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lundi 11 février 2019

Petits et grands scandales à la foire du livre du Caire par Michèle MAZEL



PETITS ET GRANDS SCANDALES À LA FOIRE DU LIVRE DU CAIRE 

La chronique de Michèle MAZEL


Al Sissi inaugure la foire

C’est en grande pompe que le président Abdel Fattah Al Sissi a inauguré le 5 février la Foire Internationale du Livre au Caire. L’occasion était doublement faste : il s’agissait de la cinquantième édition de cette manifestation culturelle et artistique et elle se déroulait pour la première fois dans le Nouveau Caire, la cité administrative sortie des sables. Le tout nouveau Centre international des expositions, accueillait plus de sept cents éditeurs dont 570 égyptiens et 170 venus de 35 pays.


Ambassadeur David Govrin

Israël, pays voisin qui est en paix avec l’Égypte depuis maintenant 40 ans, n’est pas représenté ou plutôt n’est plus représenté. Il y bien eu un pavillon israélien en 1981, inauguré par l’ambassadeur Eliyahu Ben Elissar. Il avait provoqué l’engouement du public égyptien, qui avait raflé les brochures touristiques et les ouvrages en arabe. Une tentative sans lendemain. On le sait, la paix reste froide, voire glaciale. Ce qui n’empêche pas les représentants de l’ambassade d’Israël de venir flâner chaque année dans les pavillons de la foire.
Cette année pourtant la visite de l’ambassadeur David Govrin a provoqué l’indignation des organisateurs, qui ont «découvert» cette visite sur la page Facebook de l’ambassade et se sont empressés de condamner une tentative de «normalisation culturelle» effectuée par le diplomate à leur insu. Ils ont d’ailleurs insisté sur le «caractère privé» de la visite. Compte tenu de l’importance du dispositif de protection entourant l’ambassadeur, on peut s’étonner d’entendre que les organisateurs n’étaient ni prévenus, ni au courant en temps réel.
Le marchand de journaux au Caire

D’un autre côté, on peut les comprendre. Cette année, comme les années précédentes, les ouvrages antisémites étaient omniprésents. Par délicatesse d’esprit, le président de l’Organisation Égyptienne du Livre voulait sans doute éviter que David Govrin, qui lit couramment l’arabe, ne soit choqué par les dizaines d’ouvrages aux titres incendiaires attaquant les Juifs en général et l’État d’Israël en particulier. Même pour qui ne lit pas l’arabe, les couvertures représentant des individus au nez crochu aux mains dégoulinantes de sang ou remplies de dollars se passent de traduction. Le susdit président était sans doute moins préoccupé par les nouvelles éditions de quelques best sellers qui font chaque année recette : Mein Kampf, ou encore les Protocoles des Sages de Sion richement illustrés.
Mein kampf en arabe

Las, les organisateurs ont bientôt eu une nouvelle source d’indignation. Alerté par le Centre Simon Wiesenthal, le Chargé d’affaires de l’ambassade américaine a non seulement fermé l’important pavillon américain mais a eu, de plus, l’audace de loger une protestation auprès du gouvernement égyptien ! Pourtant comme on l’a vu, les textes les plus antisémites sont présents à la foire depuis sa création et que jusqu’ici seuls les Israéliens se permettaient de protester dans l’indifférence générale.  

“Oh Allah, détruis et écrase complètement les juifs.”

Faudrait-il y voir une manifestation d’un «Effet Trump ?» Le centre Wiesenthal quant à lui a remercié le Chargé d’Affaires pour sa prompte réaction, ajoutant qu’il «attend des réactions similaires de la part des autorités françaises, britanniques et égyptiennes (!)» Une attente qui risque d’être vaine. D’autant que 2019 c’est aussi l’année culturelle «France Égypte» et l’Institut Français dispose d’un pavillon à la Foire où il présente une exposition. Il ne va tout de même pas mettre la clé sous la porte après les efforts déployés pour organiser ladite exposition pour une simple question d’antisémitisme !

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