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dimanche 31 mars 2019

Benny Gantz n'arrive pas à crever son plafond de verre



Israël élections avril 2019
BENNY GANTZ N’ARRIVE PAS À CREVER SON PLAFOND DE VERRE

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright ©  Temps et Contretemps



A consulter les nombreux sondages publiés de manière quotidienne, une constante demeure : la difficulté pour Benny Gantz d’accéder au stade supérieur qui lui permettrait d’atteindre le niveau de pouvoir auquel il pourrait prétendre. Il n’arrive pas à franchir le plafond invisible qui le ferait décoller au-delà des 30 à 32 sièges pour constituer une coalition, même minoritaire. Pourtant, durant tout le mois de février il était crédité de 37 à 38 sièges qu’il n’a plus atteints si, bien sûr, les sondages ne se trompent pas.



Les partis annexes de gauche et les groupuscules de la droite modéré, qui récoltent peu de sièges, ne peuvent pas lui être d’un grand secours face à une droite et une extrême-droite vivifiée, illustrant la radicalisation de la population israélienne. La droite, tous clans confondus, culmine à plus de 61 sièges suffisamment pour interdire à Benny Gantz de gouverner. Israël est un État démocratique qui décide de son sort en toute connaissance de cause. Il ne pourra pas renier son vote quelques mois plus tard comme l’ont fait les Français avec Emmanuel Macron.
Dirigeant rompu aux manœuvres politiques, Netanyahou a réussi à amener à lui toutes les franges d’extrême-droite, en particulier les adeptes du rabbin raciste Meir Kahane, sous l’étiquette Force juive, dans une sorte de stratégie du sauve-qui-peut qui semble fonctionner. Israël Beitenou d’Avigdor Lieberman et Gesher d’Orly Levy-Abecassis qui, dans le monde nationaliste, apparaissent comme modérés, pragmatiques et Gantz-compatibles, ne parviennent pas à assurer leur entrée à la Knesset pour contrebalancer éventuellement les travaillistes et Meretz.

Les Israéliens ont la mémoire courte car Menahem Begin, le nationaliste pur et dur, avait combattu l’extrême-droite contestable qui se revendiquait du parti Kach, parti raciste et violent finalement interdit en 1994 par l’État d’Israël au titre des lois antiterroristes, au lendemain du massacre par Baruch Goldstein, le 25 février 1994, de 29 Palestiniens en prière dans le Caveau des Patriarches, le tombeau d’Ibrahim pour les Musulmans. Les affaires judiciaires de Netanyahou glissent sur lui. 
A peine une semaine nous sépare du scrutin mais l’on ne voit pas venir à l’horizon un revirement de situation pouvant balayer les prévisions actuelles. La campagne de Gantz est molle, pas suffisamment percutante pour réveiller une population assoupie par les tirs de roquettes de Gaza. Paradoxalement Netanyahou détient l’image du seul israélien capable de «casser» de l’Arabe alors que rien dans son comportement ne le justifie. Les Israéliens ne voient que la poudre qui leur est envoyée aux yeux, celle que Trump leur distille en reconnaissant l’annexion du Golan par Israël, celle des dictateurs qui se vantent de vouloir, peut-être un jour, transférer leur ambassade à Jérusalem pour copier les Américains.
Avant d'engager le prochain round, il faut d'abord nettoyer

Les problèmes économiques et sociaux n’interviennent en rien face à la volonté de donner une bonne leçon aux Arabes de Gaza, laquelle leçon d’ailleurs ne semble pas être traduite en actes par le gouvernement. Mais l’illusion persiste. Trois anciens chefs d’État-major n’ont pas la même aura qu’un Netanyahou démonétisé par les affaires judiciaires. Les classes défavorisées et 35% des Arabes israéliens selon des études sérieuses, matraquées par la politique gouvernementale, votent en majorité pour un gouvernement ultra-libéral et sectaire parce qu’il représente l’illusion de la force.
Un pauvre fouille les poubelles d'un marché

 Il faut reconnaître à Benjamin Netanyahou une capacité exceptionnelle à faire bon usage des médias. Il s’est invité, sans crier gare, au journal télévisé, et malgré les questions pertinentes et difficiles d’une excellente journaliste, il estime être sorti gagnant puisqu’il a occupé l’espace médiatique, contrairement aux généraux. Bien sûr, il a été élevé à l’école américaine et il a appris à relancer le soufflé avant qu’il ne retombe. En fin politique, il sait préparer son opinion publique et l’opinion internationale en laissant planer le suspense sur les décisions qu’il n’a toujours pas prises. Face à lui, trois généraux habitués au respect de l’État, se comportent en gentlemen. 
Il a avancé la date des élections pour casser l’élan de ses adversaires surpris par sa décision brutale. Dans le secret le plus absolu, il a suscité la fusion des extrémistes pour marquer les esprits. Même Moshe Kahlon, militant attaché aux valeurs sociales, s’est tu en cautionnant la dérive nationaliste.
Netanyahou a réussi dans sa campagne à éluder les problèmes principaux actuels : la situation économique critique, le sort du processus de paix avec les Palestiniens, les relations avec le peuple américain moins inconditionnel et les mesures pour contrer le nucléaire iranien. Mais il dispose de capacités étendues d’illusionniste en excellant dans l’art de prôner un changement minimal dans la continuité. Il sait que les Israéliens l’aiment en majorité parce qu’ils se sentent réconfortés par ses interventions en pleine incertitude iranienne.

Netanyahou n’a pas fait preuve d’originalité économique durant son mandat. Il a poursuivi son programme qu’il avait déjà mis en place en 2003, à bases de mesures de rigueur. Bien que l’économie israélienne ait connu une croissance de 3,6% en 2018, le FMI a précisé qu’Israël avait l’un des taux de pauvreté les plus élevés des 35 membres de l’OCDE. La pauvreté, qui concernait surtout les Arabes et les Juifs ultra-orthodoxes, a atteint la classe moyenne touchée par les prix élevés de l’immobilier et par l'augmentation du coût de la vie, plus élevé qu'en France. 
Les Israéliens, élevés à l’aune du respect de la solidarité sécuritaire, ne sont pas des foudres pour manifester. Ils l’ont fait avec la «révolution des tentes» en 2011 mais ils sont disciplinés après avoir constaté que les manifestations étaient stériles puisque pas suivies d’effet à destination des plus fragiles. La justice sociale est ainsi toujours à la traîne.
La campagne électorale élude les sujets économiques, qui ne font pas consensus, et même les risques sécuritaires pour ne pas donner d’arguments aux généraux.  Une vingtaine de famille, à l’image des oligarques russes, contrôlent toujours l’économie du pays, sans partage et sans solidarité, tandis que la politique de rigueur matraque les plus faibles et que Kahlon s'était engagé à combattre les monopoles. 

Benjamin Netanyahou a oublié son écran de fumée du discours du 14 juin 2009 à l’Université Bar Ilan où ses bonnes paroles étaient censées apporter une révolution dans le concept israélien des relations avec les Palestiniens. Il songeait en fait à un État palestinien croupion, doté d’une autonomie interne réduite aux acquêts : pas d’armée, pas d’aéroport, pas d’armes de guerre, pas d’alliance avec les ennemis d’Israël ou les milices islamistes. 
Pour maintenir sa stratégie en projet irréalisable, il a donc besoin de la caution de la droite nationaliste ou extrémiste qui consolide l’intransigeance israélienne. Il a réussi à marginaliser le président de l’Autorité palestinienne qui s’est retrouvé isolé parmi les siens et auprès des Américains. Il a réussi à anesthésier l’opinion internationale pour l’amener à considérer le problème palestinien comme secondaire devant le danger des islamistes et des chiites. Il sait enfin que Trump aura besoin de lui pour imposer sa réélection et sa propre vision du Proche-Orient.
Si tu ne gagnes pas ces élections, je bouffe mon chapeau

Netanyahou est considéré comme l’homme sécuritaire par excellence alors que l’Iran provoque ouvertement les forces de Tsahal en installant en toute impunité aux frontières de Syrie les brigades Al-Quds des Gardiens de la révolution. Le Hezbollah a stocké 60.000 missiles et roquettes pouvant atteindre toutes les régions d’Israël. Le Djihad islamique parvient à dominer le Hamas à Gaza par des actions terroristes contre Israël en utilisant les dizaines de milliers de roquettes reçues d’Iran et de Libye et en s’associant aux cellules salafistes d’Al-Qaeda au Sinaï. Les habitants du sud d’Israël viennent encore de faire l’amère expérience des tirs de roquettes. Mais Bibi reste superstar et les généraux ne sont pas crédibles.
Benny Gantz et ses colistiers n’ont pas réussi à imposer leur stratégie militaire qui certes n’a pas été suffisamment explicitée pour convaincre. Ils n’ont pas détaillé leur approche sociale et économique. Bref, ils ont manqué d’arguments qui auraient permis à Gantz de briser son plafond de verre.

2 commentaires:

Philippe BLIAH a dit…

Il manque du charisme necessaire à la fonction, y ajoutant qu'il n'a pas brillé comme chef d'etat major capable de fortes décisions. Voilà qui ne rassurre pas sachant ce qu'on quiite sans trop savoir ce qu'on trouve en remplacement faute de programme clair..Et puis on n'en parle pas souvent ,mais à quoi ça rime cette presidence tournante de PM au bout de deux ans? Or Lapid a t'il un assentiment commun populaire pour diriger es qualité de PM,?

Avraham NATAF a dit…

Les sondages, comme les statistiques, sont une forme de manipulation pour les indécis.Mme Clinton dormait sur des sondages.