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dimanche 14 avril 2019

Sommet de la Ligue Arabe par Zvi MAZEL



SOMMET DE LA LIGUE ARABE : NOMBREUX ABSENTS ET MAIGRES RÉSULTATS

Par Zvi MAZEL
Ancien Ambassadeur d'Israël


Palais des Congrès de Tunis

Sur les 22 membres de la Ligue Arabe, seulement 13 ont fait le déplacement pour le sommet annuel de l’organisation qui s’est tenu à Tunis le 30 mars.  Le président soudanais Omar al Bashir et le président algérien Abdel Aziz Bouteflika, confrontés à des soulèvements populaires, brillaient par leur absence. Le monarque saoudien Salman et le président égyptien Sissi étaient là pour donner un peu de lustre à une réunion plutôt terne dominée par les conflits du monde arabe.



 En principe, tous les pays arabes sont membres de la Ligue, créée en 1945 par les Anglais pour perpétuer leur contrôle sous couvert de les aider à développer leur économie. Aujourd’hui l’Angleterre a perdu son influence ; les pays arabes n’ont pas pris le chemin de la démocratie et ont sombré dans des régimes militaires et des guerres fratricides. Ils n’ont pas cherché à affronter ensemble leurs problèmes ou même à entreprendre une indispensable collaboration économique.
L’union à laquelle ils aspiraient ne s’est jamais matérialisée et s’est désintégrée davantage encore sous l’effet du «printemps arabe» de 2011 qui a abouti à des guerres civiles en Syrie, en Libye et au Yémen et à un retour à un régime militaire en Egypte. La rencontre annuelle des chefs d’État a perdu petit à petit de son importance, pour devenir tout simplement l’occasion de discrets échanges de vue relevés de temps en temps par des esclandres – ainsi en 2009 le roi Abdallah d’Arabie saoudite et le président libyen Mohammad Kadhafi s’étaient copieusement insultés.
Ces sommets s’achèvent toujours par un communiqué commun sur les questions du jour, en général des compromis savamment dosés pour n’offenser personne et ne comprenant aucune directive opérative. Le fait que le président Trump se soit permis de publier sa décision de reconnaître la souveraineté israélienne sur le Golan quelques jours à peine avant le sommet montre le peu de cas qu’il fait de la réunion des chefs d’État arabes. 

Cette fois encore à Tunis, ces derniers ont bien montré qu’ils se préoccupaient davantage de leurs intérêts nationaux que de l’unité du groupe ou le traitement des problèmes urgents. L’émir du Qatar, en conflit avec l’Egypte et l’Arabie saoudite, a créé la surprise en venant, mais est reparti sans prononcer son discours à la session inaugurale, s’étant senti insulté par les propos du Secrétaire général de la Ligue qui avait condamné explicitement l’intervention de la Turquie et de l’Iran dans les pays arabes ainsi que les tentatives turques pour établir une zone tampon en Syrie le long de la frontière. A la différence de la plupart des autres pays de la région, l’émir est un proche allié de la Turquie et entretient d’excellentes relations avec l’Iran.
Quant au souverain saoudien, il est sorti de la salle avant l’intervention du secrétaire général de l’ONU Antonio Gutierrez et de la ministre des affaires étrangères de l’Union européenne Federica Mogherini qui s’apprêtaient tous deux à souligner la responsabilité de son royaume et des Emirats arabes dans la crise humanitaire au Yémen.
Le sommet n’a duré que quelques heures et la plupart des chefs d’État, qui craignaient qu’une crise domestique soudaine les empêche de venir et qui avaient attendu le matin pour se rendre à Tunis, sont repartis sans délai.  Le roi Salman, qui était aussi conscient de ce risque, avait pourtant choisi d’arriver deux jours plus tôt dans la capitale tunisienne pour une visite officielle, profitant de l’occasion pour passer en revue l’agenda du sommet avec le président tunisien afin de s’assurer que les intérêts de son pays ne seraient pas touchés. Il aurait également contribué à «persuader» le président égyptien, qui hésitait à venir de crainte de devoir affronter des manifestations organisées contre lui par des organisations de défense de droits de l’homme. 

Al Sissi reçu par Caïd Essebsi

Abdel Fattah el Sissi s’est laissé convaincre et a évoqué dans son intervention la nécessité de s’unir dans le combat contre le terrorisme.  Le roi du Maroc, en conflit ouvert avec l’Arabie saoudite, qui lui reproche d’avoir quitté la coalition qu’elle dirige contre le Yémen, a choisi de rester chez lui, d’autant que Riyadh avait condamné publiquement le Maroc dans l’affaire du Sahara Occidental.
A noter qu’aucun des sujets ci-dessus n’a été évoqué lors du sommet ; le différend opposant le Qatar et l’Arabie saoudite n’était pas à l’ordre du jour. Il en était de même de la question de la réadmission de la Syrie dont l’appartenance à la Ligue avait été suspendue du fait de la guerre civile et dont la place est restée vide.
Le communiqué final ne comptait pourtant pas moins de 19 articles. Il y avait tout d’abord une condamnation de tous les péchés d’Israël ainsi que des remontrances aux États-Unis dont la reconnaissance de la souveraineté israélienne sur le Golan a été vigoureusement condamnée et déclarée nulle et non avenue. La centralité de la question palestinienne pour les pays arabes a été réitérée avec force comme la nécessité de parvenir à une paix régionale sur la base de l’initiative saoudienne et arabe, présentée comme un objectif stratégique, avec la création d’un État palestinien dans les frontières de 1967 avec Jérusalem-est comme capitale. 
Les mesures prises par Israël en Cisjordanie étaient déclarées elles-aussi nulles et non avenues, un accent spécial étant mis sur les tentatives de «judaïser» la partie orientale de Jérusalem et de dénier son identité arabe – citant les incidents intervenus sur l’Esplanade du Temple et les heurts à la Porte de la Miséricorde. La décision américaine de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël a été une nouvelle fois condamnée.  Ces longs développements sur la question palestinienne avaient sans doute pour but de contrer les thèses avancées en Israël et en Occident selon lesquelles elle aurait perdu de son importance dans le monde arabe, les soulèvements de 2011 ayant contraint les dirigeants arabes à se concentrer sur leurs propres problèmes.
Le second sujet était l’Iran, montré du doigt pour ses dangereuses interventions dans les affaires intérieures des pays arabes ; Téhéran était accusé d’inciter les Chiites contre les musulmans sunnites et d’armer des milices, en fait des organisations terroristes, dans plusieurs pays arabes. Des activités contraires aux principes de bon voisinage et au droit international et le communiqué somme l’Iran de retirer ses milices. Les tirs de missiles de fabrication iranienne contre l’Arabie saoudite ont fait l’objet d’une condamnation spéciale (il s’agissait de missiles tirés par les Houthis).

Autres sujets évoqués : les trois îles du Golfe appartenant aux Emirats dont s’est emparé l’Iran ; la nécessité de trouver une solution en Syrie et en Libye ; l’importance de préserver l’intégrité territoriale de l’Irak alors que la Turquie a occupé une partie du nord du pays. Il était question aussi de l’intégrité du Liban, à l’heure où Israël occupe toujours les fermes de Chebaa. Enfin la situation catastrophique de la Somalie était mentionnée.
Le communiqué insiste sur le fait que l’islam est une religion de paix qui ne devrait pas être associée au terrorisme. La coopération économique entre les pays, qui occupait une place importante dans les sommets précédents, n’a eu droit qu’à une courte mention sans aucun effort pour adresser cette question essentielle. En clair, le communiqué final n’est rien d’autre qu’un bref catalogue de quelques-uns des problèmes confrontant le monde arabe sans le moindre effort pour y remédier.

On reste perplexe devant la sévérité des condamnations de l’Etat hébreu et la place accordée à la question palestinienne alors qu’Israël entretient des relations à des niveaux divers avec la plupart des pays arabes : traités de paix avec l’Egypte et la Jordanie, excellentes relations sécuritaires avec l’Arabie saoudite et les Emirats ; visites de délégations sportives et de ministres à Abou Dhabi ; visite du premier ministre israélien à Oman à l’invitation du sultan ; liens touristiques avec le Maroc et la Tunisie. Le temps n’est-il pas venu de procéder à une nouvelle évaluation des rapports entre Israël et les pays arabes.  Le ministre des affaires étrangères des Emirats a bien soulevé cette question lors d’une interview à l’Agence de Nouvelles du Golfe quelques jours avant le sommet, mais personne n’a relevé le défi.
Les uns et les autres se sont empressés de rentrer chez eux dès la clôture du sommet. La presse arabe a mentionné l’événement le jour même - le lendemain il n’en était déjà plus question. Comme s’il n’avait pas eu lieu. Les augustes participants n’ont pas même réussi à fixer une date et un lieu pour leur prochain sommet annuel.

1 commentaire:

Michael BOUTBOUL a dit…

Quel plaisir de lire des articles pareils. Merci monsieur Mazel, vous nous éclairez parfaitement. Les autres sites Francophones manquent d'articles de qualité.