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mercredi 15 mai 2019

Elections européennes : recomposition ou décomposition ? par BAZAK




ÉLECTIONS EUROPÉENNES : RECOMPOSITION OU DÉCOMPOSITION ?

Par BAZAK


A mesure que la date approche, le ton et la pression montent. De fait, le débat est déjà détourné depuis plusieurs semaines, pour devenir, chez certains, un débat national sans réel enjeu européen. Faute de mieux, on en est réduit à opposer nationalisme à patriotisme, identité à souveraineté, alors que le véritable sujet, l’intégration européenne est mise entre parenthèses. On assiste à un rejet des partis traditionnels, pendant que les partis extrémistes sont très actifs. Les citoyens sont fatigués de ces confrontations, de ces élections dans lesquelles ils ne se retrouvent pas.

Les populistes européens le Tchèque Tomio Okamura (SPD), Marine Le Pen (RN) et le Néerlandais Geert Wilders (PVV)

Cela étant, il semble néanmoins qu’une majorité d’électeurs européens participeront, de l’ordre de 65 à 70%, pourcentage qui pourrait même atteindre près de 75% en Allemagne. Tandis qu’en France, on spécule sur une abstention qui se situerait au delà de 50%. Ce qui constituera sans contestation la trente-quatrième liste après les 34 déjà connues. C’est elle qui aura le plus grand nombre de votants sur 47 millions d’électeurs inscrits. Au plan de l’exercice de la démocratie, c’est un désastre et un désaveu de la politique et de ses acteurs.
S’ajoute maintenant, en France, le problème de la privatisation de l’aéroport de Roissy, au moment de la campagne. On doit légitiment se poser la question, si les politiques réfléchissent avant d’agit ? Sans doute a t-on oublié Maastricht, avec le vote négatif, remplacé deux ans plus tard par le trop fameux traité de Lisbonne, quand c’est non c’est oui. Puis le referendum d’initiative citoyenne sur la création de l’aéroport de Nantes, quand c’est oui (le peuple a parlé), c’est non. 
Nous avons parfois la mémoire courte. Alors évoquer la victoire lorsqu’on atteint 22% de la moitié (ou moins) des électeurs, soit de l’ordre de 5 millions de voix sur 47 millions d’inscrits, ressemble plutôt à une défaite de la démocratie. Disposer de 34 listes avec tout l’éventail politique, ne pas y trouver un choix, donne à réfléchir sur le bon fonctionnement de notre démocratie et notre attitude face aux défis qui nous attendent.
Le rejet, la fatigue politique exprimée par les électeurs du centre renforce les eurosceptiques et les populistes de droite. Dans ce contexte, l’importance de la participation sera un facteur décisif pour le futur de l’Europe.
L’enjeu au parlement européen, c’est de pouvoir constituer une majorité opérationnelle. C’est donc une condition sine qua non, mais pas suffisante pour le fonctionnement de l’institution.  Du coté des eurosceptiques et des euro-populistes, on constate un consensus sur leur scepticisme commun, mais qu’au delà les différences existent. Ce qui impliquera la création d’une grande coalition au sein du parlement, faute de quoi, rien ne pourra se faire.
On peut en arriver à ce premier paradoxe qu’il est souhaitable que les eurosceptiques alliés aux nationaux populistes, soient suffisamment forts pour contraindre les partis centristes et de droite à s’unir pour pouvoir gouverner. A défaut d’une coalition large entre les partis centristes et de droite, le fonctionnement serait bloqué, au mieux condamné à l’inaction ce qui constituerait un très grave revers pour toute l’Europe, au moment où elle est confrontée à de très grands défis au plan mondial et européen, pays par pays, face à la fin du multilatéralisme pilier de la doctrine Trump.
De nombreux citoyens ne votent plus pour un parti, mais plus souvent contre un parti. Seule une minorité, moins de 10% votent en fonction du parti de leur choix. En revanche un électeur sur deux rejette le vote pour un parti, ce qui pose un réel problème démocratique.
Un second paradoxe est le fait que la majorité des électeurs rejettent les partis extrémistes, plus de 50%, alors que ces derniers représentent le pourcentage le plus élevé de votants en fonction de ces partis (plus de 10%) Ils ont démontré en relativement peu de temps, leur capacité à créer une base électorale stable.
Un troisième paradoxe : Se pose également la question du leadership européen. On peut faire des déclarations ambitieuses, pour autant, sans avoir résolu ses problèmes intérieurs, aucun pays membre n’acceptera le leadership d’un dirigeant contesté dans son pays et dont la légitimité, la pertinence et l’efficacité ne seront pas démontrées. Pour être incontournable, il faut être incontestable. Est ce le cas ?
On comprend également que déçus par une représentation médiocre et peu responsable, les électeurs s’en détournent pour devenir réceptifs aux propositions des partis extrémistes. Nos responsables politiques devraient saisir cette chance, offerte par l’élection, d’établir un autre type de rapport avec les citoyens. Le temps est révolu où les responsables politiques pouvaient agir sans obtenir l’appui des électeurs, en considérant que leur arrivée au pouvoir justifiait des décisions irresponsables voire l’absence totale de prise en compte des citoyens, arguant que leur élection légitimait ce comportement pendant toute la durée de leur mandat. Ce constat s’aggrave encore, lorsqu’il s’agit de responsables non élus !
De nombreux hommes politiques évoquent une élection de la «dernière chance» pendant qu’une majorité de citoyens veulent convertir leur participation en vote protestataire. Les partis extrémistes se sont montrés jusque là les plus actifs dans la campagne, qui a démarré non sans mal. De ce fait, les enjeux sont certes évoqués mais pas suffisamment, pour mobiliser une forte majorité de votants. On n’ose pas exposer clairement le tournant auquel l’Europe est confrontée. On le voit bien lorsqu’il s’agit de décisions fiscales, économiques, militaires dont le dernier avatar est la vente de matériels militaires à l’Arabie Saoudite. La France a obtenu «l’assurance que les canons livrés ne seraient pas utilisés contre des civils». Comme le rappelait feu Charles Pasqua «les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent» pendant que l’Allemagne a décidé un moratoire. Ce qui en dit long sur la convergence de vue entre les deux pays.
le premier ministre Giuseppe Conte avec Xi jinpig

Et pendant ce temps Mr Salvini signe un accord séparément avec la Chine. Sur le problème du nucléaire iranien, il en va de même, on gesticule, on proteste, on publie des communiqués mais quoi d’autre ? Avec Trump, l’Europe ne fera rien, mais sans lui l’Europe, en l’état, ne peut rien faire. La Syrie où l’Europe est inexistante. C’est la Russie qui y mène jeu mais l’Europe la sanctionne, elle n’en a que faire. On attend avec impatience l’issue du Brexit pour en finir avec ce dossier qui pollue l’Europe depuis des mois.
Nous sommes à la croisée des chemins. Si, ni les citoyens ni les politiques qui nous gouvernent ne sont capables de faire parler la raison plutôt que la passion, les ambitions ou la colère,  aveuglés par des promesses et des mirages de toutes sortes, alors nous européens, nous avons du souci à nous faire.


1 commentaire:

Gabriel Alejandro ETINZONinzon a dit…

La France est dans son meilleur état depuis 20 ans, et ça ne plaît pas a beaucoup de monde......surtout aux extrémistes et partisans des fake news.