Après l’affichage du premier article, le chargement des nombreuses images des articles suivants nécessite environ une minute d’attente.

LE BEST-OF DES ARTICLES LES PLUS LUS DU SITE

 

jeudi 30 mai 2019

Européennes : début d'un poker-marathon par BAZAK



EUROPÉENNES : DÉBUT D’UN POKER-MARATHON

Par BAZAK

La grande partie est engagée. On prévoyait déjà en Europe une poussée des populo-nationalistes qui auront ensemble environ 70 députés. Restera pour eux à trouver un mode d’alliance. Ce qui est loin d’être acquis quand on connaît leurs différences. La surprise vient de la très forte poussée des Verts, notamment en Allemagne où ils deviennent le deuxième parti et en France la troisième force. Ils auront près de 70 députés mais au Parlement moins de 10%.



Merkel et AKK

On pressentait une relative défaite d’Angela Merkel dont le parti régresse fortement, ce qui rendra d’autant plus difficile la relation avec la France. Annegret Kramp-Karrenbauer (AKK), qui prendra la suite de la chancelière, est maintenant partie prenante dans toutes les négociations à venir et a déjà marqué ses différences avec les propositions françaises. Au vu des résultats, l’élection européenne s’est doublée d’un vote national qui a en partie détourné le vote strictement européen. Les résultats marquent en France une débâcle de la gauche et une dégringolade de la droite conservatrice. Cependant, ne nous y trompons pas, c’est une élection proportionnelle à un tour, qui n’existe pas en France actuellement. On constate une division franche entre le vote dans les grandes villes où LREM récolte des voix, face à la France rurale où elle en perd.
Michel Barnier

En France les électeurs ont déjoué tous les sondages, une fois de plus. La participation a été de près de 10% plus élevée que prévue ! Il n’en reste pas moins que 50% des inscrits se sont abstenus. Renaissance (LREM) bien que très faiblement derrière la RN, déçoit. Michel Barnier qui vote LR soutient le président Macron mais n’a pas officiellement fait acte de candidature. Il est le candidat officieux du PPE dont il est le vice-président ; il a été le négociateur du Brexit et reste le candidat préféré de la France. Nathalie LOISEAU a fait une mauvaise campagne et n’a cessé d’évoquer la création d’un groupe qui n’existe pas encore. On comprend qu’il s’agit d’une alliance avec ALDE, où la force de LREM avec moins de 25 députés sera loin d’être probante dans une alliance qui pourrait comprendre une centaine de députés.
Le PPE et les sociaux démocrates restent néanmoins majoritaires. En conséquence, le président Macron, qui a voulu imposer une élection nationale dans le scrutin européen, sort affaibli et aura beaucoup de mal à imposer le candidat français face aux allemands, sauf si Michel Barnier devient le choix d’un compromis car son expérience et sa crédibilité ne sont plus à démontrer. Le premier round aura lieu lors du dîner cette semaine des chefs d’État à Bruxelles. Les suivants se poursuivront jusqu’au début juillet, selon le calendrier prévu pour les nominations les plus importantes. Rien n’est encore joué car les groupes doivent se constituer en fonction des affinités et des dures réalités issues des résultats. Certains devront se faire violence pour adhérer à un groupe, même si toutes les conditions ne sont pas réunies, à défaut ils seront des électrons libres.
Plus les groupes seront importants, plus ils obtiendront de postes, Il y a 20 commissions et donc autant de postes à pourvoir. Chaque commission est composée de 25 à 73 députés.  On peut déjà s’inquiéter sur le rôle des députés anglais élus sous l’étiquette Brexit de Nigel Farag, bien qu’à terme ils devront quitter le parlement. Se poseront ensuite les choix très politiques du président de la commission, celui du président de la BCE, celui du conseil et des commissaires. Ce sont autant de désignations qui trouveront leur réponse dans les rapports de force entre pays et groupes.
C’est une opération hautement politique qui aurait pu être tranchée au niveau du Conseil européen, mais l’absence d’accord a retardé le processus. La défaite du parti socialiste allemand met fin à la domination historique des deux blocs gauche-droite qui géraient ensemble le parlement et les décisions.  Désormais on se dirige vers des majorités thématiques, en l’absence de blocs dominants. Ce seront donc des alliances de circonstances. On passe d’une gestion bipolaire à une gestion multipolaire. Ce qui rendra la prise de décision difficile et lente.
Manfred WEBER

Officiellement six candidats se sont déclarés pour le fauteuil de président de la commission. Le combat en coulisses sera d’autant plus féroce, qu’on a bien compris que le tandem franco-allemand ne roule pas à la même vitesse, ni avec les mêmes objectifs.  Il y aura forcément des alliances et une relative perte d’efficacité. C’est de mauvais augure dans le contexte des défis qui s’annoncent à cette nouvelle UE en mal de reformes indispensables pour poursuivre son évolution dans de bonnes conditions. Trois candidats émergent :
Manfred Weber, allemand, 46 ans, Vice-président de la CSU, candidat du PPE est le candidat favori, sauf s’il y a des manœuvres de dernière minute en coulisses pour neutraliser le système des candidats-chefs de file. Ce serait le premier Allemand après Walter Hallstein (1958/67). Il lui faudra une large coalition dans tous les cas, qu’il est prêt à réunir.
Frans Timmermans

Frans Timmermans, hollandais, 58 ans, social démocrate polyglotte (cinq langues de l’UE et le Russe). Il a déjà été ministre des AE, Vice-président de la commission depuis 2014. Européen convaincu, son électorat est en perte de vitesse. Il obtiendra difficilement une majorité pour être élu.
Margrethe Vestager, 51 ans, danoise, a occupé des postes ministériels dans son pays. Depuis 2014 elle est commissaire européenne. Elle est membre de l’alliance libérale et démocrate pour l’Europe (ALDE) qui doit s’allier à LREM pour constituer un groupe. Elle peut devenir présidente de la commission, si les autres candidats n’obtiennent pas de majorité et si les chefs d’État décident de traiter le choix «entre eux». 
Margrethe Vestager

L’ALDE refuse le principe du choix automatique des têtes de liste. On sait que le président Macron verrait bien Michel Barnier comme candidat de compromis entre les factions. Les pays du Benelux soutiennent cette candidate. C’est encore un sujet de discorde entre la France et l’Allemagne, laquelle préférera Manfred Weber voire Frans Timmerans, si un problème de majorité se pose. Aucun des autres candidats n’a de chance compte tenu de la répartition finale des groupes.
En conclusion, malgré 50% d’abstention, la majorité qui émergera devra prendre toute la mesure des enjeux et des risques qui attendent l’Europe. Le temps est venu d’agir en conscience et en responsabilité pour les générations de demain et les citoyens d’aujourd’hui.

1 commentaire:

Marianne ARNAUD a dit…


Merci, monsieur Bazak, de nous parler des enjeux des résultats de ces élections européennes à Bruxelles où, à ce que je comprends, le président Macron aura bien du mal à tirer son épingle du jeu, face aux Allemands !

Il est vrai qu'en France aucun des partis en lice n'a parlé Europe, préférant transformer cette élection en élection nationale avec le succès que l'on sait.

Dans les grands partis seul le RN s'est affiché ouvertement souverainiste. Mais au fond, qu'elle importance puisqu'ici, l'UE tout le monde s'en fout ? Sauf bien sûr les heureux députés européens qui, nous dit-on, sont grassement payés !

Cordialement.