Après l’affichage du premier article, le chargement des nombreuses images des articles suivants nécessite environ une minute d’attente.

LE BEST-OF DES ARTICLES LES PLUS LUS DU SITE

 

lundi 25 mars 2019

Il faut sauver la soldate Orly Levy-Abecassis



Israël élections avril 2019

IL FAUT SAUVER LA SOLDATE ORLY LEVY-ABECASSIS

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright ©  Temps et Contretemps

            


            Il existe plusieurs raisons pour donner une chance à la fille de l’ancien ministre des affaires étrangères de Menahem Begin qui a tracé sa voie toute seule, en créant son parti Gesher (pont).
            Il s’agit d’une séfarade affirmée, certes née en Israël, mais de parents marocains qui ont beaucoup souffert, comme tous les autres, durant les premières années de leur installation, envoyés dans des zones de développement, loin de toute civilisation, avec un père maçon qui  a réussi. Mais Orly Levy n’a pas renié ses origines; elle ne vit pas dans les beaux quartiers de Bavli, mais dans le kibboutz Mesilot près de Beit Shean, fief de son père syndicaliste, en pleine zone «périphérique». Quand elle parle de la misère, elle la côtoie tous les jours, dans certains quartiers abandonnés par le gouvernement parce qu’il s’intéresse avant tout à la haute technologie qui n’occupe que 10% de la population israélienne.



David Levy et Netanyahou

            Il s’agit, bien sûr, d’une femme alors que la liste du Likoud ne comporte que 5 places dans les 25 premières et que la liste Blanc-Bleu en comporte légèrement plus, 9 sur 25. Les politiciens machos peuvent s’en donner à cœur joie puisqu’aucune loi ne leur impose la parité hommes-femmes. D’ailleurs la liste Gesher est un modèle du genre puisqu’elle est plus que paritaire avec 5 femmes pour 3 hommes.
            Il s’agit d’une femme courageuse car elle a préféré quitter la place où elle était sûre d’être réélue pour se frotter seule aux autres listes machistes. Mais elle avait compris que les acteurs sécuritaires se trouvant dans toutes les listes, les élections d’avril 2019 se gagneraient sur les problèmes économiques et sociaux.

Il s’agit d’une femme qui n’est pas née avec une cuillère d’argent dans la bouche. Elle a d’abord fait son service militaire dans l'armée de l'air israélienne puis a ensuite obtenu un diplôme en droit. Avant d'entrer en politique, elle avait travaillé comme modèle et comme animatrice de télévision, pour «s’amuser» en attendant de tracer sa voie politique.
Il s’agit d’une femme qui sait ce que représente la famille concrètement. Elle est mariée et mère de quatre enfants qu’elle a réussi à élever tout en poursuivant une carrière politique; elle est en effet députée depuis 2009 ce qui lui donne une légitimité politique.
        Il s’agit d’une femme dont les arguments politiques dérangent au point d’être brimée par les sondeurs qui ne proposent jamais son nom aux sondés. Alors évidemment elle ne peut apparaître dans les résultats et l’on insiste pour faire croire qu’elle n’atteindra pas le seuil d’éligibilité, sauf une seule fois dans le sondage d’Israël Hayom du 22 mars qui lui attribue 4 sièges.

A la Knesset avec Lieberman

            Il s’agit d’une femme de convictions car elle ne court pas après les honneurs. Elle a boudé le Likoud parce qu’elle n’avait aucune chance de voir son programme appliqué et ensuite Israël Beitenou où les primaires l’avait placée en tête. Quand Lieberman avait accepté d’entrer au gouvernement de Netanyahou sans aucune garantie que les mesures économiques et sociales qu’elle prônait soient appliquées, elle a quitté un parti qu’elle tenait de ses bras depuis le départ des militants russes historiques. D’ailleurs, avec son départ, Lieberman n’est pas sûr de passer le seuil fatidique de 3,25%.

Les pauvres et les poubelles des marchés 

            Il s’agit d’une femme qui a perdu le sens de l’orientation politique et géographique. Pour elle la droite et la gauche sont des notions périmées quand la population souffre, quand les familles ont du mal à joindre les deux bouts, quand les gens qui vivent au bout du monde à gauche sont abandonnés par leurs dirigeants, quand certains personnes âgées ont du mal à se faire soigner car la médecine nécessite beaucoup d’argent, et quand les zones périphériques sont discriminées pour l’installation d’hôpitaux et de médecins de qualité.

            Il s’agit d’une femme qui a constitué une liste de candidats à son image, expérimentés dans la chose publique et où les séfarades sont à égalité avec les ashkénazes alors que les séfarades dans les autres listes sont des cas rares. Elle est entourée d’un ancien vice-président d’Intel David Perlmutter (2°), d’une avocate et activiste de la justice sociale, Yifat Biton (3°), d’un ancien directeur du ministère de la construction Haggai Reznik (4°) qui a déjà planifié un programme de construction pour les défavorisés, d’un ancien directeur général du ministère de l’égalité sociale, Gilad Samama (5°), un originaire de Tunisie dont la présence mérite d’être remarquée, d’une activiste de la justice sociale Carmen Elmakayes (6°) et enfin d’une ancienne directrice à la municipalité de Ra’ananna, Michal Nagari Hirsch (7°) et d’autres encore.

            Il s’agit certes d’une femme qui a fait ses classes et qui a toujours évolué à droite mais son action est purement sociale. Les travaillistes l’accusent d’ailleurs d’avoir pillé leur programme économique. La situation est tellement grave qu’ils ne seront de trop à être deux clans pour la même vision d’avenir. Benny Gantz l’avait approchée quand il préparait sa liste mais échaudée, elle avait exigé des garanties sur ses projets et, selon certaines indiscrétions, le ministère de la santé.  Elle s’était en effet souvenu qu’arrivée première aux primaires, Lieberman avait préféré donner le poste de ministre à une compatriote russe, cinquième sur la liste.
Il s’agit d’une femme qui a été à l’origine d’une proposition de loi, en février 2014, qui devait obliger le premier ministre et certains responsables politiques à prononcer un discours sur «l’état de la Nation» israélienne, sur le modèle américain. Ils pourraient alors évoquer les succès et les défis de l’année passée, ainsi que les obstacles et les objectifs à atteindre pour l’année à venir. Cela serait aussi valable pour le chef d’État-major, le chef de la police, le président de la Cour suprême, le président de la Knesset et le chef de l’opposition. Elle voulait que les dirigeants du pays se comportent de manière responsable et transparente vis-à-vis du peuple.
Vidéo en anglais

Il s’agit d’une femme qui n'est pas novice et qui a été présidente de la Commission des droits de l’enfant à la Knesset, qui avait tiré la sonnette d’alarme au sujet des membres de la secte Lev Tahor, créée par l’israélien Shlomo Helbrans, qui a défrayé la chronique au Québec. Plusieurs des membres de Lev Tahor étant israéliens, elle avait décidé de collaborer avec les autorités canadiennes pour faire cesser les mauvais traitements et pour mettre les enfants à l’abri. En effet plusieurs témoignages faisaient état d’actes de violence, de mariages forcés et de maltraitance des enfants avec de véritables lavages de cerveau imposés aux plus jeunes. Cette secte avait décidé de quitter Israël pour s’installer au Canada où elle pensait être moins surveillée.
Il s’agit d’une femme vexée du rapport de l'UNICEF qui avait placé Israël au 4ème rang des pays développés concernant le taux de pauvreté chez les enfants, Elle avait  réagi : «Dans chaque classe, il y a au moins un enfant qui vit en dessous du seuil de pauvreté.  Il est inconcevable que certains élèves ne soient pas autorisés à participer aux activités scolaires, leurs parents n'ayant pas les moyens de les financer». Elle avait constaté qu’en raison du développement du paupérisme, les familles défavorisées étaient contraintes d’accepter le placement de leurs enfants dans des institutions. C'est contre cette réalité qu’elle s’est insurgée : «Un soutien versé directement aux familles serait de loin préférable afin que l'enfant puisse rester dans son cadre familial et certes moins coûteux à l'État. Il en va de la responsabilité du gouvernement et de son devoir».
Il s’agit d’une femme qui, une fois élue, n’oubliera pas ses électeurs. Parce que le social intéresse les deux bords, elle pourrait être aussi bien Netanyahou-compatible que Gantz-compatible si on lui donne une charge à la hauteur de ses convictions et de ses compétences. On manque de quarantenaires de ce calibre capables enfin de secouer le cocotier des vieux machos irréductibles. Il faut pour cela sauver la soldate Orly Levy-Abecassis du parti Gesher.  

Aucun commentaire: