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mardi 5 février 2019

Une extrême-droite israélienne éclatée façon puzzle



Israël élections avril 2019
UNE EXTRÊME-DROITE ISRAÉLIENNE ÉCLATÉE FAÇON PUZZLE

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright ©  Temps et Contretemps
       

          L’extrême-droite israélienne s’est décomposée en de multiples entités alors que, par souci d’efficacité électorale, elle aurait intérêt à s’unir pour être présente à la Knesset. Naftali Bennett avait réalisé l’union avec Habayit Hayehudi, mais il avait dû faire face aux intérêts personnels, aux querelles de clochers, aux ambitions démesurées de certains membres, aux jalousies et enfin à l’absence de pragmatisme consistant à dire qu’il vaut mieux être numéro-2 dans un parti qui gagne que numéro-1 dans un mouvement qui ne passe pas le seuil électoral.


Manifestation à l'extrême-droite

Sur le plan de la dialectique, tous ces partis refusent la qualification d’extrême-droite comme s’il s’agissait d’une injure. Il est difficile de distinguer les différences dans leurs idéologies pouvant justifier qu’ils vont au combat en ordre dispersé, sauf à expliquer les scissions par des questions d’ego.
L'Union nationale était une alliance de partis politiques de droite et nationalistes. Ce parti avait été créé en 1999 par un rapprochement entre Moledet, Tkuma et Hérout et remporta quatre sièges. En 2001, l’alliance avait presque doublé avec l’arrivée d’Israël Beitenou, à majorité immigrée russe.
Union nationale

Après la victoire d’Ariel Sharon aux élections de 2001, l'Union nationale a participé au gouvernement avec son chef, Rehavam Zeevi, nommé ministre du Tourisme, et Avigdor Lieberman ministre de l' Infrastructure nationale. Lorsque Zeevi a été assassiné le 17 octobre 2001, Benyamin Elon de Moledet a pris ses fonctions ministérielles tandis que Lieberman devenait le chef de l’Union nationale. Hérout s'est ensuite présenté indépendamment aux élections de 2003 mais n'a pas franchi le seuil électoral alors que l'Union nationale a remporté sept sièges et est entrée dans la coalition d'Ariel Sharon. Benny Elon et Avigdor Lieberman ont été nommés respectivement ministre du Tourisme et ministre des Transports.
Lieberman-Elon

L'Union nationale s'était opposée au retrait de la bande de Gaza ce qui avait poussé Sharon, en 2005, à limoger les ministres Elon et Lieberman, mettant ainsi l'Union nationale hors coalition tandis qu’Israël Beitenou décidait de se présenter de manière indépendante aux élections de 2006. Le Parti national religieux sauva la situation en formant avec l’Union nationale une liste commune dénommée NRP qui remporta neuf sièges.
En prévision des élections de 2009, l'Union nationale et le PNR s’étaient à nouveau  unifiés sous l’étiquette Foyer juif avec l’intention de présenter au public un nouveau visage du mouvement sioniste religieux. Le Foyer juif avait une vocation de parti unique. Le professeur Daniel Herskovits dirigea le parti nouvellement formé ce qui ne plut pas au député Arie Eldad qui décida de former sa propre liste, Hatikva, et aux députés Effi Eitam et Yitzhak Levy de recréer Ahi.
Les membres restants de l'ex-Moledet ont rétabli leur parti et se sont alliés au Hatikva du député Eldad, pour ressusciter l'Union nationale. En prévision des élections à la Knesset de 2013, la faction Tkuma de l'Union nationale a fusionné avec le Foyer juif tandis que Hatikva et Eretz Israël Shelanu se séparaient pour former Otzma LeIisrael laissant Moledet et Tkuma fusionner avec HaBayit HaYehudi. Lors des élections du 22 janvier 2013, le Foyer juif a recueilli 9,1% des suffrages et douze sièges à la Knesset.
Otzma

Otzma Yehudit (Force juive), anciennement Otzma Le Israël a été créé le 13 novembre 2012 par Arie Eldad et Michael Ben-Ari, qui s’étaient séparés de l'Union nationale avant les élections de 2013 pour former un nouveau parti. Ce parti est connu pour ses positions anti-palestiniennes et très ancrées à droite. N’ayant pas atteint le seuil électoral de 2%, il n'a pas obtenu de siège à la Knesset lors des élections de 2013. Pour les élections de 2015, Otzma Le Israël présenta une liste commune avec Yahad, le nouveau parti formé par Eli Yishaï, transfuge du parti orthodoxe séfarade Shass, mais ne recueillit que 2.97% des voix alors que le seuil d’entrée à la Knesset est de 3,25%.
Eldad -  Ben-Ari et Marzel

Arie Eldad, extrémiste laïc, et Michael Ben-Ari, religieux orthodoxe et ex-kahaniste,   avaient décidé de former un attelage original avant les élections de 2013. Eldad avait été choisi pour diriger la liste du parti, suivi de Ben-Ari et de Baruch Marzel.
Le parti est considéré comme sioniste religieux, kahaniste, ultra-nationaliste, anti-arabe et d'extrême-droite. Il appelle à l'annexion de la Cisjordanie et à une entité israélienne complète entre le Jourdain et la mer Méditerranée. Il s'oppose à la formation d'un État palestinien et plaide en faveur de l'annulation des accords d'Oslo ainsi que de l'imposition de la souveraineté israélienne sur le mont du Temple. Il préconise également l'enseignement de l'histoire juive dans toutes les écoles primaires afin «d'approfondir l'identité juive chez les étudiants». Il est contre «le gel de la construction dans les implantations, la libération de terroristes ou la négociation avec l'Autorité palestinienne» et il préconise également l'expulsion des «extrémistes arabes».

Hanan Porat

Tkuma (résurrection), créé en 1998, a fusionné au sein de l'Union nationale. Il avait été créé par deux anciens du Parti national religieux, Hanan Porat et Zvi Hendel (résident du Goush Katif), sous le nom de Emounim (confiances) mais fut plus tard renommé Tkuma. Il n’a jamais présenté de liste indépendante aux différents scrutins législatifs mais il est représenté à la Knesset par Zvi Hendel.
Le parti avait été intégré à la coalition d'Ariel Sharon mais, en raison des tensions liées au retrait de la bande de Gaza auquel Tkuma s’était opposé, les  ministres de l'Union nationale Benyamin Elon et Avigdor Lieberman avaient été limogés forçant le parti à quitter la coalition.
Zvi Hendel

Le 3 novembre 2008, le parti a annoncé sa fusion avec Ahi, le parti religieux national, et Moledet pour former un nouveau parti de droite baptisé le foyer juif. Cependant, la moitié des anciens membres de Tkuma ont par la suite quitté le nouveau parti pour rétablir Tkuma et rejoindre l'Union nationale aux côtés de Moledet , Hatikva et Eretz Israël Shelanu.
En 2012, le parti a choisi d’intégrer Habayit Hayehudi pour les élections de 2013 . La liste commune a remporté 12 sièges, dont quatre (Ariel , Ben Dahan , Kalfa et Strook ) ont été nommés par le comité central de Tkuma. Cette alliance se poursuivit  pour les élections de 2015.
Tkuma est contre les concessions territoriales. Certains membres soutiennent l'annexion de l'ensemble de la Cisjordanie, bien que la politique officielle de Habayit Hayehudi,  dont elle fait partie, ne soutient que l'annexion de la zone C de la Cisjordanie. En 2019, Bezalel Smotrich a pris la direction du parti, remportant les élections internes contre Uri Ariel.
Eli Yishaï

Yahad (ensemble), parti politique orthodoxe formé par l'ancien membre du Shass, Eli Yishaï, et créé le 15 décembre 2014 à la suite d'une rupture avec Arie Dehry, dirigeant du Shass. Il a été rejoint en décembre 2014 par l'ancien membre du foyer juif Yoni Chetboun. Le rabbin Meir Mazuz, doyen du Kisse Rahamim yeshiva, est le chef spirituel du parti.
Le 29 janvier 2015, le parti est parvenu à un accord sur une liste commune avec  Otzma Yehudit pour les élections de 2015 ce qui a créé des remous au sein de certains militants qui  n’avaient pas approuvé une alliance avec les Kahanistes. Le parti n'a pas réussi à atteindre le seuil électoral minimal de 3,25% et n'a envoyé aucun représentant à la Knesset .
Sur le plan de l’idéologie, le parti défend la souveraineté israélienne sur la Cisjordanie et encourage la création d’implantations. Il préconise que les hommes ultra-orthodoxes, qui ne se consacrent pas à une étude à temps plein de la Torah, soient incorporés dans l'armée, dans un cadre militaire adapté à leurs besoins ou soient contraints d’effectuer un service civil national. Le parti s'oppose également à l'espace de prière égalitaire du Mur occidental.
Feiglin

Zehut (identité) est un parti sioniste libertaire fondé en 2015 par l'ancien vice-président de la Knesset, Moshe Feiglin, issu du Likoud. La plate-forme de son parti comprend la légalisation du cannabis,  la protection de la liberté d'expression, le droit de porter les armes,  la réduction des prix du logement grâce à la privatisation des terres, la privatisation de nombreux services publics, la mise en place d'un programme de chèques scolaires, la souveraineté juive dans toutes les régions de la Terre d'Israël, l’encouragement de l'émigration volontaire des Arabes en Cisjordanie.  Seuls pourront rester les Arabes qui prouvent leur fidélité à l'État juif et qui pourraient recevoir la citoyenneté israélienne après une période de réflexion prolongée et le respect de conditions à spécifier.
Smotrich

Tous ces partis sentent le danger d’une désunion. Le parti Otzma Yehudit  vient de publier un appel au député Bezalel Smotrich (foyer juif) et à l'ancien ministre Eli Yishaï, président du parti Yahad, pour qu'ils rejoignent un bloc technique qui unirait l'ensemble du camp religieux national à la lutte pour la Terre Israël et l'identité juive de l'État. Ces partis n’ont pas l’intention d'adhérer au nouveau parti de Bennett et d'Ayelet Shaked : La nouvelle droite.
 Les derniers sondages du 1er février confirment que l’éclatement à droite n’est bénéfique pour aucun des micro-parti puisqu’ils sont éliminés de la Knesset : Israël Beitenou recueille 3 sièges, Habayit Hayehudi 3, Otzma 3, Yahad 1.  Seul Zehut est qualifié avec 4 sièges par certains instituts.

3 commentaires:

Marianne ARNAUD a dit…

Cher monsieur Benillouche,

Si vous me le permettez, je réclame un Joker !

Très cordialement

Daniel L. LEVY a dit…

Gaspe! J'en ai mal à la tête! La fragmentation de la fachosphère est une très bonne chose, et si la totalité de ces formations disparaissait en dessous du seuil électoral, ce serait encore mieux pour noutousses!
Ce qui par contre me chiffonne, et aussi menace la démocratie elle-même par déni d'alternance, est l'intense et pérenne médiocrité de la Gauche bobo et le nanisme intellectuel des centristes encore plus bourgeois. Le Peuple des Mazdapithèques n'en est pas dupe, et réélira le Bibiyahou par défaut, ce qui ne me fait pas de bien non plus!
Pour ce qu'il en est de la Drwâte, il me semble qu'il n'y en ait qu'un qui flotte un chouille au dessus des miasmes fétides du marécage, et c'est le Feiglin, qui est peut-être le seul politicien a avoir des idées originales même si la plupart d'entre celles-ci manquent d'attache à la réalité ou me déplaisent pour toutes sortes de raisons.

Marianne ARNAUD a dit…

@ Daniel L. LEVY

Dans nos pays à régimes dits "démocratiques", c'est toujours le pouvoir en place qui définit les règles du jeu démocratique. De là à considérer que l'élection est un dévoiement de la démocratie, il n'y a qu'un pas, que François Bégaudeau franchit au cours de cette émission :

https://www.youtube.com/watch?time_continue=42&v=EduR-tk_5EM

Mais en 1968, la jeunesse ne scandait-elle pas déjà : "Élections piège à cons" ?

Cordialement.