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jeudi 14 février 2019

N'est pas rabbin qui veut, quoi de neuf ?




N’EST PAS RABBIN QUI VEUT, QUOI DE NEUF ?

Par BAZAK

Assemblée judaïsme libéral

Petit rappel. Nous naissons tous libres et égaux… mais le changement intervient quelques minutes plus tard. En 2017, le conseil rabbinique des Etats-Unis avait décidé qu’une femme ne peut pas devenir rabbin, alors qu’en Israël, c’est possible. Il y a là une dichotomie et une grande hypocrisie. Aborder cette question, c’est naturellement déjà ouvrir la porte à une polémique.


Femmes au Kotel

En même temps, c’est aussi devoir s’interroger sur la place de la femme, l’égale de l’homme et sur sa place dans la cité, dans la communauté, dans la vie tout simplement. Ne pas le faire, serait faire preuve d’un manque de lucidité et de réalisme. Ce n’est pas parce qu’on ne veut pas voir ou qu’on ignore un phénomène qu’il n’existe pas. Alors, au risque de subir les foudres de ceux qui ne partageraient pas mon analyse, je poursuis.
Comment au XXI° siècle, ignorer qu’une religion, quelle qu’elle soit, puisse ne pas tenir compte du monde qui l’entoure ? Comment continuer à soutenir qu’en effet les femmes peuvent étudier, passer des diplômes, enseigner, diriger des entreprises, faire la cuisine, le ménage, avoir des enfants, puis leur interdire la conduite d’une communauté ?
Il y a évidemment plusieurs paramètres. Dans le monde, une grande partie des Juifs sont sécularisés, leur quotidien n’est pas rythmé par la Halakha (loi religieuse). En revanche le plus grand nombre se considère Juif et participe au judaïsme, selon sa liberté de conscience, son éducation, son vécu. Bon nombre envoient leurs enfants au Talmud Thora. Doit-on ajouter que la plupart ni ne lit, ni ne parle hébreu.
Les rabbins MJLF

Ce qui nous conduit à une deuxième constatation. Cette réalité est à l’origine du développement constant des communautés libérales, voire même très libérales. On peut certainement avoir une opinion sur les écarts entre les différents courants, mais les faits sont les faits. Il s’ensuit qu’aujourd’hui, des femmes conduisent ces communautés, non seulement au même titre que les hommes, mais avec une telle conviction, une telle ferveur qu’elles attirent des fidèles qui reviennent au judaïsme.
En caricaturant, à la veille d’élections qui auront lieu prochainement, on voudrait peut-être aussi leur interdire de voter ou alors leur indiquer la voie à suivre ? Les arguments- généralement avancés s’appuient sur le contenu de la Torah, de la Halakha, de la tradition telle qu’elle a existé depuis des siècles. À ce titre-là, on aurait dû interdire aux jeunes-filles d’étudier, d’enseigner, de diriger et on aurait peut-être aussi dû imaginer avoir des mères de famille illettrées, incapables justement d’éduquer nos enfants pour les préparer à la problématique de la société actuelle ? On met en avant la Massorah, notre héritage. Pour autant, Je n’entrerai pas ici dans le débat religieux, ou dans une quelconque Mahloket (débat talmudique).
Courant 2018, en vue du remplacement du rabbin attaché à la Knesset, il aura fallu les pressions des réformistes pour que les modalités de l’appel à candidature soit modifié (seul un homme pouvait obtenir un certificat Yoreh yoreh du Grand Rabbinat en place) afin qu’une femme puisse poser sa candidature. Est-il normal qu’en Israël les femmes rabbins ne puissent pas célébrer un mariage ?
Un aspect peu ou pas pris en compte :  la relation et donc la reconnaissance, ne nous payons pas de mots, du rabbinat en place et des communautés libérales : Juifs à part entière ou pas tout à fait ? Peut-on se marier avec eux ou pas ? Le Talmud Torah est- il conforme ou pas ? Et quid des bar-mitzvot ou bat-mitzvot (majorité religieuse acquise par les garçons et les filles) ? 

Régina Jonas

La réalité est que des femmes rabbins officient depuis des lustres. Pour mémoire quelques éléments. La première femme-rabbin Regina Jonas a été ordonnée en Allemagne en 1935 et périt déportée à Auschwitz. La suivante et première ordonnée aux Etats-Unis le fut 37 ans plus tard, en 1972, au sein de la Reforme. En Israël c’est en 1980 qu’une première femme rabbin fut ordonnée. Actuellement il y a environ 75 femmes rabbins en Israël. Dans la Reforme, elles représentent moins de 50%. Chez les Conservateurs le pourcentage de rabbins hommes est très largement supérieur à 65%. En France la première femme rabbin fut ordonnée en 1990. Actuellement on assiste à un rapprochement entre les deux principaux mouvements libéraux français.
Les traditions séfarades ou ashkénazes ne doivent certainement pas être oubliées, mais elles sont dépassées. Sectarisme, sexisme et machisme ne doivent pas empêcher de réformer et non de déformer, comme certains le laissent penser. Enfin, lorsque des attentats sont commis contre des Juifs, la question n’est pas posée, est-ce un séfarade ou un ashkénaze, orthodoxe ou réformiste ? C’est seulement du sang juif qui coule ! Dépassons ces clivages pour le bien de tous.
Ces rabbins se grandiraient à faire preuve de plus de tolérance de bienveillance et de respect. Alors on pourra continuer à les appeler Grands rabbins.

2 commentaires:

Georges KABI a dit…

Tout ca est bien beau, mais vous oubliez deux elements tres importants:|
1 - L'immense majorite des Juifs en 2019 est laique, ne frequente aucune synagogue ou pour des evenements souvent concernant autrui.
Aucune tendance qui dechire le Judaisme actuel n'a reusasi a trouver une reponse a ce probleme.

2 - Qu'on le veuille ou non, l'orthodoxie israelienne dicte ce qui doit ou ne doit pas se faire.
Les orthodoxes israeliens sont en plein debat si il faut exclure les tendances non-orthodoxes au sein du Judaisme.
Cette decision n'est pas purewment religieuse. Elle a aussi des aspects politiques et...financiers.

Bazak a dit…

Merci Mr Kabi pour votre contribution. Je crois justement avoir souligné le fait qu’un tres grand nombre de Juifs sont sécularisés et peu ou pas pratiquant, pour le premier point. Meme laïques ils sont toujours Juifs...
Mon propos était avant tout de souligner le role important et souvent determinant des femmes en matiere d’éducation, juive et non juive.
Pour ce qui concerne, le role joué par le rabbinat Israelien, il y a en effet plusieurs niveaux et autant de nuances. A telle enseigne, que ce sont d’abord les Etats Unis qui sont à l’origine du blocage , donc à l’exterieur d’Israel. Alors qu’en Israel, les Reformateurs progressent.
Bien cordialement.