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jeudi 2 mai 2019

La victoire à la Pyrrhus de Nétanyahou



LA VICTOIRE À LA PYRRHUS DE NETANYAHOU

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps



          On peut qualifier la victoire de Netanyahou à «la Pyrrhus» car il est arrivé au résultat escompté en passant par de nombreux obstacles mais la finalité est imprévisible tant il a les mains liées. De leur côté, Benny Gantz et ses amis sont considérés comme ayant subi une grande défaite. Tous les hommes politiques voudraient bien avoir une défaite comme celle-là; l'expression échec ne convient pas au résultat des trois généraux aux élections du 9 avril 2019. Ils ont obtenu rigoureusement le même nombre de sièges, après seulement trois mois de campagne électorale face à un Likoud installé au pouvoir depuis 12 ans. 




Pour beaucoup, c’est un haut fait d’armes qui mérite le respect. La situation est autrement plus positive que celle qu’ont connu les Travaillistes quand, le 17 mars 2015, ils ont été distancés de 6 sièges par Benjamin Netanyahou, 30 contre 24. En revanche, s’il y a certes échec, c’est celui de la gauche toute entière, laminée, qui n’a pas pu atteindre le niveau suffisant qui lui aurait permis de soutenir une coalition Bleu-Blanc. On peut longuement débattre sur les causes de l’écroulement du parti travailliste dont le leader a fait illusion parce qu’il était dès le départ une erreur de casting après ses zigzags à travers les partis Likoud, Koulanou et enfin Avoda. 
Netanyahou et Gantz peuvent parler d’égal à égal, sans que Gantz ne soit mis en situation d’infériorité. Il est vrai que les généraux n'ont pas pu inverser la fuite en avant des électeurs. Le pays s’est radicalisé à droite, la mauvaise droite, non pas nationaliste, mais la droite hargneuse, raciste et intransigeante qui, avec quelques députés, va maintenant dicter sa loi. 

C’est le mauvais côté du système électoral à la proportionnelle qui impose un lego compliqué pour construire une coalition bancale. Cela donne l’impression que Netanyahou n’a pas gagné tant il va mettre du temps à organiser sa coalition pour laquelle il va se mettre tout petit face à Bezalel Smotrich et son extrémisme, à Yaakov Litzman et son anachronisme, à Arie Dehry et ses manipulations financières douteuses. Ils vont obtenir des ministères régaliens alors qu’ils n’en ont pas la compétence. Ils vont imposer plus de religion à un pays profondément laïc. Avec leurs exigences, ils vont éloigner toutes les chancelleries occidentales de la diplomatie israélienne. Seuls les États-Unis et les dictatures de l’Est viendront au secours d’un gouvernement hétéroclite.

Les stratèges du Likoud, et Netanyahou en tête, ont tendu un piège dans lequel tous les naïfs ont mordu. Ils ont affirmé, la main sur le cœur, que les trois généraux étaient des incapables. Et pourtant, malgré leur «incompétence», ils ont tenu l’avenir sécuritaire du pays entre leurs mains pendant douze années au moins, après avoir organisé des dizaines de milliers de soldats et des centaines de milliers de réservistes, après avoir géré les milliards de dollars de la défense et après avoir reconstitué la dissuasion d’une armée qui avait douté après la guerre du Liban. Mais le Likoud a réussi à insuffler la peur de généraux qui n’ont jamais démérité sur le front.
Les généraux et les patriotes!

Si Netanyahou a été désigné par le président de l’État, il lui sera difficile de réaliser son programme politique en étant l’otage des groupuscules extrémistes. Le Likoud sera ramené à un parti de seconde division aux ordres de quelques illuminés qui profitent de la situation. Les élections n’ont rien résolu car le doute sur l’avenir subsiste et la rupture entre les deux Israël est plus que jamais d’actualité. La scission entre ceux d’en haut et ceux d’en bas s’accentue. Mais le paradoxe inexplicable reste que la classe moyenne ainsi que les «pauvres» ont voté Likoud. On ne comprend pas que les défavorisés, qui subissent le contrecoup de la politique ultra libérale du gouvernement, en redemandent dans une sorte de complexe masochiste. Les associations de bienfaisance ont un grand avenir devant elles.
Certes, d’autres Juifs pauvres ont voté pour le Shass, assurés d'obtenir des fonds illimités, tandis que par mimétisme les Arabes pauvres ont reporté leurs voix sur leurs listes communautaires. Et plus les Juifs votent pour les partis orthodoxes qui prônent de rester pauvres selon leur modèle social, et plus ils restent pauvres par conviction estimant qu’un jour Dieu y pourvoira.


Menahem Begin

Ainsi, les villes qui hébergent le plus de défavorisés ont voté Netanyahou. Ashdod à 40%, Ashkelon à 43%, Beersheva à 43% et Sdérot à 44% alors que cette ville a été en première ligne pour recevoir les missiles de Gaza. Il est vrai que depuis que Menahem Begin est arrivé au pouvoir en 1977, les familles orientales ont misé systématiquement sur le Likoud qui leur a donné le sentiment d’exister, même s’ils continuent à attendre une amélioration de leur sort économique et même si les 10% de privilégiés du hightech profitent de la rente de situation.
Mais si l’on veut avoir un jugement équilibré, il faut noter que le programme économique a peu été abordé pendant la campagne et encore moins la planification des infrastructures manquantes dans beaucoup de villes. Ce fut une grosse lacune du parti Bleu-Blanc qui n’a su frapper là où cela fait mal. Alors on s’est polarisé sur TSB, tout sauf Bibi, sur le créneau où justement Netanyahou était le plus fort. Il n’y a pas eu de développement de programme sérieux et consistant.
Inscription En hébreu : sous-marins

Par ailleurs, le Procureur général Mandelblit a pris de sérieuses responsabilités en ne dévoilant pas les charges qui pèsent sur le premier ministre. Si les charges sont négligeables, il aurait pu rassurer les électeurs en les dévoilant avant le scrutin. Si les charges sont conséquentes et en cas d’inculpation du premier ministre, il a pris le risque de mener à une situation de chaos suite à une vacance du pouvoir.
Les électeurs sont majeurs et ils ont choisi en toute connaissance la réélection de Netanyahou parce qu’ils sont fidèles de tout temps à leur position conservatrice. Ils ont choisi la stabilité parce que le gouvernement précédent avait montré comment il gérait la sécurité militaire et économique. Adepte de la force et de l'intransigeance, la population a en fait peur du changement face à un Iran de plus en plus imprévisible. Elle se considère en sécurité avec Netanyahou et hyper sensible à sa manière de piloter Israël vers des sommets diplomatiques sans précédent.
Michael Oren

 L’ancien ambassadeur israélien à Washington, Michael Oren, transfuge de Koulanou est formel : «Soyons honnêtes avec nous-mêmes. Notre économie est excellente, nos relations extérieures n'ont jamais été meilleures et nous sommes en sécurité. Nous avons un gars en politique depuis 40 ans : nous le connaissons, le monde le connaît - même nos ennemis le connaissent». Il s’agit en fait d’un diagnostic léger, presque militant car il évacue tous les autres problèmes critiques. Peut-être est-il à la recherche d'un nouveau poste diplomatique ? 
Benny Gantz n’a pas perdu les élections car il n’y a pas eu victoire des idées les unes contre les autres. Ses positions sont sur la même ligne que le Likoud, à quelques détails minimes près. Le choix s’est fait sur les personnes et non sur les programmes. Netanyahou avait imposé cette stratégie car il savait qu’elle lui serait favorable. Au lendemain des élections, il a le choix de reconduire une coalition plus à droite de laïcs, ultra-orthodoxes et même extrémistes, voire Kahanistes. Sinon, ils pourrait tenter un gouvernement d'union nationale avec 70 députés au moins, comme l’ont réalisé Itzhak Shamir et Shimon Peres. Mais ce fut un gouvernement d’inertie nationale et il est bon qu’existe une véritable opposition tant que les problèmes juridiques ne renversent pas le premier ministre.  
Les questions politiques ont été évacuées pour être remplacées par les problèmes de personnes.  Mais face à un Gantz qui n’a pas démérité en remportant 35 sièges, Netanyahou a prouvé qu’il dispose d’une volonté et de multiples talents inégalés qui lui permettent de durer. Mais à présent il sera confronté à ceux qui ne le laisseront pas respirer. D’abord les Américains qui risquent d’imposer une paix Trump dont on ignore l’issue. Ensuite les Juifs américains, à prédominance libérale, qui rechignent dorénavant à fournir un soutien politique et financier inconditionnel. Enfin et surtout, les alliés de droite qui le combattront s’il ne réalise pas immédiatement l’annexion de la Cisjordanie, condition ultime pour se brouiller avec toute l’Europe, notre principal partenaire économique. Avec pour conséquence un soulèvement de grande envergure des Palestiniens que leurs dirigeants ne seront pas capables d’endiguer, malgré le réalisme de leur politique actuelle. 
Bref la victoire de Netanyahou est plus que jamais semée d’embûches. Elle nécessitera encore et toujours ses talents d’illusionniste sans compter que nous approchons des élections américaines où tout est possible même si pour l’instant un adversaire de taille ne se profile pas à l’horizon face à Trump. Mais l’Histoire américaine est semée de surprises. Pour Netanyahou le danger viendra surtout de ses amis et moins de ses adversaires.

3 commentaires:

Serge Israël FRATI a dit…

Bonne analyse, maintenant à part l’analyse, il faut le temps de la réflexion et de la prise de décisions pour l’opposition à Netanyahu.
Je suggère que l’opposition même si elle ne peut etablir l’union, montre sa capacité et son sens des responsabilités pour faire en sorte que Bibi ne soit pas l’otage des extrémistes, il lui suffira de voter les lois que celui-ci tentera de faire passer sur lesquelles existe un consensus, comme vous l’avez signalé, beaucoup d’idées sont partagées par les Députés de Kahol-Lavan et ceux du Likoud, ceux-ci en étaient membres.
Mais pour cela il faut « oublier » le TSB (Tout Sauf Bibi) qui ne leur pas réussi, et prendre date pour l’avenir, on ne sait pas ce qui peut arriver, que ce soit avec la justice, avec le dévoilement du Plan de paix de M.Trump ou avec les arabes palestiniens.
Ce n’est qu’en montrant leur sens de responsabilité, leur esprit démocratique et non rancunier, que les forces politiques du Centre pourront un jour avoir une chance de ramener les électeurs vers eux, et non en voulant absolument bouter le Premier Ministre préféré du peuple israélien dans sa majorité, il faut qu’une personnalité sorte du rang, elle devra prouver son intelligence et son sens de l’Etat, ce n’est qu’à ce prix que le peuple israélien jugera en fin de compte, de qui sera le successeur du Premier Ministre qui finira bien un jout par prendre volontairement, sa retraite.

Philippe BLIAH a dit…

Un élément curieusement ignoré devrait poser question aux gens de gauche : pourquoi les jeunes de l'armée israelienne ont refusé d'accorder majoritairement leur confiance à leurs propres chefs militaires? La logique eut été au moins un partage à peu pres égalitaire de voix.Or cela ne sest pas produit! Cela signifie que la jeunesse israélienne ne fait ni politiquement ni militairement confiance à ses chefs d'état major...parce qu'ils les perçoivent à gauche avec une volonté de les entraver. J'ai des exemples à caractere généraux-si je puis dire- dans ma propre famille en écoutant les conversations électorales de mes enfants avec leurs amis dans l'armée. L'affaire du Marmara entre autres les a choques tout autant que la fierte de Gantsz a declarer qu'il avait mis en danger ses soldats pour ne pas provoquer trop de pertes chez l'ennemi. Meme dit autrement ce type de discours est revelateur.

André Mamou a dit…

Gantz et ses collègues chefs d’Etat-Major n’ont réussi qu'à détourner les voix des électeurs de la gauche !
Curieux que Jacques Benillouche n’en parle pas. C’est pourtant clair !
Le Likoud est resté à son niveau de 35 sièges donc Blanc Bleu ne lui a rien pris.
La gauche traditionnelle s’est effondrée ? Non, elle a perdu une vingtaine de sièges car ses électeurs ont cherché à voter utile en élisant la liste menée par Gantz et Lapid !
Gantz ne fait pas jeu égal avec Netanyahu . Il se hisse à égalité en ruinant la gauche qui était son alliée .Bleu Blanc n’était Pas au centre mais à gauche et les électeurs l’ont bien indiqué ! Les électeurs de droite sont restés avec le Likoud et ses alliés, les électeurs de gauche ont arraché le masque et ont apporté leur bulletin aux duettistes !
Comment convaincre Lieberman? Comment réussir à s’en passer ? Peut être en reprenant Yesh Atid ?

André Mamou Tribune Juive