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vendredi 15 mars 2019

En Israël, les petits partis faiseurs de roi 2/ Orly LEVY-ABECASSIS



Israël élections avril 2019

EN ISRAËL, LES PETITS PARTIS FAISEURS DE ROI

2/ Gesher d’Orly LEVY-ABECASSIS

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright ©  Temps et Contretemps
            

          On se polarise dans les sondages sur les résultats des deux grandes listes mais une certitude évidente, quelques petits partis décideront du choix du premier ministre. Les sondeurs négligent à tort certains leaders charismatiques qui ne font pas les gros titres des médias mais qui ont une capacité de persuasion auprès de la population parce qu’ils ont un programme complet et qu’ils ont derrière eux une grande expérience politique. Ils sont souvent oubliés des choix offerts aux électeurs. Quatre sièges obtenus par un petit parti peuvent faire basculer une majorité dans un sens ou dans l’autre lorsque les résultats sont serrés. Les petits partis deviennent alors «grands». 



Avec Avigdor Lieberman

            Orly Levy-Abecassis a plus d'un avantage face aux listes électorales en présence : c’est une femme séfarade, née à Beit Shean d'une famille originaire du Maroc. Après son service militaire dans l'Armée de l'air israélienne, elle a obtenu un diplôme en droit. Elle a travaillé comme modèle et animatrice de télévision avant d’entrer en politique. Aux élections de 2009, classée sixième sur la liste Israël Beitenou, elle a été élue à la Knesset, pour en devenir la vice-présidente.  Elle a été à nouveau élue en 2013 et a occupé le poste de présidente du Comité pour les droits des enfants à la Knesset. Mariée et mère de 4 enfants, elle vit au Kibboutz Mesilot près de Bet-Shean, dans une zone défavorisée qui l'a met en permanence au contact de ce qu'on appelle "la périphérie", ce monde à part souvent oublié par la capitale.
            En janvier 2015, elle a été placée deuxième sur la liste d'Israël Beitenou mais elle l’a quitté le 15 mars 2017 en raison du manque d'attention portée aux affaires sociales dans les négociations du parti pour rejoindre le gouvernement de coalition. Elle ne recherchait pas les honneurs mais la réalisation de son programme. Selon la loi de la Knesset elle ne pouvait se représenter aux élections que dans le cadre d’un nouveau parti. Alors elle n’a pas hésité en créant en décembre 2018, le parti Gesher du nom de celui de son père, ministre de Menahem Begin.

Elle a préféré pendre des risques et défendre seule son programme social. Son objectif est de reprendre ses véritables marques après que son parti se soit fourvoyé loin de ses convictions premières. Elle a refusé de jouer plus longtemps le rôle de potiche et surtout d’icône de la communauté séfarade dans un parti d’essence russophone. Elle était l’alibi d'Avigdor Lieberman qui voulait ratisser large pour amener à lui les voix de nouveaux électeurs. Face aux problèmes liés à la pauvreté dans le pays, tous les partis ont compris que les élections ne pouvaient se gagner que sur les problèmes économiques et sociaux. Avigdor Lieberman avait donc, le premier, pensé à propulser sa candidate socio-économique, la députée Orly Levy-Abecassis à la seconde place de sa liste. 
            À la suite du rapport de l'UNICEF qui avait placé Israël au 4ème rang des pays développés concernant le taux de pauvreté chez les enfants, Orly Levy-Abecassis avait réagi : «Dans chaque classe, il y a au moins un enfant qui vit en dessous du seuil de pauvreté.  Il est inconcevable que certains élèves ne soient pas autorisés à participer aux activités scolaires, leurs parents n'ayant pas les moyens de les financer». Elle avait constaté qu’en raison du développement du paupérisme, les familles défavorisées étaient contraintes d’accepter le placement de leurs enfants dans des institutions. C'est contre cette réalité qu’elle s’est insurgée : «Un soutien versé directement aux familles serait de loin préférable afin que l'enfant puisse rester dans son cadre familial et certes moins coûteux à l'État. Il en va de la responsabilité du gouvernement et de son devoir».
            Avigdor Lieberman comptait sur les compétences sociales d’Orly pour booster sa liste désertée par des candidats historiques d’Israël Beitenou à la suite de leurs problèmes judiciaires. Par ailleurs il n’avait pas voulu rééditer l’erreur du Likoud qui avait réservé peu de places aux femmes puisque cinq seulement étaient en position éligible. Sa candidate était très discrète, préférant le social à la politique ; elle occupait rarement le devant des médias politiques.
          Mais elle n'a jamais été récompensée alors qu'elle avait des prétentions ministérielles, ce qui est l’objectif normal d’une militante active. Elle savait qu’elle ne pourrait obtenir des résultats qu’à la tête d’un ministère social que Lieberman ne lui a pas donné pour favoriser ses amis russophones. Elle avait alors compris qu'elle était un alibi et avait donc décidé de quitter son parti pour ne plus faire de la figuration. Orly Levy a eu le courage de se lancer dans la lutte politique dans un monde machiste qui ne fait aucun cadeau aux perturbateurs, a fortiori féminins.
Liste des candidats Gesher

Elle a compris que pour réussir elle devait étoffer sa liste avec des personnalités de premier plan. C’est ce qu’elle a fait. Elle a compris que les séfarades sont brimés par tous les autres partis ; elle a immédiatement remédié à cela.  Elle a compris que les femmes devaient avoir leur place à égalité avec les hommes, c’est ce qu’elle a fait. Sa liste est la seule liste paritaire avec des candidats de talent : David (Daddi) Perlmutter, ancien vice-président d'Intel, Yifat Biton, avocate et activiste de la justice sociale, Haggai Reznik ancien directeur du ministère de la construction, Gilad Samama, d’origine tunisienne et ancien directeur général du ministère de l'égalité sociale, Carmen Elmakayes activiste de la justice sociale, Michal Nagari Hirsch ancien directrice à la municipalité de Raanana et Liat Yakir.
            À ceux qui la critiquent pour son ambition jugée déplacée, elle répond sans complexe en se plaçant sur le terrain féministe : «Quand Yaïr Lapid est entré en politique, c'était la chose la plus légitime au monde, pour un fils d'homme politique, de fonder un parti. Le lendemain, il est devenu ministre des Finances du pays sans avoir jamais passé une journée à la commission des finances de la Knesset, sans savoir comment un budget est présenté, comment l'information est cachée et comment les manipulations sont faites dans le budget. Pour lui, c’était correct et légitime».


            Elle a résumé sa profession de foi en quelques mots : «Je suis en train de lancer un nouveau parti qui constituera une véritable alternative au capitalisme de copinage. Nous avons une société forte, et nous devons la rendre plus forte, donc un enfant de Sdérot, Beit Shean, Kyriat Malachi, Dimona ou Beercheva aurait une vie meilleure». Il est vrai qu'il lui est difficile de créer la surprise avec un parti sorti de nulle part.
              Même si elle est issue d'un parti de droite, elle refuse le sectarisme politique géographique et espère que son parti devienne une plate-forme de justice sociale pour compenser justement ce qui manque au Likoud. Benny Gantz a songé à elle pour étoffer sa liste mais pour des questions de préséance avec Gabi Ashkenazi, choisi avant elle, elle a refusée d'être à nouveau la belle potiche mais c'est avec lui qu'elle se sent la plus proche. Elle excelle sur un podium, enflamme son auditoire et parle sans notes car elle domine ses sujets. 
          Elle exige des assurances qu'elle ne sera pas une simple décoration féminine dans un horizon politique purement masculin. Se priver d'une telle compétence serait une erreur politique. Une certitude cependant, elle ne rejoindra pas une coalition dirigée par Netanyahou car elle sait que les questions sociales seront négligées avec lui. Elle a déjà payé.
           

1 commentaire:

denis sabrié a dit…

En voila une qui sait ce qu'elle veut pour ISRAEL!
Souhaitons lui Bonne Chance..