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samedi 20 avril 2019

Les militaires et les printemps arabes par Dov ZERAH



LES MILITAIRES ET LES PRINTEMPS ARABES

Le point de  Dov ZERAH



Voilà huit ans que les peuples arabes se sont soulevés contre les dictateurs qui dirigent leurs pays depuis des décennies. Cela a commencé avec la Tunisie, puis, il y a eu l’Égypte, la Syrie, le Yémen, Bahreïn, la Libye, l’Algérie et dernièrement le Soudan.
Les Tunisiens ont obtenu le départ de Zine El-Abidine Ben Ali après 24 ans de pouvoir. Le pays a voté une nouvelle Constitution, a connu des élections présidentielles et législatives libres et transparentes. Néanmoins, il a du mal à trouver un nouvel équilibre susceptible de promouvoir un nouveau modèle économico-social et à enrayer la lente détérioration de l’économie.



Ben Ali et sa femme Trabelsi

 A peine le président tunisien parti, le mouvement s’est propagé en Égypte et en Syrie. S’il a fallu 28 jours (10 décembre 2010-14 janvier 2011) pour que Ben Ali quitte son pays pour l’Arabie saoudite, seulement 17 jours (25 janvier 2011-11 février 2011) ont suffi pour écarter Hosni Moubarak. Après un intérim assuré par le Maréchal Mohamed Hussein Tantawy pendant 16 mois (11 février 2011-30 juin 2012), le leader des Frères musulmans, Mohamed Morsi a été démocratiquement élu. Sa présidence n’a duré que 13 mois (30 juin 2012-4 juillet 2013), et le Maréchal Abdel Fattah Al Sissi a pris le pouvoir, avant de devenir Président le 8 juin 2014.
  En Syrie, le Président Bassar El-Assad a pris la succession de son père, en juillet 2000, et s’est accroché au pouvoir au point de ne pas hésiter à gazer son peuple. Après 8 ans de guerre civile, le clan alaouite a réussi à assurer sa survie, grâce à des interventions directes de la Russie, de l’Iran et du Hezbollah, même s’il n’a pas réussi à reprendre le contrôle de tout le territoire.
Le Yémen, comme la Syrie est également plongé dans une guerre civile qui n’en finit pas.
Après un mouvement insurrectionnel qui a démarré en février 2011, la Libye n’a toujours pas stabilisé sa situation, et le pouvoir est partagé entre plusieurs groupes. Depuis le 4 avril dernier, la situation semble évoluer avec l’offensive du Maréchal Haftar pour prendre la capitale Tripoli.
Haftar et Al-Sissi

   En ce qui concerne l’Algérie, l’armée essaie de reprendre la situation en mains. Cela s’est manifesté par :
- La déclaration du chef d’État-major également vice-ministre de la défense, le général Ahmed Gaïd Salah, 79 ans, demandant au Conseil constitutionnel d’appliquer l’article 102 de la Constitution, et de déclarer le Président inapte à gouverner le pays. Le général n’a pas une telle compétence qui appartient au seul Conseil constitutionnel. Aucune personne extérieure ne peut donner au Conseil constitutionnel d’ordre ou même de suggestion, à plus forte raison du chef d’état-major des Armées.
- Le président Abdelaziz Bouteflika a démissionné le 2 avril. L’armée a immédiatement réalisé une profonde réorganisation des services sécuritaires avec plusieurs démissions, notamment du coordinateur des services de sécurité, le général-major Athman Tartag, et du responsable de la sécurité extérieure, le général-major Ali Bendaoud, ou encore la mutation du frère du major-général à la retraite, Ali Ghediri qui s’est porté candidat aux prochaines élections.
- Il y a moins d’une semaine, le chef d’État-major a assuré que les prochaines élections programmées pour le 4 juillet se dérouleront dans des conditions de totale transparence, et n’a pas hésité à demander aux Algériens d’arrêter de manifester.
  Mais la rue algérienne ne semble pas désarmer et se satisfaire de cette situation. La situation algérienne est loin d’être stabilisée.
Omar Al_Bachir

 Dernier venu dans cette liste de tentatives démocratiques, le Soudan a connu la semaine dernière un coup d’État militaire. La contestation populaire a réussi à faire partir Omar El-Bachir après trente ans de pourvoir. Les militaires ont promis de rendre rapidement le pouvoir ; mais, comme en Algérie, la colère populaire ne s’est pas apaisée.
     Sur les 21 États arabes, y compris les Comores, Djibouti et la Somalie, huit ont connu ou connaissent des mouvements révolutionnaires ou contestataires.
       Au-delà des guerres civiles, l’armée semble la principale solution, voire l’unique solution, comme dans les années cinquante sous couvert d’idéaux socialistes en son temps. Mais lorsque l’armée n’a pas le pouvoir de l’armée algérienne ou égyptienne comme en Tunisie, les islamistes radicaux cherchent à en profiter et à transformer ce pays en refuge de djihadistes retournant de Syrie.
     Entre sécularisation et islamisme radical, le monde arabe a du mal à trouver sa voie, et s’en remet à l’armée. Malgré ses énormes richesses, il n’arrive pas à assurer la liberté, le bien-être de ses populations et l’employabilité de sa jeunesse.

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