lui quelques aigris du Likoud et quelques orthodoxes réalistes, ouverts aux laïcs. On comprend mieux la stratégie choisie par Ehud Barak de constituer un grand rassemblement pour gouverner le pays avec les troupes de Benny Gantz, après avoir intégré les Travaillistes s’ils parviennent à sauver leur seuil électoral. Il n'a pas l'ambition de redevenir premier ministre mais d'être le chef d'orchestre d'une nouvelle coalition gouvernementale. Il veut être celui qui réussira à faire émerger un nouveau chef au Likoud, après la défaite de Netanyahou.
D'autres optimistes de droite pensent que Barak roule en fait pour Netanyahou et qu'il le rejoindra au lendemain des élections, comme en 2007,  alors qu'il avait été élu sur une liste travailliste. La politique a ses secrets que l'électeur ignore.
Il est trop tôt pour mesurer l’impact de cet événement sur les élections prochaines mais une chose est certaine, le camp de l’opposition à Netanyahou se consolide avec de nouveaux arrivés de qualité sous la houlette d'un vieux renard de la politique.  

1 commentaire:

Patrick a dit…

derrière sa barbe pour se donner a l epoque une allure plus mure et plus expérimentée en politique il reste le même homme politique faible qui etait prêt a tout donner pour avoir son nom écrit dans l histoire.
Une bonne conclusion de votre article: barak sera prêt a toute compromission même avec la droite