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vendredi 12 avril 2019

Dernière ligne droite : l'heure de vérité




DERNIÈRE LIGNE DROITE : L’HEURE DE VÉRITÉ

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps



Les jeux sont pratiquement faits dans l’esprit des électeurs ; ces quelques jours jusqu'au scrutin ne leur feront pas changer d’opinion. Si on les croit indécis c'est parce qu'ils veulent éviter de dialoguer avec les sondeurs qui modifient souvent leur choix. Ils décideront en connaissance de cause et imposeront le prochain gouvernement. Au lendemain des élections, les dirigeants politiques devront prendre leurs responsabilités et surtout tenter de rassembler un pays qui est profondément divisé comme jamais il ne l’a été. De mémoire de journaliste, nous n'avons pas connu une campagne aussi violente que celle de 2019, où les noms d’oiseaux ont remplacé les programmes politiques. Israël ne peut imiter les pays de l’Est, ou pire la Turquie, où les régimes se perpétuent comme s’il s’agissait d’une royauté féodale ou d’une dynastie héréditaire.



Leaders du Likoud

Quelles que soient les qualités du régime sortant, que certains lui trouvent, il est important de faire sauter le verrou installé au sein même du parti dominant. Il faudra, au bout de douze années d’une politique monochrome, de nouvelles têtes, jeunes et moins jeunes symbolisant un changement d’air politique, œuvrant pour un rassemblement afin d’exiger de nouveaux efforts, préparant des programmes ambitieux pour sortir du marasme économique naissant et enfin favorisant un consensus sécuritaire face aux dangers aux frontières. Il n’est pas sain pour la démocratie qu'un dirigeant confisque le pouvoir ad vitam aeternam.
Netanyahou s’est maintenu au pouvoir en divisant, au sein de son propre camp, en s’acharnant à bloquer toutes les ambitions qui s’exprimaient face à lui. Naftali Bennett, Ayelet Shaked, Moshe Kahlon et Gideon Saar, pour ne parler que de ceux qui font les premières pages des médias, ont préféré quitter le parti plutôt que de jouer aux potiches. Orly Levy-Abecassis, la fille du ministre des affaires étrangères de Menahem Begin, aux convictions droitières s’est éloignée contrairement à son père d’un Likoud qui ne laisse aucune chance aux jeunes et surtout aux femmes, comme le prouve la liste machiste du Likoud.

Netanyahou est convaincu qu’il est aimé par le peuple mais il ne prend aucun risque en se déplaçant avec une vingtaine de policiers qui font barrage à ceux qui souhaitent lui baiser la main comme on embrasse une idole. Cela fait presque ridicule quand on sait que les précédents premiers ministres se déplaçaient avec trois ou quatre gardes du corps. Certes Rabin a payé de sa vie mais il ne s’attendait pas à voir un tueur issu de l’extrême-droite messianique. Mais Bibi est adoré par les orthodoxes qu’il inonde de subventions talmudiques, par les habitants des implantations qui bénéficient de budgets exceptionnels et par les Francophones abandonnés à leur triste sort. Qui peut lui en vouloir dans la terre d’Israël ?
 Ce sentiment d’être menacé dans son propre pays est le même que celui qui règne parmi les dictateurs. Le président chinois en visite en France a importé son propre lit pour éviter les éventuels micros d’espionnage et même ses propres bouteilles d’eau pour empêcher tout empoisonnement.  Mais Israël, à un fou près, connaît une paix civile malgré un combat politique intense. Même en France, où règne le danger islamiste, les présidents vont au devant de ceux qui viennent les saluer, librement, entourés de deux gardes du corps à peine visibles.

Jeune femme lançant une tomate contre Netanyahou

La promenade au Souk Ha carmel aura fait un effet inverse à l’effet escompté, censé montrer un premier ministre proche du peuple et qui n’a peur de circuler, certes avec une barrière infranchissable de casquettes bleues. La vidéo qui a circulé dans les réseaux sociaux a perturbé l’assurance des militants qui ont vite accusé les amis de Benny Gantz d’être à l’origine des images. On ne prête qu'aux riches ! Que cherchait à prouver Netanyahou par cette visite ? Que sa sécurité était assurée ? Qu’il entretenait des relations cordiales avec les marchands de légumes dont la culture politique est inversement proportionnelle à leur "grande gueule" ? Qu’il s’intéressait au coût de la vie qu’il a laissé filer depuis quatre ans au point de pénaliser les classes moyennes et défavorisées dont le salaire est entièrement dédié à une nourriture de plus en plus chère, qu’ils auraient intérêt à acheter en France à des prix inférieurs de 30%.

On ne voit pas de liens effectifs entre les marchands du marché et les habitants des implantations qui le soutiennent les yeux fermés ou entre les marchands et l’élite intellectuelle de droite. En fait Netanyahou a voulu montrer qu’il n’existe aucune dichotomie au sein de la société israélienne alors qu’il s’est évertué à diviser pour mieux régner. Il n’a rien de commun, lui l’homme des villas de Césarée, avec ceux qui triment dans la périphérie. Au moins Orly Levy-Abecassis est plus crédible dans ce registre car elle vit près des gens qui souffrent, loin de la bulle de Tel-Aviv ou de Jérusalem, à quelques encablures de Beit Shean, dans un kibboutz. Elle côtoie tous les jours les miséreux et non pas le luxe des palais étrangers.
A entendre ceux, parmi de courageux militants du Likoud, qui osent discrètement parler de fissures dans le mur d’unanimité, on se demande si le front est vraiment uni au sein du parti dont certains membres piaffent d’impatience et qui commencent à être traversés par le doute. Bien que les sondages n’aient aucune valeur talmudique, le fait de voir Netanyahou occuper la seconde place fait jaser. Certains au Likoud espèrent que Netanyahou, arrivé second, tirera les conclusions en se retirant sur la pointe des pieds pour enfin laisser de grands hommes d’État de son parti participer à la nouvelle aventure israélienne. Certains espèrent constituer un groupe de «frondeurs» capable de collaborer avec les trois généraux pour respirer enfin l’air de la liberté politique. 
On sent que la géographie prend un coup en ce qui concerne la droite et la gauche. Le nationaliste pur et dur Moshé Feiglin se trouve beaucoup d'affinité avec Tamar Zandberg de Meretz lors d'une émission de télévision au point de considérer comme possible une cohabitation dans un même gouvernement Gantz, sachant qu'il a exclu de rejoindre Netanyahou. Avigdor Lieberman est dans le même état d'esprit car il ne voit aucune contre indication à rejoindre le parti des généraux qu'il a bien connus. 
On entrevoit donc une révolution qui se prépare et qui ampute la droite de certains de ses éléments notoires qui rejoindront les frondeurs du Likoud. Tout est possible, même les rêves insensés. 


5 commentaires:

Patrick a dit…

Enfin une déclaration d opinion claire.
Vous ne supportez pas bibi et c est bien expliqué !
On entre dans le silence de l isoloir et donc je m abstients Dr tout autre commentaire pro Bibi.

Unknown a dit…

Courage, je souhaite seulement que le scrutin se déroule sans heurt, et que certains jusque boutistes laissent le peuple voter en son âme et conscience dans un esprit démocratique

Marianne ARNAUD a dit…

Cher monsieur Benillouche,

Je viens de recevoir "Crépuscule", le livre de Juan Branco. La préface de Denis Robert commence ainsi :

"C'était au début du mois de novembre 2018. Le président de la République achevait sa tournée mémorielle par une visite à Pont-à-Mousson.... Dans un cercle d'environ un kilomètre de diamètre autour d'Emmanuel Macron, pas un seul habitant libre et vivant. Rien que des barrières métalliques, des gendarmes et des compagnies républicaines de sécurité, patientant dans des dizaines de cars garés le long des berges...
C'était le 5 novembre... Une semaine plus tard les gilets jaunes vont commencer à râler..."

Convenez que cela ne correspond pas à l'idée que vous vous faites des déplacements des présidents de la République en France.

Très cordialement.

Jacques BENILLOUCHE a dit…

Chère Marianne,

Je faisais allusion surtout aux présidents Chirac et Sarkozy et d'une certaine mesure Hollande

Ibrahim a dit…

Le Soudan et l'Algérie ont une grosse odeur de fin de règne ...
La Turquie, ça commence ... Et Bibi ?