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samedi 9 mars 2019

L'invalidation de Balad-Raam, une chance pour les Arabes



L’INVALIDATION DE BALAD-RAAM, UNE CHANCE POUR LES ARABES

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright ©  Temps et Contretemps

        
Dans une décision du 17 mars 2019, la Cour suprême a autorisé la liste Balad-Raam à se présenter aux élections du 9 avril 2018
Liste Balad-Raam
          La décision d’interdire au parti arabe Balad-Raam de participer aux élections d’avril 2019 peut sembler à certains injuste surtout quand, à l’autre bord, les Kahanistes, malgré la décision du procureur de l’État, ont été finalement autorisés par la commission électorale. Mais cette décision pourrait donner l’occasion aux Arabes israéliens de s’insérer démocratiquement dans le paysage électoral. Après la décision des deux députés arabes, Hanin Zouabi et Jamal Zahalka du parti Balad,  les plus extrémistes et les plus intransigeants, de quitter la scène politique de leur plein gré, les éléments antisionistes et islamistes sont éliminés de la Knesset.



Ce ne sera pas une perte et cela permettra des débats à la Knesset plus sereins et moins perturbés par des agitateurs professionnels. Ahmed Tibi avait anticipé cette décision puisqu’il avait  décidé d’abandonner la liste arabe unie pour se présenter sur sa propre liste, nettoyée des scories anti-juifs. Il est fort probable qu’une partie de leurs voix se reportera sur la seule liste arabe présente.
Pourtant ce parti a une grande audience auprès des Arabes. En 2013, Hanin Zouabi candidate à la mairie de Nazareth, ville la plus peuplée d’Arabes en Israël, avait échoué après avoir obtenu 43,37% des voix après avoir participé en 2010 à la flottille pour Gaza auprès des islamistes turcs. Elle était réputée pour se distinguer à la tribune de l’Assemblée par de nombreuses prises de position incendiaires et pro-palestiniennes.

En 2014, elle avait condamné l’opération Bordure protectrice à Gaza : «Est-ce si étrange que des gens vivant sous occupation dans des situations impossibles et où Israël capture des centaines de prisonniers au quotidien... est-ce si étrange que cela qu'ils aient recours au kidnapping ? Ce ne sont pas des « terroristes. Même si je ne suis pas d'accord avec eux, le fait est que se sont des gens qui ne voient pas d'autre moyen de changer leur réalité et qui se sentent contraints à de tels expédients». Cette déclaration avait été maladroite car elle intervenait cinq jours après l'enlèvement et l’assassinat de trois jeunes Israéliens par des Palestiniens. Cela lui valut d’ailleurs une exclusion de six mois de la Knesset pour incitation à la violence.
Jamal Zahalka, leader du parti Balad, était de la même trempe. Après des études de pharmacie à l'Université hébraïque de Jérusalem, il fut élu pour la première fois à la Knesset en 2003 et joua depuis, un rôle de provocateur. Il avait en particulier suscité la colère en postant une carte d’Israël recouverte du drapeau palestinien. Il avait appelé à une grève générale arabe en réponse à la loi État-nation : «Notre message est un message de rejet et de lutte contre la loi de l'État-nation juif. Nous y renonçons et l'humiliation de la Palestine, la patrie du peuple palestinien. La grève est un message au monde entier. Le peuple palestinien est une nation, un peuple vivant qui protège son destin et cherche à remédier à l'injustice historique». Sa campagne nationaliste était contestable de la part d’un membre élu du parlement de l'État juif.
Le député Ahmed Tibi, semble relativement un «modéré» parmi ses amis. Pour l’avoir rencontré à l’Ambassade de France et avoir discuté de vive voix avec lui, ses propos ne semblaient pas aussi radicaux que sa réputation. Il avait ouvertement affirmé son désaccord avec les éléments les plus intégristes de sa liste et leurs discours empreints de détestation du Juif. Il n’avait pas approuvé le soutien en février 2018 aux trois Arabes israéliens, sympathisants de Daesh, qui avaient planifié une attaque au mont du Temple. Les accusés, Mohammad Massoud Jabarin, 20 ans, Ahmad Lotfi Jabarin, 20 ans et une autre mineure âgée de 17 ans, étaient pourtant des résidents de sa ville Um al-Fahm.
Ayman Odeh et Ahmed Tibi

Ahmed Tibi et son colistier Ayman Odeh ont compris que de nombreux Arabes avaient décidé de jouer la carte israélienne parce que, s’ils sont certes réticents vis-à-vis de la gouvernance israélienne, ils ne se voient pas passer sous juridiction palestinienne surtout quand ils comparent leur situation à celle des Arabes de Cisjordanie et de Gaza. C’est peut-être l’occasion pour les Arabes d’entrer de plain-pied dans la vie politique et sécuritaire israélienne. Un signe ne trompe pas puisque de nombreux jeunes Arabes choisissent à présent de faire leur service militaire dans Tsahal alors qu'ils ne sont pas légalement incorporables. Ils n’ont plus peur de se compromettre avec «l’entité sioniste».
Soldats arabes

            La population arabe d’Israël n’est pas dupe et elle sait qu’elle bénéficie de droits incomparables, certes dans un État juif et démocratique. Les jeunes sont nombreux à abandonner leurs écoles arabes pour participer au système scolaire juif  parce qu’ils ont compris que leur intégration passait par la structure scolaire et universitaire israélienne. Mais leur intégration sera totale le jour où n’existeront plus des listes communautaires et qu’ils figureront dans des listes nationales, de droite comme de gauche. 
          D’ailleurs, malgré l’opposition de sa famille, l'Arabe israélienne Dîma Tayeh avait décidé de se présenter aux primaires du Likoud, mais n’a pas été retenue, ce qui est une erreur. Il existe encore un long chemin pavé d'obstacles avant d’arriver à ce que la majorité arabe participe aux élections dans des listes nationales des divers partis.
Rashida Tlaib

            Les Arabes devraient s’inspirer de l’exemple de Rashida Tlaib, d’origine palestinienne, députée démocrate fraîchement élue au Congrès américain. Avec l’élimination des extrémistes et des islamistes, ils devraient saisir la chance ultime qui leur est donnée de ne plus être une communauté à part. 
Gadeer Mreeh

          Bien sûr il revient aux partis «sionistes» de les accueillir en bons démocrates. L'exemple de l'ancienne présentatrice de télévision, Gadeer Mreeh, abonde dans notre sens. Elle devrait devenir la première femme druze au parlement israélien après avoir été placée sur la liste Bleu-Blanc en 25° position, donc éligible. 

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