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lundi 20 mai 2019

Le ministre juif tunisien René Trabelsi joue gros à la Ghriba



LE MINISTRE JUIF TUNISIEN RENÉ TRABELSI JOUE GROS À LA GHRIBA

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps


René Trabelsi joue gros cette année car il doit relever le défi annuel du pèlerinage de la Ghriba, célébré les 22 et 23 mai 2019, qui mesure tous les ans l’évolution de la fréquentation touristique en Tunisie. La synagogue de la Ghriba, dans l’le de Djerba au sud de la Tunisie, constitue l'un des principaux marqueurs identitaires des Juifs, l'une des dernières communautés juives vivantes du monde arabe. Le pèlerinage a lieu à l'occasion de la fête juive de Lag Ba'omer.


Synagogue de la Ghriba

     René Trabelsi, franco-tunisien, juif djerbien et propriétaire d’une agence de voyages à Paris, a été appelé par le gouvernement tunisien pour occuper le poste de ministre du tourisme afin de redonner vie à un tourisme en crise totale. De 4.000 à 5.000 pèlerins du temps du président Ben Ali, la fréquentation de la Ghriba ces dernières années n’a pas dépassé 300 touristes juifs. L’explication est simple ; depuis la révolution du jasmin de 2011, les Islamistes sont entrés en force au gouvernement pour impulser leur credo et surtout leur sentiment anti-israélien, voire antisémite.

Le ministre veut relancer le tourisme dans l’île mais les Juifs israéliens, même s’ils sont originaires de Tunisie, ne peuvent pas retourner dans leur pays natal s’ils ne disposent pas d’un autre passeport que le bleu. Leur passeport tunisien datant du protectorat, s'ils le retrouvent, n'est plus valide. C’est une lacune que le gouvernement tunisien n’arrive pas à combler sans attirer la colère des militants islamistes irréductibles.
Les années précédentes, le gouvernement surfait sur l'image de la Ghriba en invitant de nombreux journalistes juifs pour «meubler» par leur présence les manifestations officielles ; mais ces derniers ont vite compris qu’ils n’étaient que des alibis, des faire-valoir. René Trabelsi doit impérativement inverser la courbe du nombre de touristes juifs car ils sont le symbole d’une collaboration judéo-tunisienne retrouvée. Son échec mettra définitivement un terme à cette tradition de pèlerinage qui, avec le temps, s’est déplacée à Méron en Israël, en Haute-Galilée précisément, qui abrite les tombes de Rabbi Shimon bar Yohaï et de son fils, Rabbi Eléazar bar Rabbi Shimon, qui sont vénérés à Djerba.

Pèlerinage à Meron

  René Trabelsi voudrait profiter du fait que cette année le pèlerinage de la Ghriba coïncide avec le mois saint de ramadan célébré par la communauté musulmane. Il compte sur ce hasard du calendrier et sur quelques personnalités politiques internationales invitées, dont on ignore encore les noms, pour «muscler» l’assistance officielle. Il vise aussi les Allemands, les Français et les Britanniques qui ont déserté en masse les plages de Tunisie depuis les attentats qui ont touché des touristes. Il tient à prouver que sa démarche est apolitique en précisant qu’il n’a la carte d’aucun parti politique et que sa mission doit uniquement servir les intérêts de la Tunisie.


En fait sa démarche est à sens unique puisqu’il doit éviter tout ce qui touche à Israël tout en faisant les beaux yeux aux Palestiniens, ce qui n'est pas un gage de neutralité. Or un poste ministériel est un poste politique par excellence. D’ailleurs sa nomination a alimenté la polémique car il est accusé de sionisme pour éviter en fait de l'attaquer de front sur la réalité de son judaïsme; alors, il a été jugé sur ses compétences.  
Mehdi Rebaï

Mehdi Rebaï, membre de Afek Tounes, parti politique tunisien de tendance social-libérale, représentant la jeune garde qui n'a jamais connu la présence des Juifs en Tunisie, l’a incendié : «Aujourd’hui nous sommes fiers d’accueillir un nouveau ministre qui ne sait ni lire ni écrire ni en arabe ni en français et encore moins en anglais dans l’un des secteurs les plus importants. Nous sommes fiers d’avoir un ministre non-résident dans notre propre pays»
Peintre tunisien Maurice Bismouth (rabbins de Djerba)

Il est vrai que la nomination d’un Juif au gouvernement ne s’imposait pas car la communauté juive a été réduite à la portion congrue de 1.200 âmes alors qu’elle comptait 110.000 Juifs à la veille de l’indépendance. La moitié a rejoint Israël en trois vagues, l‘autre la France et d’autres pays étrangers. Malgré cela, les Israéliens originaires de Tunisie ont gardé leur sentiment tunisien ancré en eux, la langue et bien sûr les traditions. Mais pour le gouvernement tunisien, ils sont devenus des parias parce qu’ils ont choisi de vivre dans un pays «ennemi». 
On ignore si la nomination de Trabelsi est un alibi pour rassurer les touristes sur l’absence de danger des islamistes en Tunisie. Mais tout est bon pour tenter de le discréditer puisque certains l’accusent de disposer de la nationalité israélienne, d’avoir visité Israël et d’y avoir des intérêts personnels comme s’il s’agit d’un crime inavouable, ce que Trabelsi dément.



Sa nomination restera un gadget pour rassurer l’Occident. Mais quoi qu’il dise, quoi qu’il fasse, sa judéité restera au centre des controverses car, dans les pays arabes, être juif est synonyme d’israélien. C’est pourquoi le ministre doit toujours répondre à cet amalgame en termes clairs : «Je ne suis pas nommé ministre pour la normalisation avec Israël». Mais il aura du mal à rester hors de la politique et hors de la question d’Israël : «Vous savez, le ministère du tourisme n’est pas un ministère à teneur politique. C’est un ministère de technocrates». Il ne pourra jamais se mouiller pour Israël comme le fait le gouvernement marocain qui accueille librement sur son sol des milliers israéliens, touristes et hommes d’affaires,
René Trabelsi ne laisse pas indifférent et l’on peut même dire qu’il a du courage de côtoyer ses détracteurs tunisiens qui lui reprochent d’être tout simplement juif. Mais sa mission est impossible. Le judaïsme mondial a des liens privilégiés avec Israël et vouloir empêcher Trabelsi de les maintenir, voire de les consolider, dénote une méconnaissance du monde juif en général.
Il sait qu’il doit réussir, d’abord pour sa crédibilité et ensuite parce qu’il est sur un siège éjectable. À l’automne 2019, après les législatives, un nouveau gouvernement sera désigné et en cas d’échec, René Trabelsi risque de ne pas être reconduit à son poste. Dans ce cas la rupture sera totale entre la Tunisie et ses anciens nationaux. Ce sera surtout la victoire des Islamistes qui prouvent qu'ils sont les véritables maîtres en Tunisie.



2 commentaires:

bliahphilippe a dit…

Ce n'est pas à vous, Monsieur, d'aviser si promptement aux moyens de sauver des fers (de la ruine islamiste) un fils (qui vous rejette mais) que vous aimez avec tant de tendresse.
GÉRONTE : "Que diable allait-il faire dans cette galère ?"
En souvenir des fourberies de Scapin revues et corrigées sur le modéle des "dévoyements du Larbin".

Unknown a dit…

Je le trouve courageux. Il a accepté un défi. Beaucoup d'entre nous dans le conteste politique de la Tunisie aura refusé. Premièrement pour des raisons sécuritaires personnelles, maintenant sur tente rien ne fait rien. Tous les tunisiens ne sont pas des frères musulmans .la présence de mr Trabelsi, est de nature à rassurer la communauté française née en Tunisie qui ces dernières années avaient changé de cap pour leurs vacances. Si sa modeste contribution peut faire évoluer les choses entre l'Occident et le moyen orient (israël+ Liban) alors il pourra dire qu'il a fait le Job