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samedi 9 mars 2019

Une Europe orpheline par BAZAK



UNE EUROPE ORPHELINE

Par BAZAK


Ce n’est pas la première fois qu’un dirigeant ou un homme éminent adresse une lettre à ses concitoyens. Mais c’est bien la première fois qu’un dirigeant politique s’adresse aux citoyens de 28 pays dans leur langue à travers une tribune dans les journaux locaux. Sur la méthode : elle est inédite, elle a pour but de frapper les esprits. Elle est originale parce qu’elle s’adresse directement à tous nos concitoyens européens, passant au-dessus de leurs dirigeants. Accessoirement, il serait intéressant de connaître l’opinion de nos concitoyens français si chacun des 28 chefs d’État publiait une tribune dans nos journaux.


Jean Monnet et Robert Schuman

Sur la forme : Il est question d’une renaissance. On peut imaginer plusieurs interprétations (c’est sans doute aussi le but) ; on connaît l’explication religieuse. On connaît aussi le sens artistique, mais en politique ? Redonner une nouvelle vie à ce qui est inerte ?
Sur le fond, plusieurs thèmes en constituent l’ossature : «Défendre notre liberté, protéger notre continent, retrouver l’esprit de progrès» : Établir un traité de défense et de sécurité, assurer une juste concurrence, assumer une préférence européenne, instaurer un bouclier social, un salaire minimum européen, créer et mettre en place une police des frontières et un office européen de l’asile commune, remettre à plat l’espace Schengen, créer une banque européenne du climat, créer une force sanitaire européenne, créer une supervision européenne des grandes plate formes, financer l’innovation en se dotant d’un nouveau conseil européen de l’innovation d’un budget comparable à celui des États-Unis, nouer un pacte d’avenir avec l’Afrique.
Ce programme-catalogue a déjà fait l’objet de multiples commentaires dans la presse. On ne s’y trompera pas, c’est le lancement d’un triple exercice :
a)       Cette publication intervient chronologiquement avant la fin du grand débat en France et doit donc donner du muscle aux propositions franco-françaises qui doivent suivre
b)       Elle a pour but de placer très haut la barre et les arguments en vue de la campagne des élections européennes de fin mai. … plus européen que moi, ça n’existe pas !
c)       Il s’agit de passer au-dessus de la tête des dirigeants des pays qui sont, non seulement eurosceptiques déclarés, mais pour exercer une pression suffisante, dont l’effet – dans le meilleur des cas – serait de réduire la force du vote nationaliste et populiste.
Car au terme de la campagne, il faudra bien se résoudre à accepter une recomposition du parlement européen. Jusque-là les conservateurs et les sociaux-démocrates étaient majoritaires. Or on voit déjà qu’au sein du PPE (qui regroupe traditionnellement les partis de droite) des fractures apparaissent. Le 20 mars, une réunion doit décider de suspendre voire d’exclure le partir Fidesz de Viktor Orban, le hongrois. Les Républicains (membre) n’ont pas pris position.
À propos de la renaissance elle-même : les deux fondateurs qu’étaient Robert Schuman et Jean Monnet étaient de vrais pères de cœur et d’esprit. Depuis, il y a quelques pères adoptifs. La machine européenne est devenue une bureaucratie qui gouverne en vase clos. Le récent refus de la fusion Alsthom-Siemens en matière de construction ferroviaire en est un exemple. On prétend être le plus grand marché mondial mais on ne peut pas constituer un concurrent suffisamment compétitif pour faire face aux défis de nos grands voisins que sont la Chine aujourd’hui, l’Inde demain.
Si on se fie - même avec prudence aux sondages successifs en cours eu Europe - on s’attend à une forte poussée des partis nationalistes et populistes, tout particulièrement en Europe centrale et ex-pays de l’Est. Donc on met ici la charrue avant les bœufs.
Comment sont accueillies les propositions françaises ? Les Anglais sont surtout préoccupés par le Brexit dont le terme s’approche de plus en plus, bien que le pays soit aussi concerné par ce qui se passe sur le continent. L’Espagne semble proche des thèses françaises mais doit d’abord régler ses problèmes de politique intérieure. Pour les Scandinaves on voit les propositions comme visionnaires mais mises en avant par un président dont le pays est dans les plus grandes difficultés. Ce qui lui enlève toute crédibilité. 

Pour les pays de l’Est, malgré quelques points d’intérêt (réforme de l’espace Schengen, politique migratoire notamment) ces propositions, pour l’essentiel, sont peu intéressantes. Le fossé se creuse, car pour ces pays, l’UE doit plutôt être une sorte de grand marché ouvert, sans qu’il y soit question d’intégration et de renoncement aux institutions, voire à une identité purement nationale. Le populisme et le nationalisme y représentent désormais des forces politiques au pouvoir, même si des oppositions les combattent. Les Scandinaves ne sont pas loin de partager cette vision dans un contexte comparable, où nationalisme et populisme prennent une place croissante. On connaît la position italienne, faite de réserves et de populisme qui n’augure rien de positif pour l’avenir, dans une situation économique critique.
En vérité et en lucidité, avant de pouvoir envisager un tel catalogue dont la mise en œuvre exigerait des moyens considérables, c’est l’institution elle-même qui doit être reformée depuis ses racines jusqu’au sommet. D’une organisation bureaucratique, elle doit devenir un organisme politique vivant et fort, où la bureaucratie se limitera à être un instrument et non la force dirigeante telle que tous les gouvernants l’ont laissée dériver depuis des années.
Lirons-nous alors au fronton de l’institution européenne Liberté, Sécurité, Progrès ?





3 commentaires:

Marianne ARNAUD a dit…

"Les deux fondateurs qu'étaient Robert Schumann et Jean Monnet étaient de vrais pères de coeur et d'esprit."
En êtes-vous bien sûr ou récitez-vous cette doxa comme vous le feriez d'un mantra ? Pour ma part, j'attendrai d'avoir lu le dernier livre de Philippe de Villiers intitulé : "J'ai tiré sur le fil du mensonge et tout est venu", pour me prononcer.
Voici d'ailleurs qui pourrait vous donner un aperçu de l'ouvrage :

http://www.valeursactuelles.com/politique/la-bombe-villiers-les-secrets-de-fabrication-de-son-livre-choc-104526

Cordialement.

Michael BOUTBOUL a dit…

Edidemment Madame Marianne, vous avez toujours des références d'extrême-droite à nous donner dans vos commentaires et articles. Cela va finir par se voir!

Marianne ARNAUD a dit…

Monsieur Boutboul, connaissez-vous cet aphorisme de Ludwig Wittgenstein : "On n'écrit jamais qu'à la hauteur de ce que l'on est."
De même que je n'ai jamais caché ce que j'étais, vous venez de montrer la hauteur où vous vous situiez.