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vendredi 26 avril 2019

Iran-UE : contourner l'embargo américain par BAZAK



IRAN-U.E : CONTOURNER L’EMBARGO AMÉRICAIN

Par BAZAK

Trump signe l'embargo
Pour détourner l’embargo imposé par les États-Unis, trois pays signataires de l’accord nucléaire avec l’Iran, l’Allemagne, la France et la Grande Bretagne (on voit à quel point l’UE et la Grande Bretagne sont imbriquées) ont officiellement créé une société dénommée Instex (Instrument in support of Trade exchanges) domiciliée 139 rue de Bercy Paris-12, au sein du ministère de l’action et des comptes publics.



Per Fisher

L’objectif est d’y associer les autres 24 membres de l’UE qui pourront en faire partie, s’ils le souhaitent. Sa direction est assurée par un directeur de la Commerzbank, expert de l’Asie centrale, Per Fisher. La société est déjà inscrite au Registre du Commerce, mais les modalités fonctionnelles restent à définir, ce qui pourrait encore prendre quelques mois. On le sait, le diable est toujours dans les détails (imprévus ou souhaités).
Ce système s’adresse avant tout à des petites ou moyennes sociétés, qui n’ont pas d’activités sur le marché nord-américain. A défaut de règlements monétaire, c’est pratiquement une bourse de trocs. Au départ, il s’agit pour les Européens de fournir des produits de première nécessité, des médicaments. Les problèmes d’inflation galopante et de chute de la monnaie nationale en Iran, constituent deux obstacles supplémentaires. On estime néanmoins que ce mécanisme pourrait tout au plus soulager (un peu) l’Iran pour ses sorties de devises. Il s’agit aussi pour l’UE de montrer aux États-Unis qu’elle n’accepte pas son diktat.
En revanche, personne ne peut aujourd’hui préjuger de l’importance de la réaction américaine, car il s’agit bien d’un mécanisme de contournement et on a déjà vu que les États-Unis sont toujours susceptibles de prendre des mesures très brutales et très dissuasives ; d’autant qu’ils sont également déterminés à mettre un terme au programme de missiles en cours en Iran ainsi qu’à son interventionnisme croissant au Moyen-Orient. La maison blanche a déjà averti les banques et autres grandes entreprises des sanctions prévues en cas de contournement de l’embargo. Il reste à voir si le gouvernement américain voudra engager un conflit facial avec les pays européens à l’origine de cette solution, voire avec l’Union Européenne solidaire (dans ce cas) au moment où les négociations tarifaires sont mal engagées.
Gordon Sondland

Le 11 avril, le représentant américain auprès de l’UE, Gordon Sondland, a qualifié ce mécanisme de «tigre de papier, qui entraînera nécessairement de nouvelles humiliations pour les Européens». Le 21 avril, le vice-président iranien de l’économie a déclaré que son pays va développer un mécanisme similaire avec la Syrie, la Turquie et la Chine. A moins que tout cela ne soit qu’une redoutable mise en scène internationale ? Rien ne le prouve, mais rien ne l’exclue non plus.
L’Iran déjà très frustrée par la réaction très lente et peu convaincante de l’Europe, essayera de respecter ses engagements (dans l’accord nucléaire) pour autant qu’elle y trouve des avantages économiques.  Ce que confirme le chef de l’organisation nucléaire iranienne Ali Akbar Salehi : «Si nous ne pouvons pas commercialiser notre pétrole et que les transactions financières sont bloquées, je ne crois pas que cet accord nous sera encore utile». Il existe également des tensions très fortes à l’intérieur du régime, entre ceux qui prônent une relative modération et les Pasdaran, les durs du régime, qui détiennent tous les leviers économiques et qui la refusent.
Mohammad Nahavandian vide-président de l'économie

La presse officielle vient de rendre publique une déclaration du guide suprême Ali Khamenei faite il y a quelques mois en interne «l’accord nucléaire ne réglera pas les problèmes économiques du pays….le mécanisme proposé par l’Europe ne sera pas une panacée pour les résoudre»  et de conclure «les Européens sont vraiment mauvais, pas en raison de leur politique mais du fait de leur comportement perfide au fil des siècles». Cette publication intervient au moment où le président Hassan Rouhani essaye de sauver l’accord nucléaire. C’est le reflet des tensions à l’intérieur du régime.
Dans le même temps, l’Iran expérimente publiquement une nouvelle fusée d’une portée de 1.300 Km. Il faut avoir conscience que l’acquisition de tels engins est considérée comme vitale par le régime. Par ailleurs, l’UE considère que le service iranien de sécurité intérieure est une organisation terroriste. Donc beaucoup de contradictions et de points de blocage qui n’incitent pas à l’optimisme. Récemment le ministre français des affaires étrangères a déclaré « vouloir obtenir» que l’Iran cesse la fabrication de missiles. Dans le meilleur des cas, il s’agit d’un vœu pieux, tout au plus une formule diplomatique, démonstration de l’impuissance de l’UE quand on connait l’importance de ces développements militaires pour l’Iran et ses proxies ! La cacophonie des pays européens en matière de politique étrangère se traduit par son incapacité à n’obtenir rien de tangible des Iraniens.
On a beau afficher une image de fermeté lors de la visite parisienne de Xi Jinping, dans le même temps les Chinois sont déjà propriétaires du port du Pirée et l’Italie devient le premier européen à adhérer au gigantesque projet de la «route de la soie». Europe où es tu ?
Le président Hassan Rohani est sous la pression de son clergé et des faucons du régime afin de dénoncer l’accord, ce qu’il a rejeté dans l’immédiat. Si les avantages économiques s’avèrent très minces ou inexistants, l’Iran pourrait perdre patience et sortir de l’accord.  Elle attend également que la Russie (qui l’aide déjà en sous main et de façon occulte à financer diverses organisations terroristes) et que la Chine s’engagent concrètement dans des échanges malgré l’embargo. De fait, les achats chinois de pétrole seraient tombés à leur plus bas niveau depuis trois ans. Des informations contradictoires circulent sur le maintien ou la baisse de la production iranienne.
Au delà de la déclaration de principe des trois pays associés, on peut avoir de sérieux doutes sur la mise en œuvre de ce projet, sauf sur un plan symbolique et à titre d’argument politique. Plusieurs raisons pratiques sont autant d’obstacles quand on connait la lourdeur de la bureaucratie européenne ; que dire de son homologue iranienne ? De même, les tensions entre la France et l’Allemagne qui ne s’est pas laissée fléchir par la France et qui maintient son embargo sur les ventes d’armes à l’Arabie saoudite ajoutent une difficulté supplémentaire. D’autres sujets majeurs de désaccords ont été clairement exprimés par AKK, la successeur de la chancelière, dont la politique climatique, la défense européenne, la politique migratoire notamment, à tel point que le président de l’assemblée nationale Richard Ferrand l’a déjà qualifiée de «Madame NEIN». C’est sans doute une façon de créer un climat propice à une future collaboration. Que dire de la Grande-Bretagne engluée dans le Brexit ?
Enfin, les États-Unis ont annoncé que les dérogations accordées à huit pays de se fournir en pétrole iranien cesseront le 2 mai. Dès novembre, la Grèce, Taiwan, l’Italie avaient mis fin à leurs achats. Restent maintenant les alliés des Américains, la Turquie avec qui les relations sont devenues très compliquées, le Japon, la Corée du sud, l’Inde et la Chine.
A y regarder de près, on s’aperçoit qu’il s’agit d’une gigantesque partie de billard. Les spécialistes savent qu’il existe plusieurs variantes dont le billard américain aussi appelé le Pool, le billard carambole aussi appelé billard français et le billard anglais aussi appelé snooker. Seuls les experts très avisés sauront reconnaître la partie en cours!


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