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mercredi 24 avril 2019

Quel avenir pour l'Egypte ? par Dov ZERAH



QUEL AVENIR POUR L’ÉGYPTE ?

Le point économique de  Dov ZERAH


Révolution place Tahrir
    Il y a une semaine, je vous ai parlé des «printemps arabes» qui ont commencé fin 2010 en Tunisie. Puis, il y a eu l’Égypte, la Syrie, le Yémen, Bahreïn, la Libye, l’Algérie et dernièrement le Soudan. A peine le président tunisien parti, le mouvement s’est propagé en Égypte. S’il a fallu 28 jours (10 décembre 2010-14 janvier 2011) pour que Ben Ali quitte son pays pour l’Arabie saoudite, seulement 17 jours (25 janvier 2011-11 février 2011) ont suffi pour écarter Hosni Moubarak.


Tantawi et Morsi

    En tant que chef d’État-major des armées, le maréchal Mohamed Hussein Tantawi a assuré l’intérim de la présidence de la République pendant 16 mois du 11 février 2011 au 30 juin 2012, date de l’investiture du leader des frères musulmans, Mohamed Morsi démocratiquement élu comme chef de l’État. Sa présidence n’a duré que 13 mois du 30 juin 2012 au 4 juillet 2013 ; à la suite de manifestations, plus ou moins spontanées et réclamant sa démission, l’armée arrête le président ; il est jugé et condamné à la prison à vie.
En juin 2014, le Maréchal Abdel Fattah Al Sissi gagne les élections présidentielles avec plus de 96 % des suffrages. Il est réélu avec 91 % suffrages. Mais un tel chiffre n’est pas la manifestation d’une véritable adhésion populaire car la participation s’est limitée avec un peu plus de 40 % des votants.

    Malgré un pouvoir sans partage, le Président Al Sissi a tenu à modifier la constitution pour notamment :
- Lui permettre de prétendre au pouvoir jusqu’en 2030, en attendant de devenir président à vie…
- Accentuer le pouvoir de l’exécutif sur la justice
    Pour valider ces modifications, un referendum a été organisé. Le résultat est connu d’avance. Seul le taux de participation peut constituer un indicateur politique, d’autant que tout votant s’est vu promettre des marchandises… ! Les entreprises ont mis leurs bus et cars à la disposition du gouvernement pour faire campagne pour le oui. Le printemps égyptien est loin. Le Président Al Sissi va peut-être avoir plus de pouvoirs que le Président Moubarak ; il faut remonter à Gamal Abdel Nasser pour avoir une telle personnalisation du pouvoir… Les derniers événements algériens n’ont pas servi, et on peut se demander jusqu’à quand la légendaire résilience du fellah égyptien va perdurer.

      L’Égypte est un grand pays avec une superficie d’un peu plus d’un million de km², et une population de près de 100 millions d’habitants. C’est le 3ème pays le plus peuplé d’Afrique derrière le Nigéria et l’Éthiopie, mais le pays le plus peuplé du monde arabe. Cette importance démographique, avec son histoire, et son positionnement géographique en font un pays charnière du Proche Orient.
    Malgré une densité moyenne de 100 habitants au km², la population est concentrée sur une bande de territoire autour du Nil, large de quelques centaines de mètres à au maximum 40 km. Le reste du pays, tant dans sa partie africaine que dans la péninsule asiatique du Sinaï, est désertique. Dans la seule vallée du Nil et son delta, zone qui représente avec 53.000 km², soit 5% du territoire, la densité est de plus de 1.500 habitants au km². Le pays est ainsi confronté à une congestion géographique d’autant plus problématique que :
La population augmente chaque année de près de 2 millions d’habitants. En passant de 4 millions en 1800 à 10 en 1900, elle a été multipliée par 2,5, mais elle a été multipliée par 3,5 depuis 1950
Ce défi démographique s’accompagne d’une urbanisation accélérée, ce qui entraîne une pénurie de logements, des infrastructures insuffisantes… Le gouvernement a engagé de grands travaux avec notamment le doublement du canal de Suez et la construction d’une nouvelle capitale administrative pour décongestionner le pays. Le Caire, avec ses 20 millions d’habitants, et Alexandrie, avec ses plus de 5 millions d’habitants sont hypertrophiées.
    Au-delà de ces deux défis spécifiques, l’Égypte a, comme beaucoup d’autres pays à la démographie galopante, le problème de sa jeunesse ; les moins de 15 ans représentent le tiers de la population, et il faut assurer son employabilité.
     Les ressources récurrentes de l’Égypte sont les redevances du Canal de Suez, les transferts de la diaspora, les recettes du tourisme lorsqu’il n’est pas handicapé par un attentat terroriste ; le pays a également des gisements d’hydrocarbures, et est dernièrement redevenu exportateur avec les récentes découvertes gazières.
   Encore faut-il que la croissance économique soit suffisante pour résorber les déficits des comptes publics, à plus de 10% du PIB par an, et des comptes extérieurs, chaque année à plus de 3% du PIB.
   Après avoir connu des taux de 6-7% avant la crise de 2008, celle-ci a redémarré tout doucement malgré l’instabilité politique et les attentats terroristes, elle devrait être supérieure à 4%, voire proche de 5% pour 2019. Cela sera-t-il suffisant pour faire face aux défis et avoir un accroissement du PIB par habitant ?

   Je vous disais la semaine dernière : «Au-delà des guerres civiles, l’armée semble la principale solution, voire l’unique solution…» pour faire face aux mouvements révolutionnaires ou contestataires. L’armée égyptienne nous en fait encore la démonstration. Encore faut-il qu’elle apporte des solutions aux problèmes économiques.

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