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samedi 2 mars 2019

Netanyahou : Plus dure sera la chute



Israël élections avril 2019

NETANYAHOU : PLUS DURE SERA LA CHUTE

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright ©  Temps et Contretemps

            

          Le candidat avait une voie royale.  Favori des sondages, il est tombé à six semaines des élections du 9 avril 2019, accusé de fraude et d'abus de confiance dans les affaires 1000 et 2000, et de corruption dans l'affaire 4000. Les historiens se pencheront sur ces incroyables affaires qui ont ruiné sa carrière politique. Si Netanyahou nie formellement les accusations, en coulisses certains opposants organisent déjà les manœuvres pour l’écarter ou le délégitimer parce qu’il est devenu encombrant pour le parti qui laissera des plumes aux élections. Des conseillers stratégiques et des médias ont été interviewés dans 103 FM et ont relevé les erreurs de la campagne du Premier ministre : «Netanyahu qualifie chaque opposant d'opposant gauchiste». C’est forcément exagéré.




            Une certitude aujourd’hui, la police et la justice n’ont fait preuve d’aucune partialité.  En septembre 2015, le ministre de la Sécurité publique, avait annoncé avec l’accord du premier ministre, voire son insistance, la nomination de Roni Alsheich au rang de commissaire général de la police israélienne. Il avait été choisi par défaut, malgré un CV illustre, sachant que le candidat du gouvernement était le général Gal Hirsch. Netanyahou recherchait un policier sans ambition et sans envergure, du moins le pensait-il.
Mais il s’est avéré que le chef de la police s’est montré à la hauteur de sa tâche et de sa responsabilité. Au fur et à mesure que les allégations se développaient, il a refusé de traîner les pieds dans le but d'empêcher la mise en accusation de Netanyahou. La police israélienne a publiquement recommandé que le premier ministre soit inculpé de corruption et d'abus de confiance, après avoir reçu des cadeaux d'un montant de 1 million de shekels de la part de l'homme d'affaires Arnon Milchan, et offert à l'éditeur Arnedi Mozon de Yediot Aharonot de l'aider à affaiblir son concurrent, Israël Hayom, en échange d'une couverture favorable. 


Ce n’était pas ce que le gouvernement attendait de lui et la conséquence se fit vite savoir. Gilad Erdan, avait décidé, par une annonce publique peu discrète, de ne pas étendre le mandat d’Alsheich au-delà des trois années légales, malgré la qualité de son travail, ce qui est une mesure rare tant à la police qu’à l’armée.
En prévision des accusations dont il était l’objet, Netanyahou a aussi voulu verrouiller la justice. Il avait trouvé un obscur juriste du système judiciaire de Tsahal, Avichai Mandelblit, pour l’amener à la lumière, d’abord en le nommant en avril 2013, secrétaire du gouvernement puis en février 2016, procureur général de l’État pensant obtenir de lui des faveurs judiciaires. Il semble que le procureur ait eu conscience de la responsabilité qui lui incombait et a refusé tout passe-droit. 


Mandelblit

Le premier ministre comptait sur un ralentissement de la procédure jusqu’après les élections. Alors il a décidé d’avancer la date des élections pour prendre de vitesse la justice. Mais Mandelblit a eu le courage de ne pas flancher vis-à-vis de son mentor et a montré son indépendance en décidant une inculpation le 28 février.
            Mais Netanyahou n’a pas bétonné son entourage. Il a perdu son ministre de la défense Avigdor Lieberman, le 14 novembre 2018, après la conclusion contre sa volonté d'un cessez-le-feu entre Israël et le Hamas qualifié de «capitulation devant le terrorisme». Aujourd’hui par représailles, son parti Israël Beitenou a décidé de ne plus rejoindre une coalition gouvernementale mené par Netanyahou.
Naftali Bennett, le chef du parti du Foyer Juif avait demandé le poste ministre de la défense devenu vacant. Mais le chef du gouvernement ne voulait pas donner à Bennett un poste aussi prestigieux qui le mènerait à la lumière. Il a préféré se faire un nouvel opposant libre de rejoindre une autre coalition gagnante.
On ignore les conséquences sur les élections du maintien de Netanyahou au pouvoir dans une sorte de mi-temps partagé entre les tribunaux et le gouvernement. C’est une situation qui n’a pas de jurisprudence. La justice va prendre son temps, le temps nécessaire pour boucler sans failles un dossier complexe mais la politique risque de décider autrement. Au sein du Likoud nombreux sont les légalistes qui refusent d’être dirigés par un inculpé. 

          Mais la loi israélienne interdit les débauchages individuels à la Knesset. Seul un groupe d’au moins un tiers de groupe, peut quitter un parti pour devenir autonome et éventuellement louer ses services à une nouvelle coalition. C’était une éventualité difficile à accepter il y a quelques jours, mais un groupe de frondeurs peut se constituer pour s’opposer au leader Maximo. Les ambitions personnelles et la volonté de sauvegarder le parti de Menahem Begin peuvent vaincre toutes les réticences, sans compter que certains militants ont un compte à régler pour avoir été contraints à rester dans l’ombre.  
Il est triste pour lui et pour son parti qu’une personnalité de cette envergure ne tire pas les conséquences pour partir dignement. François Fillon, lui aussi mis en examen, avait voulu poursuivre le combat jusqu’au bout en créant un séisme dont les conséquences se mesurent encore aujourd’hui. Il a emporté dans sa tombe politique ses espoirs et son parti. 
Il est impossible de croire que la police et le Procureur, ses anciens amis, ne disposent pas d’éléments d’accusation probants pour se lancer dans une aventure judiciaire sans lendemain. Il est impossible de croire que des dizaines de fonctionnaires se concertent pour abattre le pouvoir en toute impunité. Il est impossible de croire à un complot général de la police et de la justice, voire à un complot politique ; ce serait désespérer de la nature démocratique de l’État d’Israël. La thèse du "tous pourris" tient la route quand on veut trouver des circonstances atténuantes au premier ministre mais Ben Gourion devrait alors se retourner dans sa tombe pour avoir créé un tel pays.

Et pourtant les soutiens inconditionnels de Netanyahou, parmi eux la grande majorité des Francophones, orphelins d’un leader parmi les leurs, croient dur comme fer que le premier ministre est victime d’un lynchage judiciaire injustifié ; ils y croient parce qu’il était l’idole en qui croire : celui qui savait casser de l’Arabe; celui qui savait briser la gauche et les gauchistes; celui qui savait remettre à leur juste place les tenants des chancelleries européennes; celui qui avait conquis les pays de l'Est. Mais en Israël on a peur du vide, de Gaulle avait dit à juste raison du trop plein. Pourtant, beaucoup de jeunes brillants à droite comme à gauche attendent leur tour. Dix ans déjà, c’est désespérant.
Le Likoud va certainement perdre des voix mais elles ne seront pas perdues pour tout le monde. Ce serait une erreur de croire qu'elles vont se diriger vers Gantz ou le centre. Les petits partis de droite et d'extrême-droite vont se consolider et certains vont pouvoir passer le seuil de 3,25% d'éligibilité. C'est leur chance.
La justice va à présent étayer ses charges sereinement. Netanyahou va aiguiser sa défense en réfutant point par point l’accusation. Cela prendra des mois car la justice est toujours lente. Les avocats vont mener la danse à coup de milliers de dollars d’honoraires. Mais rien n’est encore définitif car il faut prévoir l’audition préalable à l’acte d’accusation qui est une procédure en droit pénal israélien. Selon Menny Mazouz,  juge à la Cour suprême : «L’audition n’est pas une simple question technique, c’est un acte substantiel. Il s’agit d’une procédure destinée à déterminer de manière approfondie la matière du dossier d'enquête. De l’audition résulte souvent un changement de la vision première des indices recueillis et la modification en conséquence des articles de l’acte d’accusation».
Cependant, dans la tourmente des actions judiciaires, le pays a besoin de concentrer ses efforts sur la situation sécuritaire face à l’Iran et à la Syrie, de résorber la pauvreté, de se battre contre le coût excessif de la vie et des logements, de mieux soigner sa population contrainte souvent à des expédients, bref de réconcilier le peuple avec ses dirigeants. La décision de Netanyahou de se maintenir ne va pas dans le bon sens. Elle divise au lieu de rassembler. Plus dure sera la chute.


6 commentaires:

Elizabeth GARREAULT a dit…

"Aujourd’hui par représailles, son parti Israël Beitenou a décidé de ne plus rejoindre une coalition gouvernementale mené par Netanyahou"..;et pourtant Lieberman continue de le soutenir après la publication de l'inculpation.
Comment analyses-tu cela Jacques?

Pour le reste, excellent article qui synthétise parfaitement la situation dans laquelle se trouve le PM en ce moment. Merci.

Albert LEZMY a dit…

Ce qui m’interpelle, c’est cette grande majorité de français totalement acquise à Bibi, de manière même irrationnelle. Je les entends se plaindre toute la journée des difficultés de la vie, j’en vois beaucoup partir la tête basse, honteux, et paradoxalement continuer à soutenir celui qui est à l’origine de leurs maux.

Le francophone serait-il masochiste ?
Je mets de côté les religieux qui, par leurs convictions, votent naturellement pour des partis religieux.

bliahphilippe a dit…

Ne pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué...

Jacques BENILLOUCHE a dit…

@ Bliah

On ne vend rien dans l'article et il est même précisé que "De l’audition résulte souvent un changement de la vision première des indices recueillis et la modification en conséquence des articles de l’acte d’accusation».

Amellal Ibrahim a dit…

@ Albert Lezmy

Parce que Bibi tient tête aux Arabes ... du coup les Séfarades sont tout contents et aussi à la gauche bobo ashkénaze qui a toujours méprisés les Séfarades.

The Old Dreamer a dit…

merci pourcette analyse limpide.
Personnellement son tournant vers l'extrême droite kahaniste me choque donc je m'en vais.
Où? au centre!! trop facile alors peut-être rien. Un blanc transparent, un blanc qui laissent les autres décider pour moi. Un blanc qui dit vous me faites suer.