Je n’ai jamais été un militant. Persuadé que tôt ou tard je pouvais être sommé de penser et d’agir contre ma raison, je n’ai formellement adhéré à aucun groupement. En outre, si j’avais fait partie d’un mouvement quelconque, révolutionnaire ou nationaliste, par exemple, j’aurais été de ces militants qui continuent la lutte après la victoire.

Albert MEMMI

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vendredi 22 mars 2019

Le désamour du couple franco-allemand par BAZAK



LE DÉSAMOUR DU COUPLE FRANCO-ALLEMAND

Par BAZAK


Merkel et Annegret Kramp Karrenbauer
L’histoire va plus vite que le coureur de Marathon. Nous sommes déjà dans l’après Merkel. La successeur de la chancelière à la tête de la CDU, le parti chrétien-démocrate, Annegret Kramp Karrenbauer, qui sera certainement plus connue sous le raccourci d’AKK a présenté son concept suite à l’envoi de la lettre du président Français aux citoyens de l’Europe. On comprendra aussi qu’elle a besoin de se singulariser : «moi c’est moi , lui c’est lui».


Commissaires européens

Pour autant, on ne peut pas dire qu’il y ait concordance ou convergence. On est face à deux visions différentes. AKK rejette notamment l’idée d’un revenu minimum, la mutualisation des dettes. Pour elle, il ne s’agit pas de s’occuper de la vente ou de la protection des appellations des fromages, entre autres. Cela ne lui semble pas être ni le but ni l’objet de l’UE. En revanche l’UE doit définir et appliquer une politique du climat, une politique claire de l’asile.  
Elle adopte une position très pragmatique et pose la question non pas «comment nous voulons nous sentir en l’Europe, mais quel est notre objectif ?». L’UE doit être l’instrument, le moyen par lequel l’Europe pourra, enfin, jouer un rôle réel et actif au plan international. L’Europe ne peut pas se mettre en congé de la politique et des problèmes mondiaux, du commerce international, de la défense… Quelle est cette Europe qui a 28 ministres des affaires étrangères, plus une ? Quel est cette Europe qui a autant de régimes fiscaux ?
Quelle est cette Europe qui n’est pas capable de se mettre d’accord sur la taxation des plus grandes entreprises qui font des transactions de milliards d’euros, sans payer l’impôt alors que le citoyen lambda ne peut pas en faire autant ?
Ministres affaires étrangères Europe

AKK veut faire ce qui lui paraît réalisable. La chancelière Merkel avait au début une vision différente et plus proche de la française, mais au fil du temps et des dures réalités, elle a revu sa copie. Les événements corrigent souvent les ambitions originelles et conduisent à plus de modestie. Elle veut manifestement se fixer des objectifs réalistes pour l’Europe. Elle écarte l’idée d’organiser une grande conférence - fourre tout, dans laquelle on traitera de tout et de rien !
Time is money disent les américains. AKK pense aussi que le temps manquera si rien n’est fait pour traiter les vrais sujets et refuse de repartir dans des conciliabules et des commissions dont on sait bien que le premier objectif est d’enterrer le sujet pour lequel elles sont constituées. Essayer d’agir autrement serait apporter encore plus d’eau au moulin des nationalistes et des populistes dont la poussée est évidente y compris en Allemagne.

Un exemple, la commission de la concurrence de l’UE dispose de 800 fonctionnaires pour tenter de faire plier les grands comme Facebook, Google, Amazon. C’est moins de personnel qu’un seul Land allemand ! Quelques semaines avant les élections, deux visions s’opposent et se proposent aux électeurs : La vision française jacobine, centralisatrice, minée par plusieurs mois de manifestations, de contestations mais en fait par plusieurs décennies où l’on a mis la poussière sous le tapis et la vision pragmatique, régionaliste de l’Allemagne.
Il faut attendre et souhaiter un tournant brutal dans la trajectoire de l’UE, après les élections de fin mai. L’actuel président la commission s’en ira. Les commissaires seront renouvelés. Les anciennes majorités, le partage entre le PPE et les anciens socialistes, somme toute les conservateurs, n’y sera plus comme avant. Il faudra prendre en compte la présence de fortes pressions eurosceptiques par les représentants des nationalistes et autres populistes. 
Il restera à définir et faire fonctionner une gouvernance nouvelle, inédite dans l’UE, fondée sur l’action et non sur la gestion de hauts fonctionnaires, telle que nous l’avons vécue ces dernières années qui a conduit là où nous sommes. Ce sera l’année de tous les dangers. Inspirons-nous en Europe de cette citation d’Alexis de Tocqueville : «Ce n’est ni la situation, ni la grandeur, ni la richesse des capitales qui causent leur prépondérance politique sur le reste de l’empire, mais la nature du gouvernement».   

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