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samedi 6 avril 2019

L'inconstance et la dictature des sondages




Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps


            


          En France, Edouard Balladur et Alain Juppé, ces deux présidentiables ont mené la course en tête pendant plusieurs mois au point que l’on pensait que les élections étaient inutiles puisque tout semblait plié. Et puis, ils se sont effondrés sur la ligne d’arrivée. Cela pourrait être le cas de Benny Gantz qui fait la course en tête, avec quelques exceptions, flirtant plusieurs fois avec 38 sièges. Sûr de lui, il avait choisi la stratégie du silence jusqu'au jour où il a constaté une baisse dans les sondages. Mais il a perdu quelques semaines sans enfoncer son clou auprès de ses électeurs qui ont été déroutés par son silence pesant.


- Je suggère de revenir à notre originale tactique  de campagne
- Laquelle ?
- Celle de ne rien dire

          Nul n'est à l'abri d'un retournement dont on peut difficilement expliquer les causes sauf à le mettre sur le compte de la volatilité de l'électorat. Certains accusent les sondages qui ont faussé la réalité de l’opinion publique. D’autres estiment que les protagonistes ont abandonné le combat trop tôt, convaincus à tort que tout était joué d’avance et que le silence était la meilleure arme contre les concurrents. Mais les cas français et israéliens ne peuvent pas être comparés car le système des sondages est totalement différent. En France, ils semblent plus pointus.
            En Israël les instituts de sondages ne sont pas indépendants et ils utilisent des échantillons d’électeurs qui ne sont pas scientifiquement triés. C’est pourquoi rien n’est bien sûr joué car l’on a déjà vu des meneurs des sondages perdre les élections. On donne des résultats bruts en feignant d’ignorer les indécis, souvent évalués à 20% des sondés, soit 24 sièges. Ils représentent beaucoup pour une population d’électeurs de 5 à 6 millions. 
           Les indécis ont de quoi hésiter à droite face à plusieurs listes dont on n’appréhende pas les différences : Likoud, Nouvelle Droite de Naftali Bennet, Habayit Hayehudi et ses alliés d’extrême-droite, Zehut de Moshé Feiglin et Israël Beitenou d’Avigdor Lieberman. Au centre le choix est simple avec un seul parti Bleu-Blanc. A gauche, on hésite à voter par conviction pour Meretz ou à voter utile soit pour les Travaillistes ou pour Benny Gantz. Enfin des électeurs du Likoud hésitent à sauter le pas en rejoignant la liste des généraux pour apporter un peu d'air dans la vie politique israélienne.
Netanyahou en Machiavel

            Les partisans de Netanyahou sont archi-convaincus de la victoire de leur idole et n’ont même pas besoin de s’intéresser à l’évolution de son programme politique. Ils votent pour un homme et non pour un parti. Contrairement aux prévisions des sondeurs, la décision du procureur général Mandelblit de poursuivre en justice le premier ministre n’a eu aucun impact décisif sur les élections du 9 avril. On s’attendait à ce que le Likoud perde une bonne partie de ses électeurs ainsi que sa capacité à former une coalition après les élections. Il n’en a rien été ; les électeurs de droite croient dur comme fer en leur leader Maximo. Là encore les sondages se sont totalement trompés pour avoir prédit l’effondrement de Netanyahou face aux éventuelles actions de la justice.
            Ce n’est pas un secret que les sondages en Israël se trompent souvent parce qu’ils dépendent du jour où ils sont réalisés et du donneur d’ordre qui a tendance à «souhaiter» un résultat conforme à ses espérances. Les méthodes influent sur les résultats selon la décision de cibler les lignes fixes ou les portables, selon la façon dont les questions sont posées, selon la liste partielle des candidats offerte aux sondés, et surtout selon la manière des instituts de sondages à interpréter, voire «influencer», les résultats.
Cela explique les résultats divergents publiés, le même jour, par différents instituts de sondage qui par ailleurs peuvent difficilement mesurer avec précision le comportement des électeurs le jour de l’élection, dans l’isoloir. Dans le mois précédant les élections de 2006, 2009, 2013 et 2015, l’institut de sondage Teleseker avait accordé au parti travailliste en moyenne 3 sièges de plus que la réalité avec une erreur de 17 % sur le résultat final du parti. De son côté, l’institut Hagal Hahadash a surestimé le poids du Likoud en lui attribuant 4 sièges de plus. 
Orly Levy-Abecassis

Parfois les sondages sont volontairement optimistes pour pousser les électeurs à voter sans conséquence, selon eux, pour des petits partis charnières, plus ciblés, pour qu’ils existent à la Knesset et influent à leur manière sur les lois votées. Certains sondeurs orientent les questions de manière plus détaillée et exhaustive pour mener inconsciemment l’électeur vers un parti donné. Par ailleurs, on sait en particulier que les Arabes ne répondent jamais aux sondages et pourtant ils figurent dans des résultats faussés par nature. Enfin certaines petites listes sont négligées, comme celle d'Orly Levy-Abecassis qui pourrait créer la surprise car ses soutiens sont convaincus de la justesse de son programme social et économique.
            En s’inspirant des précédentes élections, le parti Kadima de Tsipi Livni est passé en 2009 de 23 sièges dans les sondages à 28 sièges au scrutin final. Le parti des Retraités espérait en 2006 deux sièges mais en a obtenu 7. Enfin Yesh Atid en 2013 était crédité par les sondeurs de 14 sièges alors qu’il en a obtenu 19. Ces écarts importants pour une Knesset de 120 députés poussent donc à la prudence et interdisent d’échafauder des hypothèses non vérifiées. On peut accepter un écart d’erreur de 1 à 2 sièges mais au-delà, les sondeurs deviennent coupables de manipulation.

Victoire de Tsipi Livni en 2009

            Il faut donc être très prudents avant de tirer des conclusions hâtives qui risquent de décevoir les uns et les autres. Il serait trop tôt de crier victoire face à l'inconstance des sondages. La seule constatation générale à laquelle on peut se risquer, à la rigueur, est que les deux grands leaders sont de force politique égale ce qui explique qu’ils occupent à tour de rôle la première place, selon le jour et l’information dramatique publiée. Il reste encore quelques jours encore avant de compter les voix réelles sorties des isoloirs. Nul n’est à l’abri de surprises car les électeurs ont un don inné pour faire mentir les gourous. Une seule victoire est prévisible avec certitude en Israël, le 9 avril 2019, la victoire de la démocratie.


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