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dimanche 28 avril 2019

Poutine et les jeunesses patriotiques poutiniennes par BAZAK



POUTINE ET LES JEUNESSES PATRIOTIQUES POUTINIENNES

Par BAZAK



Vladimir Poutine a-t-il trouvé une méthode nouvelle pour mettre la jeunesse au pas ? Quand le cynisme remplace le civisme. De prime abord le jeune Ivan M. ressemble à tous les jeunes de son âge. Il écoute de la musique, regarde les matches à la télé et ne sait pas encore ce qu’il fera plus tard. Hier il voulait devenir acteur, aujourd’hui avocat et demain sans doute encore quelqu’un d’autre. Mais à la différence des jeunes de son âge, il est capable de démonter un fusil d’assaut en 30 secondes, car il est membre de Yunarmia, l’armée des jeunes, un «mouvement patriotique militaire de la jeunesse» soutenu par le ministère russe de la défense. Est-ce que par hasard cela évoque t il des souvenirs ?



On a immédiatement eu tendance à comparer ce mouvement aux jeunesses hitlériennes, mais l’organisation s’en défend : «on ne pense pas qu’il y aura un conflit avec les États-Unis, mais nous devons être prêt». Depuis sa création par Vladimir Poutine en octobre 2015, plus de 400.000 jeunes âgés de 8 à 18 ans ont été enrôlés. Sur le site de l’organisation un compteur en temps réel indique la progression quotidienne de plusieurs douzaines de nouveaux membres. L’objectif affiché est d’atteindre 500.000 recrus d’ici le 9 mai, jour de célébration de la victoire. Les soutiens de cette armée affirment qu’il s’agit avant tout de développer leur sens patriotique et leur civisme de futurs citoyens pour améliorer la Russie de demain. Les opposants soulignent qu’il s’agit en fait d’un instrument créé par le pouvoir en place, pour susciter et conserver le contrôle de ces jeunes. Ils contestent aux militaires le droit de jouer un rôle actif dans l’éducation de la jeunesse russe.

La secrétaire exécutive de «l’Union des comités des mères de soldats russes», Valentina Grebenik, qualifie cette situation de criminelle. Elle rappelle que la militarisation des enfants est interdite par la convention du droit des enfants de l’ONU, que c’est un déni de leurs droits et une atteinte à l’intégrité des familles. Pour les dirigeants, l’unique but est «juste d’apprendre à ces enfants d’aimer le pays où ils sont nés».
Depuis que Poutine est président, une part importante de la responsabilité des fonctionnaires a été d’instiller les valeurs patriotiques russes à la jeunesse., la pression ne fait que s’accroître. Dans l’intervalle, la télévision d’Etat a lance un nouveau programme nommé Victoire, entièrement dédié à la Deuxième Guerre mondiale, diffusé 24h/24,  7jours/7, destiné à la jeunesse. En mars, Nicolaï Patrushev secrétaire du conseil de sécurité, ancien patron du FSB, a annoncé que les jeunes délinquants seraient envoyés dans des camps de rééducation militaro-patriotique.

De nombreux parents et politiciens, nostalgiques de l’ère soviétique, ont accueilli positivement ce mouvement qui leur rappelle les «pionniers de la ligue des jeunesses communistes». On vient d’annoncer la construction de centres d’accueil dans sept villes, avec  la même configuration que celle des «jeunes pionniers» de l’ère soviétique et  que l’organisation sera semblable, mais se consacrera essentiellement au développement «militaro-patriotique» : «Nous mettrons les enfants au contact de l’armée et des armes, afin qu’ils acquièrent quelques connaissances militaires».
Certains jeunes d’abord réticents à l’idée d’adhérer, nous dit on, ont ensuite changé d’avis. Ils y ont trouvé un esprit de corps, une discipline, un sens civique et un certain prestige.
Pour accélérer le recrutement, l’organisation a mis en place un système de points qui valorise les participations, les entraînements, l’endurance, les succès en compétition en vue de promouvoir des vocations chez ceux susceptibles de devenir officiers. Depuis peu, vingt universités russes allouent des points supplémentaires à ceux qui sont membres assidus de l’organisation. On peut déjà s’étonner des méthodes utilisées, mais le recrutement fait aussi appel à des moyens nettement plus coercitifs.
Dernièrement, des parents se sont officiellement plaints d’apprendre que les enseignants ont forcé leurs enfants à adhérer à l’organisation. Des enseignants qui avaient mis en cause cette méthode, ont perdu leur emploi. En janvier dernier, une circulaire qui semblait émaner du ministère de la défense, enjoignait à tous les officiers d’inscrire leurs enfants à l’organisation. Ce document précisait que dans le cas contraire leur absence serait «mal comprise et contraire au principe officiel d’éducation civique des citoyens» ; on ne s’en est pas tenu là. En juillet dernier, la médiatrice des droits des enfants, Anna Kuznetsova, s’est adressée aux orphelinats et aux établissements traitants les jeunes présentant des problèmes psychiques, afin qu’ils encouragent leurs pensionnaires à rejoindre l’organisation.
Un pédopsychiatre travaillant pour une ONG locale a fait un rapport déconseillant catégoriquement de mettre ces jeunes au contact de l’armée.il souligne également qu’à plus long terme, cette situation provoquera aussi des problèmes de comportement au sein de l’armée même. On comprend mal que l’État choisisse de dépenser sans compter dans cette organisation, plutôt que dans le système d’éducation classique. Très récemment le ministère de la défense a franchi une étape supplémentaire, il a décidé d’affecter des régiments de jeunes de l’organisation, à chaque complexe militaire.


LA MACHINE À FABRIQUER LA LOYAUTÉ

Si l’expansion a pu se faire si rapidement, c’est largement grâce à l’existence de clubs militaro-patriotiques qui existent depuis les années 1990 et qui ont été remodelés selon les nouveaux critères en vigueur. Ce développement a été particulièrement rapide dans les régions déshéritées ou à l’écart des grands centres. On y trouve généralement de grandes affiches présentant les camps militaro-patriotiques et les portraits de gradés russes issus de l’organisation, qui ont combattu en Afghanistan et en Tchétchénie. Beaucoup de familles pauvres voient l’enrôlement comme la solution à leur problème économique. Plus les villages sont pauvres, plus la proposition d’adhérer offre également du prestige. Accessoirement, il s’avère que les deux espions russes accusés de l’empoisonnement en Angleterre de l’ex-espion Sergei Skripal furent d’excellents étudiants, originaires de ces villages.
Apparemment, les citoyens semblent plus faire confiance à l’armée plutôt qu’au président Poutine. Personne ne sait comment se fera sa succession. Le ministre de la défense Shoigu se positionne dans cette perspective.  Il n’est certainement pas le seul, car les hommes au pouvoir pensent que l’après-Poutine sera une période trouble. Les instructeurs de l’organisation travaillent également dans cette optique. Chacun veut préserver son avenir. Dans la démocrature russe, l’avenir n’est pas radieux et jusqu’à maintenant Poutine n’a rien entrepris pour organiser la suite. L’inquiétude et le jeu des clans s’amplifient à mesure que le temps passe. En d’autres temps et d’autres lieux, on aurait parlé de lavage de cerveaux, mais manifestement les temps changent !
A suivre…


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