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dimanche 31 mars 2019

Annexion de la Crimée, conflit du Donbass par BAZAK



ANNEXION DE LA CRIMÉE, CONFLIT DU DONBASS

Par BAZAK

Le 18 mars 2014, la Russie annexait la péninsule de Crimée. Dès fin février, des «petits hommes vêtus de verts» prenaient le contrôle des points clés. La Russie prétendait ne pas les connaitre. Un mois plus tard, elle admettait qu’il s’agissait bien des siens et qualifiait par ailleurs les combattants du Donbass - la région frontalière avec la Russie - de «séparatistes» ukrainiens. Un referendum a eu lieu le 16 mars 2019. Le résultat est sans appel : Participation supérieure à 80% et 97% en faveur du retour à la Russie. 60% sont des Russes ethniques qui pensent retrouver une situation plus favorable qu’en Ukraine. Le 21 mars la fédération de Russie intégra la Crimée.



Anniversaire annexion de la Crimée

C’est un événement unique en Europe depuis la deuxième Guerre Mondiale, en violation de tous les traités et accords existants : accords d’Helsinki de 1975, Accord sur les frontières des États post-URSS de 1991, mémorandum de Budapest de 1994, accord Russie-Ukraine de 1997.
Un peut d’histoire : déjà en 1783, l’impératrice Catherine II annexa la Crimée et fonda le port de Sébastopol. En 1918 l’Ukraine est une composante de la république fédérative de Russie, qui deviendra l’URSS en 1922 ; la république socialiste de Crimée en fait partie. Enfin, le 19 Février 1954, Nikita Khrouchtchev, à l’occasion du 300ième anniversaire de la réunification Russie-Ukraine, rattacha la Crimée à la république soviétique d’Ukraine.
La Russie a très favorablement accueilli l’événement en son temps, considérant l’opération comme un retour à la maison. Poutine a largement surfé sur la fibre nationaliste de la population. Pour autant face aux difficultés économiques chroniques depuis plusieurs années, les citoyens russes commencent à déchanter devant les faveurs consenties à la Crimée dont ils sont, eux, privés.
La Russie fête les cinq ans de l'annexion de la Crimée

Cette annexion et l’abcès de fixation du conflit du Donbass sont à inscrire dans un double objectif de la Russie. Il s’agit d’abord de marquer le retour de la Russie comme grande puissance sur la scène internationale. Pour s’en convaincre voyons ce qui se passe en Syrie, notamment. Régionalement, la Russie n’est pas prête à accepter de voir l’Ukraine sortir de son orbite traditionnelle. Cette dernière a pensé, lors de la révolution de Maidan, que l’Europe de l’Ouest et les États-Unis, au sein de l’Otan, allaient intervenir pour permettre ce changement. Ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire ont caractérisé l’attitude des pays de l’ouest, pour l’essentiel.
Que s’est il passé depuis : fin 2014, au conseil de sécurité, la Russie oppose son veto à une résolution soutenant l’intégrité territoriale de l’Ukraine entre autres. Parallèlement, l’assemblée générale vote une résolution en faveur de l’intégrité territoriale de l’Ukraine et l’invalidité du référendum. On sait ce que valent ces votes.
La Russie utilise tous les arguments pour justifier cette annexion. Pour elle, il s’agit du droit d’un peuple à l’auto-détermination. Paradoxe des paradoxes quand on se souvient de la répression sanglante en Tchétchénie entre 1990 et 2000. Référence est faite aussi à la reconnaissance par l’Ouest du Kosovo, ce qui est peut convaincant vu le contexte très différent. Les pays de l’ouest, les États-Unis, mettent en place des sanctions : financières, économiques, visas, exportations, importations, lesquelles créent autant de problèmes à la Russie qu’aux pays qui sanctionnent (interruption des exportations vers la Russie). Pendant ce temps, le conflit du Donbass, qui s’intensifie, entre dans sa sixième année. Il a déjà fait plus de 13.000 victimes et 2 millions de personnes déplacées – dans un silence assourdissant du coté de la commission des Droits de l’homme dirigée par Mme Bachelet, faute d’informations ? L’Ouest ajoute des sanctions aux sanctions. La Russie s’organise en conséquence. 
On ne peut pas s’attendre à une solution rapide de ce conflit car cette situation permet d’exercer une pression maximale sur l’Ukraine et de la dissuader de tenter un rapprochement avec les pays de l’Ouest et les États-Unis au moment où ces derniers envisageraient leur propre sortie face à une Europe incapable de bâtir une défense autonome. La Russie n’admettra jamais de voir l’Ukraine sortir de son orbite traditionnelle et au vu de l’histoire passée.
Porochenko-Poutine

L’Ukraine doit voter dans quelques semaines. Le président sortant Porochenko a déjà annoncé qu’il reprendrait la Crimée dès son élection. Ce sont des propos purement électoraux, auxquels personne ne peut croire. Seule une aggravation brutale et importante de la situation économique en Russie même pourrait être un facteur de changement de sa position sur ce conflit. Poutine a beaucoup investi et dépensé pour retrouver une place importante dans la politique internationale. La guerre en Syrie a un coût non négligeable.
Les citoyens russes ressentent de plus en plus mal la baisse de leur pouvoir d’achat. Si le coût de cette politique extérieure devait excéder les résultats espérés, Poutine pourrait revoir sa position sur le conflit du Donbass qu’il ne souhaite pas annexer mais qu’il continuera à entretenir pour être en position de négocier sur une position forte.
Cinq ans plus tard, malgré toutes les protestations, les sanctions, les résolutions de l’Onu, l’annexion est définitive, rien n’y fera. Pour le Donbass, c’est Poutine qui détient la clé. On n’apprend pas à un vieux singe à faire la grimace.


4 commentaires:

Marianne ARNAUD a dit…

Cet article appelle tout de même quelques remarques.
"Le 21 mars la Fédération de Russie intégra la Crimée", et il est précisé, au lendemain d'un référendum. Le droit à l'autodétermination des peuples n'est-il pas un principe inscrit dans la Charte des Nations Unies ?
"C'est un événement unique depuis la Deuxième Guerre mondiale". Qu'en est-il alors de la désintégration de la Yougoslavie commencée en1991-1992 - avec déploiement de casques bleus de l'ONU, présentés comme "forces de la paix" - qui se solda par plus de 150 000 morts (dont 2/3 de civils) et 4 millions de personnes déplacées ?
Que cela plaise ou non aux Américains, l'Ukraine restera donc dans la zone d'influence Russe. Mais terminer cet article en évoquant un "vieux singe", même si c'est pour expliquer qu'on n'a rien à lui apprendre, ne me paraît pas très approprié pour qualifier un président russe dont la seule boussole est la Russie !
Car qui ne souhaiterait pour son propre pays, un président de cet acabit ?

Bazak a dit…

Bonsoir Mme ARNAUD,
Merci pour vos commentaires. Je vous comunique les miens. Vous avez raison concernant le droit à l’auto determination. C’est un des arguments utilisé par la Russie lors de l’organisation du referendum.
Concernant l’éclatement de l’ex Yougoslavie c’etait deja une fédération de plusieurs états réunis sous le joug et l’autorité du maréchzl Tito.
A sa mort,beaucoup de choses avaient considérablement changées, Les nationalismes et les luttes de clans ont fait le reste.
Ma reference en conclusion ne se veut pas du tout péjorative, au contraire. J’aurai pu et peut etre du écrire «  vieux sage » car W.Poutine a deja une longue carriére derriére lui,après avoir été grand responsable du KGB en Allemagne de l’Est,dont acte.
Cordialement,

Anonyme a dit…

Bonjour,

On oublie la Tchécoslovaquie, dont la séparation s'est faite sans référendum national mais par les 2 partis au pouvoir (avec des majorités relatives, je crois), pour dissensions politiques et divergence d'intérêts, soit des justifications similaires des séparatistes ukrainiens;

On oublie la Savoie et Nice, une vraie annexion sans justification populaire, du même ordre que le rattachement de la Crimée à l'Ukraine dans les années 50.

Amike

Bazak a dit…

Bonjour,

Merci pour votre lecture. En effet, il y a certainement d’autres cas d’annexion auxquels ont peut se referer. On pourrait aussi se rappeler du rattachement de l’Alsace par l’Allemagne, du referendum en Sarre, apres guerre , qui aurait pu devenir française. On pense aussi aux suite du colonialisme en Afrique où les cas sont très nombreux. On en voit les dramatiques conséquences reguliérement. C’est un sujet en soi qui meriterait d’être traité en détail. Ma modeste contribution se limitait volontairement à celle de la Crimee 5 ans après l’événement.
Cordialement,