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dimanche 12 mai 2019

Trump le Manitou par Dov ZERAH


TRUMP LE MANITOU ?

Le point économique de  Dov ZERAH



C’est suffisamment rare pour que ce soit relevé. La semaine dernière deux journaux français ont accordé «leur Une» au Président Donald Trump. Rien de particulièrement étonnant que l’hebdomadaire Investir le qualifie, photo à l’appui, «le nouveau gourou des marchés», avec trois sous-titres «Wall Street enchaîne les records», «les investisseurs croient en lui», et «il met la pression sur la FED, l’OPEP et la Chine».



Plus surprenant est la Une de l’édition du week-end du quotidien Le Monde avec «emploi, croissance, salaires : le miracle économique américain». La surprise est néanmoins de courte durée. Après avoir cité le taux de chômage de 3,6% le plus bas depuis 1969, une croissance annuelle sur un rythme de 3,2%, une augmentation des salaires, et principalement des bas salaires, le quotidien du soir n’hésite pas à écrire «même si l’impact du Président est limité, Donald Trump s’est réjoui de ces résultats». Qui ne le serait pas avec de tels chiffres !? Rien néanmoins ne justifie d’atténuer sa responsabilité dans ces exceptionnelles performances.
Qui pouvait prédire un tel résultat trente mois après son élection ? Qui pouvait prévoir une telle situation alors qu’il a remis en cause le système de libre échange issu de la seconde guerre mondiale, et déclenché une guerre commerciale !

Je vous rappelle les perspectives de croissance dans le Monde, présentées, début janvier, par la Banque mondiale, dans son rapport semestriel au titre explicite «des cieux qui s’assombrissent». Les prévisions de croissance étaient en retrait pour 2019 par rapport à 2018, notamment pour les Etats-Unis avec 2,5% contre 2,9%. Et pourtant, ils sont à 3,2%, avec un cycle de croissance exceptionnellement long dans l’histoire économique américaine.
Comme beaucoup de commentateurs, je vous disais que nous étions face à un retournement conjoncturel qui avait plusieurs causes :
-        Le différend entre le Président et le Congrès sur le financement du mur avec le Mexique qui avait entraîné la fermeture des administrations fédérales, et pouvait constituer un frein supplémentaire à l’activité économique
-        La guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis. La remise en cause par Donald Trump de nombreux droits de douane a entraîné une baisse des échanges commerciaux. Selon la Banque mondiale, 430 milliards$ d’importations, soit 2,5% du commerce international, étaient impactés par les nouveaux droits de douane.
Et pourtant, Donald Trump est peut-être en train de réussir son pari et de faire bouger la Chine sur de très nombreux sujets comme la protection de la propriété intellectuelle, une ouverture des marchés chinois de l’automobile, de l’assurance et de la banque, une gestion plus transparente de la devise chinoise…L’accord qui ne porte pas que sur les seuls tarifs et quelques produits serait en voie de finalisation.

-        Depuis plus de dix-huit mois, la FED était sortie de la politique d’assouplissement monétaire et engagé une lente remontée des taux d’intérêt. Cela a donné lieu à de vives critiques de Donald Trump, qui n’a pas hésité à remettre en cause toute velléité d’indépendance du Président de la Banque centrale qu’il a lui-même nommé. Est-ce les pressions répétées du Président ou l’analyse macro-économique qui conduit à l’immobilisme jusqu’à la fin de l’année ? Personne n’est en mesure de répondre à cette question ; le résultat est plutôt satisfaisant pour Donald Trump qui a obtenu, au moins pour six mois, un report de la hausse des taux, à défaut d’avoir obtenu une baisse. La FED peut toujours justifier sa position par une inflation à 1,6% en rythme annuelle, en retrait par rapport à l’objectif de 2%.
La «politique des tweets» ne porte pas que sur les seuls taux d’intérêt. Elle vise aussi le prix du baril de pétrole. Sur ce produit, le Président américain fait de l’équilibrisme. Pour ne pas mécontenter l’automobiliste américain, le prix du gallon ne doit pas être trop élevé ; mais, dans le même temps, ce prix ne peut trop baisser sous peine de pénaliser les producteurs nationaux. Ces leviers d’action sont les sanctions contre l’Iran et les pressions sur l’Arabie saoudite pour augmenter sa production. A lui tout seul, il a été capable de faire baisser le prix du brut de 3% en une séance.
Après avoir craint le pire, les investisseurs ont fini par croire en lui, et tant le Dow Jones que le Nasdaq sont au plus haut. Certains ont pris le Président Donald Trump pour un apprenti sorcier, notamment sur sa méthode de remise en cause du libre-échange ; les résultats engrangés en font un gourou pour la Bourse. Il faut reconnaître que son choix de soutenir une forte activité économique en baissant drastiquement les impôts ne s’imposait pas, mais cela a mis les Etats-Unis dans une situation excessivement favorable.
Mais le tableau est toujours assombri par les déficits jumeaux du budget fédéral et des comptes courants. Il donne l’impression de faire l’impasse sur ces deux sujets. Il deviendrait un véritable manitou s’il arrivait à résorber ces déficits qui handicapent l’indépendance des Etats-Unis.

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