Après l’affichage du premier article, le chargement des nombreuses images des articles suivants nécessite environ une minute d’attente.

LE BEST-OF DES ARTICLES LES PLUS LUS DU SITE

 

lundi 15 avril 2019

C'est Bibi : Alea jacta est





Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps
       

          Le sort en est jeté. Les grands perdants sont les sondages. Nous étions habitués à leur nullité mais à ce degré d’erreur, ils se sont définitivement discrédités. C’est à se demander s’ils n’ont pas créé volontairement une panique politique pour forcer à un vote utile. Avant les élections, les sondages donnaient Benny Gantz souvent gagnant avec 4 sièges d’écart ; les sondages sortis des urnes replaçaient Netanyahou après la liste Bleu-Blanc. Pour un pays de hightech, il serait temps qu’il se dote d’organismes sondeurs indépendants qui ne publient pas des résultats en fonction de leurs donneurs d’ordre. Les échantillons d’électeurs, sont à revoir ; les méthodes correctives doivent être révisées. 



Résultats après 97% de dépouillements

         C’est ainsi que comme en 1996, les Israéliens se sont endormis avec Gantz gagnant et se sont réveillés avec une égalité totale avec Netanyahou. Une certitude, la démocratie a payé et comme l’a précisé Joseph de Maistre : «toute nation a le gouvernement qu’elle mérite». La dramatisation de la situation, le jour même des élections à 16 heures, orchestrée par Netanyahou par une réunion imprévue de crise à Jérusalem à grand renfort de publicité, a permis un vote utile compensé par la déroute des partis d'extrême-droite. 
                La participation a été de 67,9% en baisse de 4% par rapport aux élections de 2015 avec un taux de participation qui était de 71,8%. Cela est dû au refus de certains Arabes de voter en raison de la loi Etat-Nation qui, pour eux, les pénalise, voire les marginalise.

            Sur 97% des suffrages les résultats donnent : Likoud 35 sièges, Bleu-Blanc 35 sièges, Shass (orthodoxes séfarades) 8, Judaïsme unifié Torah (orthodoxes ashkénazes) 8, parti arabe Hadash-Taal 6, Travaillistes 6, Israël Beitenou (Lieberman) 5, Union droites 5, parti arabe Balad 4, Koulanou (Kahlon) 4, Meretz 4. Huit sièges ne sont pas encore attribués et représentent les partis qui n’ont pas atteint le seuil électoral de 3,25% et dont les voix seront reparties au prorata, ce qui pourrait modifier légèrement le résultat de certaines petites listes avec un siège de plus. Le vote de l'armée, non encore comptabilisé, pourrait donner des couleurs à certaines listes éliminées.  

               Si les deux grandes listes sont à égalité, Benny Gantz n'a pas de réserve pour constituer un gouvernement. La liste Likoud peut compter sûrement sur 60 sièges, sans compter les 5 voix de Lieberman qui hésite encore à rejoindre un premier ministre qui l'a renvoyé sans ménagement. La liste Bleu-Blanc réunit 45 sièges avec la gauche. La faiblesse de la gauche a hypothéqué les chances de Gantz de constituer une coalition viable, voire un gouvernement minoritaire.
            Le temps n’est pas au procès d’intention. Le nouveau gouvernement, certainement dirigé par Netanyahou, sera jugé à ses actes mais il est fort probable que sa ligne de conduite sera identique a celle qui a été suivie pendant ces dix dernières années, avec une dose supérieure d’intégrisme religieux puisque les religieux seront les trois piliers du gouvernement : les orthodoxes ashkénazes, les orthodoxes séfarades et les sionistes religieux.
Vote de Orly Levy-Abecassis

            La gauche, à l’instar de la situation en France, n’existe plus en Israël. Elle est défaite, elle est laminée et il lui faudra plus d’une mandature et des dirigeants novateurs pour revenir à leurs fondamentaux. Il est triste que le parti qui a participé à la fondation de l’État d’Israël disparaisse de l’échiquier politique. Avi Gabbay a fait illusion et sa méthode de gestion du parti à la manière d’un dirigeant d’entreprise n’a pas convaincu. L’épisode dramatique du renvoi en public de Tsipi Livni a compté beaucoup, même parmi ses soutiens qui n’ont pas apprécié son attitude machiste déplacée.
            La jeune Orly Levy-Abecassis a frôlé le seuil électoral alors que sa présence aurait pu apporter une caution sociale et économique qui a manqué jusqu’à présent au gouvernement.
Déception à la  Nouvelle Droite

            La Nouvelle droite avec Naftali Bennett paie les extravagances d’Ayelet Shaked avec ses vidéos déplacées et ses photos suggestives indignes d’une ministre de la justice. La grande surprise a été la chute de Moshé Feiglin qui pensait avoir réussi avec plus de 8 sièges et qui se voyait déjà ministre des finances. L’élimination de ces deux partis enlève toute chance aux deux Francophones YomTov Kalfon et Albert Levy d’entrer pour la première fois à la Knesset. Le rêve a duré quelques jours.


Les partis arabes  

            Les partis arabes s'en sortent mieux que prévu et mieux que les nationalistes juifs puisque les deux listes passent le seuil électoral alors que leur participation électorale était en baisse.
           Il faut remarquer que deux partis orthodoxes anachroniques arrivent à améliorer leurs résultats de 2015. L'Etat startup vote pour l'obscurantisme et pour la dispense de l'armée des étudiants talmudiques. C'est la première fois dans l'histoire d'Israël que les partis orthodoxes deviennent le troisième parti du pays.


            Les laïcs sont les grands perdants de ce scrutin ; ils subiront le bon vouloir de 20% de la population avec le risque de lois encore plus contraignantes dans la vie quotidienne des citoyens israéliens. La grande inconnue reste le moyen économique que se donnera le nouveau gouvernement pour agir sur l’augmentation du coût de la vie, pour donner un souffle nouveau à la construction de logements sociaux ailleurs que dans les territoires, pour réduire la pauvreté qui a atteint des sommets, pour favoriser l’alyah et surtout pour rassembler le peuple entièrement divisé après des élections éprouvantes. Il est à craindre que, dans ce domaine, l’horizon soit bouché avec le risque de voir la contestation sociale se développer.   

5 commentaires:

Valérie BERCOVICI a dit…

Il y a de plus en plus de jours sans Lumière...

Unknown a dit…

Merci pour cette premiere analyse
2 questions toutefois
1/Peut on exclure completement un gouvernement d'union nationale encouragé par Rivlin?
2/ Que devient la gouvernance du pays si Bibi est inculpé? Peut on dans ce cas imaginer un retour de Ganz? Ceci ne milite t-il pas pour
le scenario evoqué en 1/?
Andre

Jacques BENILLOUCHE a dit…

@André

Il y a incompatibilité d'humeur entre Gantz et Netanyahou. En revanche un gouvernement d'union nationale est possible en l'absence de Netanyahou au gouvernement.

Véronique ALLOUCHE a dit…

La contestation sociale n’aura pas lieu dans un pays qui admet un cinquième mandat au même leader. Ce même pays qui accepte de donner davantage de puissance aux religieux ne cherche pas la liberté mais la dominance du Tout Puissant. Triste pays que ce pays là.

Ibrahim a dit…

@Veronique Allouche

Israel s'erdoganise mais Israel de ne se désorganise pas, le pays affiche une relative bonne santé.