Après l’affichage du premier article, le chargement des nombreuses images des articles suivants nécessite environ une minute d’attente.

LE BEST-OF DES ARTICLES LES PLUS LUS DU SITE

 

dimanche 5 mai 2019

Vladimir Poutine, l'homme-orchestre par BAZAK


VLADIMIR POUTINE L’HOMME-ORCHESTRE

Par BAZAK



Vladimir Poutine l’homme-orchestre a rencontré Kim Jong-un. On peut ne pas aimer le président russe mais il faut reconnaître qu’il est omniprésent aux quatre coins du globe. Sera-t-il capable de mettre en musique la partition de la péninsule coréenne pendant et surtout après cette rencontre ? Peut-être, en jouant du bon instrument qui saura charmer ses auditeurs ? Essayons de dégager quelques pistes de réflexion. Dans sa démarche le président russe se trouve dans une position gagnant-gagnant.





(a) Pourquoi la Russie a t elle souhaité ce sommet ?
La volonté russe d’être présente sur tous les théâtres et de faire mieux que les États-Unis. Corollaire de la présence internationale de la Russie et de son face à face larvé avec les États- Unis, ainsi que de son rôle dans de multiples conflits, Poutine jouit d’un très grand prestige, grâce à sa longévité au pouvoir perçue comme une preuve de puissance, notamment auprès des pays objet de sanctions. Kim Jong-un, à l’instar d’autres dirigeants, recherche de nouveaux soutiens et confirme si besoin était, le pouvoir de séduction du président russe. Si Poutine obtient un résultat tangible, ce sera un succès. S’il n’obtient rien, à défaut, il conclura un pacte d’amitié, un partenariat stratégique ou autre formulation, mais ce ne sera pas un échec.

(b) Qu’ont ils en commun ?
Objectivement, il existe une relation économique entre les deux pays. Il y a environ dix mille travailleurs agricoles détachés nord-coréens employés en Russie. Leur contrat devrait se terminer en fin d’année. C’est une source de paiement en devises. Parallèlement la Russie applique les sanctions  votées à l’ONU. Il sera donc intéressant de voir si elle continue à les respecter strictement. Les deux pays sont des puissances nucléaires, susceptibles d’avoir des intentions à l’égard de leurs proches voisins. Ils s‘interrogent tous deux sur les intentions réelles de la Chine. On constate qu’en général, la Russie ne s’oppose pas frontalement à la Chine avec qui elle entretient un dialogue permanent. On s’attend assez naturellement à ce que Poutine tienne le leader chinois informé, sachant que rien ne se réglera sans elle. Poutine excelle à ce type de négociations multidirectionnelles.


(c) Quelle stratégie pour Kim en rencontrant Poutine ?
Le dirigeant coréen se devait de rechercher une ouverture diplomatique après l’échec d’Hanoi qui le laissait encore plus isolé. Etre présent à l’extérieur de son pays, constitue un succès pour Kim, mais il lui fallait s’engager dans un échange d’égal à égal avec Poutine, comme interlocuteur aussi important que Trump. Pour Kim «Il s’agit d’un dialogue qui a tout son sens» qui lui aura permit d’établir sa stature de dirigeant international et sa capacité à ouvrir un dialogue avec un des plus importants acteurs de la politique internationale, Poutine. C’est déjà un succès, sans être la victoire attendue, mais qui établit sa légitimité à l’étranger et la renforce chez lui. C’est aussi un signal fort, envoyé aux États-Unis, que son pays ne s’en tiendra pas à une relation bilatérale, exclusive avec Trump. L’objectif demeure la levée des sanctions et l’établissement de relations normalisées et l’obtention de garanties de sécurité. Ce sommet aura au moins démontré que Kim est un négociateur astucieux, agile et habile.

(d) Quelle est l’importance de la Corée du nord pour la Russie ?
Le premier résultat obtenu par Kim a été d’obtenir que Moscou agisse comme une caisse de résonnance en exerçant une pression supplémentaire  sur Washington pour le pousser à reprendre les négociations. Kim a souligné « la convergence des intérêts entre son pays et la Russie sur un terrain solide ». Ce qui ne peut que satisfaire Moscou dans son rôle d’arbitre et donc aussi d’interlocuteur obligé de Trump. On notera au passage que Trump avait dépêché à Moscou son envoyé spécial pour la Corée du nord, Stephen Biegun, avant le sommet de Vladivostok. Ce n’est pas un hasard. Poutine se présente comme un médiateur constructif, c’est l’aspect public. Dans le même temps, il provoque l’exaspération certaine de Washington qui entraine à son tour, une tension plus vive avec ses alliées du Japon et de la Corée du sud. Ce qui complique d’autant la tache de Trump de présenter un front uni dans ce dossier.
Stephen Biegun


(e) Quels résultats peut on attendre de ce sommet ?
Kim a certainement été très satisfait de l’engagement affirmé par Poutine «en vue de développer des relations bilatérales … pour approfondir les échanges commerciaux et humaines entre les deux pays ».  Kim pense disposer maintenant de la dissuasion nucléaire, donc une forme de garantie de sécurité. Sa priorité devient la croissance économique, subordonnée à la levée, même progressive des sanctions. Les discussions ont également porté sur une possible liaison ferrée transsibérienne (On n’oubliera pas la particularité de la plus petite frontière terrestre commune qui est de 19 km et maritime de 285 km) la construction d’un futur gazoduc. Il s’agit de projets que Kim souhaiterait pouvoir conclure et que la Russie pourrait envisager, quand bien même cela poserait un problème à Washington ou devrait-on dire, parce que cela poserait un problème à Trump ? 
On doit analyser ces éventualités à l’aune des difficultés actuelles entre la Russie et l’Otan et les tentatives de Trump de développer des relations de nature militaire avec certains voisins de la Russie. Enfin, on observera qu’à l’origine, ce sommet avait été annoncé comme de moyenne importance, sans agenda et sans conférence. En fait, à la sortie, les deux pays ont pris le soin de s’exprimer officiellement, pour combler le vide diplomatique laissé par l’échec d’Hanoi.  Poutine a souligné la nécessité de proposer des garanties de sécurité réelles et a demandé la reprise du groupe des six sur la péninsule coréenne, en sommeil depuis 2008, ajoutant que ce pourrait être le moyen d’établir un plan multilatéral de sécurité pour toute la région, prenant la main dans le dossier. Finalement, au terme des deux rencontres entre Kim et Trump, sans qu’on puisse déjà évoquer une quelconque victoire, on doit constater l’habilité des deux dirigeants russe et nord coréen à tirer partie de la situation.
A suivre,


Aucun commentaire: