LE BEST-OF DES ARTICLES LES PLUS LUS DU SITE, cliquer sur l'image pour lire l'article


 

lundi 22 avril 2019

Cyberguerre : l'ère des conflits hybrides par BAZAK


      
Norbert Wiener
Les temps ont changé, l’homme a marché sur la lune, Israël a lancé son premier satellite et poursuivra sa conquête de l’espace. Nous sommes devenus une cyber-société : celle de la cybersécurité, des cyberespaces, cybernautes, cybercrimes, cyber-harcèlements, cybermenaces, cyberguerres, cyber-victimes, en un mot nous sommes des cyber-citoyens.  Nous le devons à un scientifique américain Norbert Wiener, qui créa le mot cybernétique en 1948 pour définir un nouveau domaine qui étudie les modalités d’un système pour réaliser et atteindre son objectif en dépit des éléments perturbateurs extérieurs.



La cyber-science, par son importance majeure, ne connaît aucune frontière, elle est devenue un facteur de progrès et de confrontation.  Il n’y a plus aucun conflit, qui n’ait pas une cyber-dimension. L’exemple d’Israël - qui est confronté en permanence à des conflits d’une double nature, conventionnelle et cybernétique - est unique.  Jadis, on mesurait la capacité d’un belligérant uniquement en termes de fantassins et d’armements. Ce n’est plus vrai aujourd’hui.
En France, dans un livre blanc publié en 2018, le secrétariat général de la défense résumait sa stratégie en précisant ses fondamentaux, comme suit : «Fondée d’abord sur un durcissement de la protection des systèmes informatiques de l’État et des organismes d’importance vitale ainsi que le renforcement de la sécurité numérique contre : l’espionnage informatique, le fishing auprès des particuliers, les intrusions dans les systèmes bancaires, le vol informatique, la pénétration des réseaux entreprises et leur prise en otage contre rançon, la déstabilisation, l’activité des groupes terroristes».
On lit plus loin : «Par rapport aux quatre autres pays qui partagent avec elle des responsabilités internationales particulières (les États Unis, la Russie, la Chine et le Royaume Uni) au Conseil de Sécurité de l’ON - la France, accuse encore un déficit en matière de sécurité numérique, en dépit d’un effort récemment accentué». Il s’agit notamment, de renforcer la résilience des systèmes vitaux. 

En France, sous la dénomination d’opérateurs d’importance vitale (OIV), on dénombre 249 organismes indispensables à la vie de la Nation. Quelques exemples : En 2015, en France métropolitaine et les DOM, 723 services d’urgences situés dans 644 établissements de santé ont traité 20,3 millions d’actes. 104 SAMU et 410 SMUR assurent l’orientation, la prise en charge pré hospitalière et le transport des malades. On imagine le drame en cas de paralysie informatique.
En 2015 eut lieu un sabotage deTV5-Monde. Dans l’été 2017, un poste de signalisation ferroviaire en panne, a affecté plus de 50.000 usagers SNCF. Une panne du contrôle aérien paralyse les avions. De récents incidents électriques dans les gares parisiennes ont interrompu le trafic pendant plusieurs jours. On insiste, il s’agissait de pannes, pas de cyber attaques. On appréciera le sens qu’il faut donner à «écart technologique» lorsqu’on vient d’apprendre que l’Inde a abattu dans l’espace un de ses satellites devenu sans objet !  L’Europe ne saurait le faire actuellement, pas plus qu’elle ne dispose d’une technologie comparable en matière de drones à celle d’Israël. Les exemples révélés sont au moins aussi nombreux que les épisodes restés secrets afin de ne pas exposer au grand jour les failles qui les ont permis.
Selon une information à confirmer, les réseaux français de distribution d’énergie ont fait l’objet d’intrusions en vue «d’actions violentes». Une conséquence de cette nouvelle confrontation dans l’espace : Au ministère des armées, Qwant est désormais le moteur de recherche par défaut des ordinateurs. La Russie vient de créer son propre internet, désormais passage obligé pour tous les utilisateurs, investisseurs étrangers inclus.
On peut spéculer sur les coupures de courant au Venezuela, provoquées peut-être par le régime pour créer le chaos, ou par un mauvais fonctionnement des installations ou par une cyber intervention ?  Ce qui illustre très exactement les possibilités de cette nouvelle arme qui ne connaît aucun obstacle géographique.
Et Israël dans cette confrontation mondiale ?
A défaut de disposer d’une armée de millions d’hommes, Israël a su imaginer et développer d’autres moyens car le pays doit en permanence se défendre contre des cybers attaques. On estime qu’Israël reçoit 1/5 de tous les investissements mondiaux consacrés à la cyber sécurité. Ce qui permet le développement de moyens extrêmement sophistiqués. Il existe plusieurs sociétés très spécialisées dans ce domaine, dont Cyber Park qui sert d’incubateur à des individualités hautement qualifiées. Quelques repères : en 1996 Israël a développé des systèmes pour protéger ses réseaux informatiques. Ç’était un premier pas vers la haute technologie.
En 2010, Israël crée le Cyber bureau rattaché directement au premier ministre, chargé de développer et présenter un plan en vue de protéger les secteurs public et privé. Dès 2011 le gouvernement valide un programme plus précis pour promouvoir les capacités en matière de cyber espace. Il s’agissait précisément de traiter cinq domaines :
a) créer un vaste système au niveau national interpénétrant des entreprises, publiques et privées.
b) Centraliser les ressources, les informations.
c) développer une coopération intra établissements publics et privés.
d) créer des normes, pour permettre une réelle protection dans tous les secteurs du pays.
L’évolution très rapide de la technologie et les dernières guerres conventionnelles, Liban, Kippour, Gaza, ont largement modifié la doctrine israélienne qui peut se résumer comme suit :
1) cyber dissuasion envers ses ennemis. On se rappellera le virus Stuxnet qui infesta les installations iraniennes.
2) alerte anticipée : capacité à interpréter avec fiabilité la masse d’informations recueillies en permanence et blocages des attaques extérieures. Israël fait face à une moyenne de 1.000 attaques quotidiennes.
3) capacité à prendre dans un délai extrêmement court des décisions majeures grâce à l’interconnexion des moyens d’analyse pour toujours avoir une longueur d’avance sur ses adversaires. Ce qui est l’élément déterminant sur le champ de bataille cyber.
Parallèlement le gouvernement a mis en place divers autres projets et moyens pour conserver et assurer sa place de première cyber puissance : dans l’industrie, projet KIDMA, priorité pour développer le concept de cyber défense auprès des entreprises privées.
Participants de Magshimim avec l'ancien président israélien Shimon Peres à une cyber conférence internationale.

Dans le secteur de l’éducation : le projet Magshimim, qui a pour objet d’identifier les adolescents particulièrement doués dans les matières informatiques et logicielles, afin de leur donner le goût de la lutte cybernétique. Ce qui permettra ultérieurement d’envisager leur recrutement dans le secteur de la défense, dont la fameuse unité 8200.
Cybergirlz a été spécialement créé pour développer la présence de jeunes filles dans ce secteur où leur pourcentage est encore faible entre 17 et 20%. Cette politique en milieu scolaire explique sans doute aussi la qualité des ingénieurs et leur très haut niveau de compétence.
Quel avenir pour notre cyber monde ?  D’abord contrôler et gérer le cyber espace. Quel est le rôle des États, celui du domaine privé, quels sont les futurs développements, une police de l’espace, des accords ? Alors qu’on abandonne les traités anti missiles, on peut douter de la volonté des grandes puissances d’envisager de tels engagements. Une analyse critique doit être faite des conséquences à long terme pour la vie des populations et les nombreux risques ainsi créés - presque aussi dramatiques que le risque nucléaire, le chaos est à la porte. L’exemple actuel du Venezuela en est une redoutable démonstration. Aux dernières nouvelles, Israël participera à la création d’une cyber académie au Brésil à travers les sociétés ELTA systems et ISRAEL airspace – suite de la visite du président brésilien.
Dans la situation unique du pays, sans doute les responsables israéliens partageront-ils cette citation de Clausewitz qui s’inscrit parfaitement dans la doctrine en vigueur «Quand la supériorité absolue n’est pas possible, vous devez rassembler vos ressources pour obtenir la supériorité au point décisif».



Aucun commentaire: